Qu'est ce que le bouddhisme?

Souvent, improprement, considéré par les occidentaux comme l'une des grandes religions monothéistes, il s'apparente, en fait, à une philosophie, un mode de vie et de pensée, une discipline, une sagesse ou une science de l'esprit, applicable dans la vie quotidienne de chacun. Il ne reconnaît, en effet, ni dieu suprême, ni dogmes. Il a pour fondement les enseignements du Bouddha Sakyamuni. Ces enseignements, de différents niveaux de compréhension et d'application sont issus directement de l'expérimentation réalisée par le Bouddha lui même et transmis à ses disciples. Il propose des moyens spirituels complexes, bien qu'accessibles à tout un chacun, associant méditation, rituels et techniques psychophysiologiques, transmis par des maîtres, les ayant eux-mêmes expérimentés, après avoir reçu initiations, instructions et transmission d'expériences vécues, d'autres maîtres. N'étant pas fondamentalement une religion, le bouddhisme n'a pas besoin de foi ou de croyance, un bouddhiste ne croit pas en bouddha. Il le vénère comme un maître ayant parfaitement atteint l'éveil par la connaissance. A ce titre le bouddhisme est proche de la science, bien que situé sur des plans différents. Le sujet connaissant est l'homme face à lui même et lui seul peut parvenir à la connaissance par ses propres efforts. La vérité à atteindre n'est pas une révélation accordée par la grâce divine mais le pratiquant doit la découvrir par lui même. Les différentes branches bouddhistes ou véhicules ne se différencient à l'origine que sur la base de propositions émanant du Bouddha lui même, d'emprunter le chemin spirituel qui convient à chacun. Traditionnellement, on en compte deux : le Hinayana ou petit véhicule et Mahayana, la grand véhicule. Le second possède, en plus une inspiration altruiste, visant à aider tous les êtres vivants à accéder à l'état de Bouddha ou l'état d'éveil. Un troisième véhicule le Vajrayana, concerne plus particulièrement le bouddhisme tibétain. Il prend ses sources dans la voie éthique du hinayana et la vision altruiste du grand véhicule. Il s'appuie en outre sur le cycle des tantras : ensemble d'instructions données par le Bouddha, accessibles seulement aux êtres ayant expérimenté l'ensemble des pratiques préliminaires. Le bouddhisme pratiqué au Tibet prend sa source en Inde et s'inscrit dans ce troisième véhicule, qui empruntera et apportera au chamanisme local, certaines particularités. Par la suite, il se diffusera en Chine sous le nom de Ch'an, pour s'établir au Japon sous la forme du Zen. Il s'est profondément modifié au cours des siècles en s'adaptant aux traditions de chaque pays. Au Tibet, des expériences des pratiquants du bouddhisme, naîtront des écoles qui transmettront l'enseignement de sages ayant fait l'expérience par eux mêmes, des enseignements du Bouddha et reçu d'autres maîtres accomplis les initiations indispensables à leur évolution spirituelle, et ainsi, ouvriront-ils à leur disciples d'autres voies. De ces différentes écoles ou lignées, restent aujourd'hui les principales : Guelougpa, Nyingmapa, Sakyapa et Karma-Kagyupa. La religion primitive du Tibet, le Bôn ayant emprunté de nombreuses traditions bouddhistes se situe comme une tradition à part. Ces différents courants ne sont pas issus de querelles de chapelles de dissidences ou concurrences mais de voies diverses offrant aux pratiquants, les moyens, à partir des mêmes enseignements d'origine, ceux du Bouddha, d'atteindre le but auxquels ils aspirent : l'éveil et la possibilité d'échapper au cycle des renaissances. LES TULKOUS, considérés par les occidentaux comme la réincarnation ou la renaissance de grands maîtres décédés, sont en fait dans le bouddhisme tibétain les Corps d 'émanation des Bouddhas et Boddhisattvas, (êtres ayant atteint l'éveil mais qui par altruisme choisissent de ne pas accéder totalement à l'état de bouddha). Ils se manifestent dans le monde phénoménal (notre monde réel) afin d'aider les êtres à atteindre le parfait état d'Eveil. Il s'agit parfois de l'émanation d'un seul des états spirituels parfaitement achevé : son corps, sa parole, son esprit, ses qualités ou son niveau d'éveil. Un maître ayant atteint cet état peut donc après son décès présenter jusqu'à cinq émanations distinctes. LE DALAÏ-LAMA : né à Takser le 6 juillet 1935 sous le nom de Lhamo Thondup (signifiant littéralement déesse propice ). le XIVème Dalaï-Lama fut reconnu comme le successeur de Thubten Gyatso, XIIIème Dalaï-Lama décédé en 1933 (souvent désigné sous les termes du Grand Treizième). Le XIVème Dalaï-Lama fut reconnu à l'âge de 3 ans et intronisé le 22 février 1940, 14ème jour du 1er mois de l'an du Dragon de Terre. Il abandonne dès lors, comme le veut la tradition, son nom d'origine : Lhamo Thondup pour prendre celui de Jamphel Ngawang Lobsang Yeshe Tenzin Gyatso, le 17 novembre 1950, 11ème jour du 10ème mois de l'année du Tigre de Feu, 2 ans avant l'âge officiel. La situation l'exige, il reçoit le pouvoir temporel à 15 ans et la responsabilité, à la fois, spirituelle et temporelle d'un pays en cours d'invasion par la Chine Communiste. Dalaï est un mot d'origine mongole signifiant océan, et Lama, un équivalent du terme indien Guru qui signifie maître. Les deux mots associés, sont transcris sous la forme Océan de Sagesse Cette désignation n'est pas ou peu utilisée par les Tibétains qui emploient plus couramment Gyalwa rinpoche (précieux vainqueur ou victorieux), Kundun (la présence), ou d'autres termes tels Yeshe Norbu (le Joyau qui exauce les désirs) ou Gongag, Tchempo (celui qui est le plus haut placé) ou encore Pema Pekar Changwa (celui qui tient le Lotus). Quelques voyageurs, au Tibet, ont pu faire cette expérience. Montrant une photo récente de sa Sainteté de Dalaï-Lama laisse indifférents ces tibétains nomades, qui ne l'ont pratiquement jamais vu en photo et qui ne connaissent pas la dénomination Dalaï-Lama. Mais quel bonheur de les voir exprimer leur joie et leur manifestation de bonheur, lorsqu'on prononce Gyalwa Rinpoche ou Yeshe Norbu.

Texte de Jean LASSALE