La Première Noble Vérité  
Milarépa

La Première Noble Vérité et ses trois aspects est la suivante : Il y a souffrance, dukkha. Dukkha doit être comprise. Dukkha a été comprise.
C’est un enseignement très habile, car il est exprimé au moyen d’une formule simple, facile à mémoriser ; il est également applicable à tout ce qu’il est possible d’expérimenter, de faire ou de penser, en matière de passé, de présent ou de futur.
La souffrance, dukkha, est une expérience que nous partageons tous. N’importe lequel d’entre nous souffre, où qu’il soit. Les êtres humains souffraient par le passé dans l’Inde antique, ceux de l’actuelle Grande Bretagne souffrent aussi et tous, dans le futur, continueront à souffrir… Qu’avons-nous en commun avec la reine Elizabeth ? – nous souffrons. Que partageons-nous avec un clochard de Charing Cross ? – la souffrance. Tous les niveaux sociaux sont concernés, des plus privilégiés aux plus démunis. N’importe lequel d’entre nous, où qu’il soit, fait l’expérience de la souffrance. C’est un lien qui nous relie tous les uns aux autres, quelque chose qui est familier à chacun d’entre nous.
Lorsque nous évoquons la souffrance humaine, cela éveille notre inclination à la bonté. Mais, si nous parlons de nos opinions – de ce que je pense ou de ce que vous pensez en matière de politique ou de religion – alors nous sommes capables de partir en guerre. Je me souviens avoir vu un film à Londres, il y a une vingtaine d’années, qui présentait les Russes sous un jour humain. Il montrait des femmes et leurs bébés, ainsi que des hommes qui jouaient avec leurs enfants. A l'époque, cette présentation des Russes était inhabituelle car la propagande occidentale les dépeignait comme des êtres froids, sans cœur – de véritables reptiles – de sorte qu’il était impossible de les considérer comme des êtres humains. Si vous voulez tuer des gens, il vaut mieux les percevoir ainsi ; vous devez inventer ce genre d’images. Il vous devient bien plus difficile, voire impossible, de tuer quelqu’un si vous réalisez qu’il souffre des mêmes souffrances que vous. Vous devez vous imaginer une horrible crapule sans cœur ni sens moral dont il vaut mieux se débarrasser. Vous devez vous convaincre que ces gens sont des êtres fondamentalement mauvais et qu’il est juste d’éradiquer le mal. Dans cette optique, les bombarder ou les mitrailler devient justifiable. Si vous gardez à l’esprit notre lien commun qu’est la souffrance humaine, vous devenez bien incapable de commettre ce genre d’atrocité.
La Première Noble Vérité n’est pas une doctrine métaphysique pessimiste qui affirme que tout est souffrance. Notez bien la différence qui existe entre une doctrine métaphysique constituant une prise de position en ce qui concerne l’Absolu et une Noble Vérité présentée comme moyen de réflexion. Une Noble Vérité est une vérité que nous utilisons pour réfléchir ; ce n’est pas un absolu, ce n’est pas L’Absolu. C’est sur ce point que beaucoup d’occidentaux sont désorientés, car ils interprètent cette Noble Vérité comme une espèce de dogme métaphysique bouddhiste – mais ceci est une erreur d’interprétation.
On voit clairement que la Première Noble Vérité n’est pas une prise de position absolue, du fait de la Quatrième Noble Vérité qui est l’issue à la souffrance. Il ne peut pas y avoir la souffrance absolue de même qu’une voie qui permet de s’en échapper, n’est-ce pas ? Ça n’est pas logique. Pourtant, certains, se référant à la Première Noble Vérité, soutiennent que le Bouddha enseignait que tout est souffrance.
Le mot Pali dukkha signifie « incapable de satisfaire » ou « incapable de soutenir quoi que ce soit », « toujours changeant », « incapable de véritablement nous donner satisfaction ou de nous rendre heureux ». Le monde sensuel est ainsi : une vibration naturelle. En fait, ce serait désastreux si nous trouvions satisfaction dans le monde des sens, car nous ne chercherions pas au-delà ; nous en serions complètement prisonniers. Cependant, lorsque nous nous éveillons à cette expérience de dukkha, nous sommes en mesure de trouver une issue ; de ce fait, nous ne sommes plus constamment prisonniers de la conscience sensorielle.
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Ainsi ai je entendu ... canon pali Par Ajahn Sumedo

Milarépa

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