Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Au sein du mahayana s'est développée une approche spécifique, celle des tantra, textes issus du Bouddha dont les pratiques font appel à un symbolisme et à différentes méthodes spirituelles ou yogas.

Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Miroir inverse » Lun 4 Avr 2011 14:04

Bonjour à tous, je me décide à envoyer mon premier post ici, j'espère être sur le bon topic.
En cherchant des versions longues de prières de refuge je suis "tombé" sur celle-ci qui me semble un peu bizarre.(Malheureusement j'ai égaré l'adresse de ma source). Pouvez vous m'aidez à mieux la comprendre ?

Je prends Refuge en les glorieux Maîtres saints
Je prends Refuge en les Divinités des assemblées de Yidams
Je prends Refuge en les Seigneurs Bouddhas
Je prends Refuge en les Saints Dharmas
Je prends Refuge en la Sangha supérieure
Je prends Refuge en les Guerriers célestes, les Dakinis, les Protecteurs et les Gardiens du dharma, dotés de l'œil de la sagesse.

Les points qui me pose problèmes sont les suivants:
-Que sont les "glorieux maîtres saints" ?
-Pourquoi les seigneurs Bouddhas ?
-Pourquoi sont ils placés en troisième position ?
-Dans la Sangha supérieure, le terme supérieure me dérange.
-Pourquoi des guerriers célestes ?

La découverte de cette prière de refuge est intervenue à la suite de la lecture de pages (que je ne prendrais pas la peine de citer ici car elle me paraissent bien trop sombres pour être honnêtes) assimilant le bouddhisme tibétain et le Dalaï Lama à une forme de fascisme spirituel . Le contenu de cette prière m'a interpellé justement à cause de sa construction qui semble donner en partie raison à ces pages.
Si quelqu'un pouvait éclairer ma lanterne soudainement vacillante ?

Bon chemin à tous
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Re: Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Tsultrim Dargye » Lun 4 Avr 2011 17:31

Bonjour Miroir Inversé.

Pour éclairer ta lanterne comme tu l'écris, voici ce que je peux t'expliquer.

Les Glorieux Saints Maîtres désigne l'assemblée de tous les Maîtres du passé jusqu'à nos jours, depuis le Bouddha Shakyamuni, qui par leurs activités éveillés transmirent le Dharma, le don suprême. Ainsi le pratiquant prend refuge en les Maîtres, ceux qui te guident sur le chemin de l'éveil.

Pour les Seigneurs Bouddhas, habituellement, il est plutot question de "Victorieux Bouddhas" mais il s'agit de la même chose. Alors Bouddhas avec un "S", oui, parce qu'il n'y en a pas qu'un, L'Eveil n'est pas l'attribut d'un seul être et d'autres l'ont atteint également sans oublié les multiples manifestations des Bouddhas eux-mêmes, comme par exemple le Bouddha médecin (de couleur bleue) qui est un aspect du Bouddha Shakyamuni répondant a une demande particulière de transmettre la sagesse médicale. Il y en a d'autres biensur. En revanche, le fait qu'il soit en troisième place n'est pas en rapport avec une forme de priorité des autres refuges comme étant supérieur, étant donné que la dernière phrase est celle constituant ce que l'on appelle les "trois racines". pour rapelle, les trois joyaux sont le Bouddha, Dharma, Sangha; les trois racines, le Lama, Yidam, Protecteur. Cette prière de refuge en six vers est un mixte des double trois refuges qui ne sont pas différents dans leur essence.

La Sangha Supérieure fait référence a l'assemblée des Bodhisattvas qui est la Sublime Sangha composé pour ne cité que lui, de Bodhisattva Avalokiteshvara (Tchènrézi). Le terme de supérieure est utilisé ici pour ne pas confondre avec la Sangha dite "ordinaire", c'est-a-dire nous qui sommes sur la voie mais pas dénué de l'égo et de toutes les pensées conceptuelles, nous sommes des compagnons spirituelles mais pas un refuge.....pour le moment.

Quand à "guerrier céleste", c'est la première fois que je lis cela, peut-être est-ce issu d'une mauvaise traduction enfin je ne sais pas. Dans la plupart (puisque celle que tu as trouvé est l'exception lol) des prières de refuge, il est question de "Dakas" qui n'est autre que le masculin de "Dakinis", et signifiant des yogis (homme) et yoginis (femme) ayant atteint les réalisations ultimes et ordinaires.

Pour conclure, les livres restent des livres dans le sens ou aucun ne peut avoir la prétention de se faire le relais des textes sacrés, les livres expliquent, les textes sacrés sont eux fiables et ne sont pas libre de la traduction de l'auteur mais s'incrivent dans la vérité qu'il exprime, vérité qui en est la source donc ne te fie pas a cela comme définitif, le livre a pour role d'interpeller mais pas d'être vérité, cela ce n'est qu'au près d'un maitre et de l'étude des enseignements qu'on le trouve.

j'espère avoir éclairer cette lanterne.

Merci de ton attention et excellente continuation.

amicalement dans le Dharma.

:-)
"Que tous les êtres puissent posséder le Bonheur et les causes du Bonheur!
Puissent-ils être délivrés de la souffrance et des causes de la souffrance!
Puissent-ils posséder le bonheur authentique exempt de toute souffrance!
Puissent-ils demeurer en la grande équanimité, libre de la partialité d’attachement et d’aversion!"
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Re: Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Miroir inverse » Lun 4 Avr 2011 18:17

Merci beaucoup pour ces éclaircissements, la flamme de ma lanterne retrouve un peu de clarté.
J'ai retrouvé l'adresse de cette prière la voici (juste pour info) : http://dorje-lam-sangha.blog4ever.com/b ... ish__.html

Encore merci et à bientôt pour d'autre questions .
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Re: Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Trinlé Lhamo » Lun 4 Avr 2011 18:46

Bonjour Miroir inversé

Je vais te répondre du mieux que je le puisse.
D'autres me compléteront peut-être.

Pour le site que tu évoques, sans avoir mis son nom, je pense savoir duquel tu parles.
Cela m'a asussi déstabilisée de manière assez importante à une période. Parce que cela appuyait sur mes points sensibles, à savoir mes doutes.
Ces gens ont une expérience avec le bouddhisme, qui est la leur, c'est leur vérité, mais ce qui est dérangeant c'ets qu'ils cherchent à l'imposer de manière très forte aux autres.
Il n'y a pas qu'une vérité. Il y a des vérités. La vérité de tout un chacun, en fonction de nos perceptions diverses et variées des choses, du monde, du bouddhisme, ici...
L'ennui, c'est quand on pense avoir trouvé quelque chose qui nous parle, nous aide..., que l'on en vienne ensuite à douter, et développer plus de vues négatives sur ce sujet que positives, en se laissant influencer justement par des gens tels que ceux qui alimentent ce site.
Alors qu'il y a aussi un ensemble de témoignages très positifs de gens ayant une expérience contsructive avec le boudhisme dans leur vie.
Pourquoi de manière générale faut-il que l'on accorde plus d'attention au négatif, personnes qui critiquent, jugent, cataloguent, qu'à ceux, peut être plus discrets qui vont décrire les mérites...?

Personnellement, j'en suis arrivée à la conclusion d'apprendre à discerner les choses plus clairement., à trancher dnas les doutes qui parfois empêchent d'avancer, et m'ont noyé plus qu'autre chose. A présent, quoi que ce soit que je puisse lire de négatif, ou autre sur le dharma, peu importe, c'est la voie que j'ai décidé de suivre, pour diverses raisons personnelles, et c'ets ce qui m'apporte le plus de bienfaits, par rapport à d'autres voies. Je tâche donc de me rappeler cela dans les doutes...
Je ne rejette pas ce que tel ou tel vont pouvoir dire. C'est leur perception. J'ai simplement envie de dire que cette perception est très influencée par ce qu'ils sont, et que donc s'y identifier ne peut pas nous aider. C'est à chacun de se forger sa propre expérience et son propre vécu.

Pour répondre à ta question sur la rpière de refuge que tu as trouvé, c'est une des formules de refuge, qui existent dnas le bouddhimse tibétain, la formule longue.
Ce que je te mets, je l'ai extrait du livre de Bokar Rinpoche, qui est très bien, pour justement comprendre les choses de base, La journée d'un bouddhiste
J'ai retrouvé cette prière dedans.
Avant de t'expliquer pour cette prière ci, je souhaite te mettre des explications qu'il avait donné avant:



La prise de refuge:

Prendre refuge estun acte essentiel pour le bouddhisme. C'est ce qui le relie directement à l'esprit du bouddha et à sa tradition. Par ce fait, il s eplace sous la protection temporelle et spirituelle des Trois Joyaux:
- Le Bouddha
- Le dharma (l'enseignement et sa pratique)
- la sangha (la communauté des êtres ayant atteint la libération)
Dnas le Vajrayana [Véhicule de diamant, bouddhisme tantrique, bouddhisme tibétain sont trois équivalents], on y ajoute les Trois Racines :
- le gourou ou lama(par qui nous est transmisela "bénédiction", c'ets-à-dire la force spirituelle qui pemret de progresser),
- les Yidams (émanationsdu Bouddha sous la forme de divinités, par lesquelles se fait le travail intérieur rendu possible parla bénédiction)
- les protecteurs du dharma (émanationsdu Bouddha sous des formes irritées, ayant pour mission d'écarter les obstacles et de réunir les circonstances favorables)

[...]On récite sept fois l'une des trois formules de refuge:

Formule longue:
Je prends Refuge en les glorieux Maîtres saints
Je prends Refuge en les Divinités des assemblées de Yidams
Je prends Refuge en les Seigneurs Bouddhas
Je prends Refuge en les Saints Dharmas
Je prends Refuge en la Sangha supérieure
Je prends Refuge en les Guerriers célestes, les Dakinis, les Protecteurs et les Gardiens du dharma, dotés de l'œil de la sagesse (16).

Annotation du (16)( à la fin du livre):
Les yidams sont les manifestations de l'Eveil dans le domaine de la lumière, avec lequelles un lien est établi par les initiations, la méditation et la récitation des mantras.
Tchenrézi par exemple est un yidam. Il en existe de nombreux autres.
Les dharmas signifient les enseignements spirituels.
La sangha supérieure représnete la communauté des êtres réalisés. Les autres membres de la communauté spirituelle constituent la sangha ordinaire.
Les guerrieurs célestes (dakas), les dames de l'espace (dakinis), les protecteurs et les gardiens du dharma sont des êtres vivant sur des plans plus élevés que les nôtres, jouant le rôle de messagers et de protecteurs. Ils semblent correspondre aux différents types d'anges de la théologie chrétienne.

Formule moyenne:
Avec tous les êtres mes mères passées, en nombre infini comme l'espace
Je prends refuge en mon maître, précieux bouddha
Je prends refuge en les Bouddhas, le dharma et la sangha
Je prends refuge en les Maîtres, les Yidams, et les dames de l'espace
Je prends refuge en mon propre esprit, Vacuité-Clarté, Corps Absolu


Formule brève:
Je prends refuge en le Maître
Je prends refuge en le Bouddha
Je prends refuge en le Dharma
Je prends refuge en la Sangha





-
Hors Sujet :
Que sont les "glorieux maîtres saints" ?

Dans ma compréhension des choses, ils sont tous les maîtres réalisés du passé, les maîtres ayant pratiqué la voie du dharma et réalisé leur véritable nature, et la nature des choses, réalisé l'Eveil en d'autres termes.
Plus particulièrement, dnas le contexte du bouddhisme tibétain, qui a différentes écoles et différentes lignées au sein de chacune de ses écoles, mais c'est aussi valable pour le zen, ..., le pratiquant finit par trouver l'école, la branche qui lui correspond le mieux, donc il se rattache à cette lignée là de maîtres, qui a perduré de maîtres en disciples.
Donc la prière de refuge s'adresse aussi très précisément à ces maîtres-là, da sa lignée de coeur, son/ses maîtres de coeur... Une manière de rendre hommage à ceux qui nous apparaissent comme importants au nievau de la signification spirituelle qu'il revête pour notre cheminement sur la voie.

Hors Sujet :
Pourquoi les seigneurs Bouddhas ?

Je dirais, parce que dans le bouddhisme tibétain notamment, il y a plusieurs bouddhas. Le bouddha Shakyamuni n'est pas le seul, mais le troisième dans cette ère, raconte les enseigenemnts.
Et puis, le bouddha Shakyamouni tel qu'on le conçoit, en être humain comme nous, est son corps d''apparition' (nirmanakaya). Il est expliqué que pour des êtres plus avancés que nous spirituellement, il apparaît d'une autre façon, le corps de jouissance (sambhogakaya), le corps de lumière qu'ont également les divinités (Tchenrézi ...)
Certaines divinités sont aussi assimilés à des bouddhas, parfois à des bodhisattvas..., les deux, c'est assez complexe, j'aurais du mal à expliquer clairement ce que j'en ai compris là. Mais il y a un livre que j'avais commencé à lire qui est très bien pour nous aider à mieux comprendre, c'est Petite encyclopédie des divinités et du symbolisme du bouddhisme tibétain. Si tu as l'occasion de le feuilleter, il peut t'éclairer, comme il m'a un peu éclairé.

Hors Sujet :
Pourquoi sont ils placés en troisième position ?

Les ma^^itres sont placés en première position en référence à ceux que je te disais ci dessus, à ta rpemière question, et parce qu'aussi, le maître étant présnet physiquement en ce monde, et ayant réalisé les enseignments du Bouddha, il peut agir de manière plus tangible que tous les Bouddhas. C'ets pour cela que aprfois certaines prières parlent du lama qui incarnent les Trois Joyaux, du lama, père de bonté, ayant même 'plus de compassion' que les bouddhas parce que le lama s'occupe de ses disciples mieux que les bouddhas ne pourraient le faire, n'étant pas là physiquement... Le maître donnant les explications, le sintrsuctions, les bénédictions des bouddhas par son intermédiaire à ses disciples... Tout découle du maître, d'où sa place dans cette rpière.
En deuxime position, les yiadmas, peut-être parce qu'ils sont la représentation symbolique de l'action éveillée et compatissante des bouddhas
Et les Bouddhas, ensuite, je dirais de ne pas tout prendre non plus comme une équetion mathématique, car il y a aussi les limites de la traduction du tibétain en français. Et les yidams, les bouddhas, ... c'est similaire.

Hors Sujet :
Dans la Sangha supérieure, le terme supérieure me dérange.

Supérieur parce que souvent on évopque plusieurs types de sangha, la sangha des êtres ordianires, comme nous, et la sangha des êtres bien plus avancés sur le chemin, comme les bodhisattvas, et la sangha des êtres ayant réalisé l'Eveil, les bouddhas du passé. POur moi, les bouddhas me sont pour le moment supérieurs, comme les maîtres..., parce qu'ils ont une conscience claire, et précise de ce qu'ils sont, de ce que les êtres sont, les choses...

Sincèrement, Miroir Inversé, ne te laisses pas influencer par l'extérieur, mais suis ton coeur, et tes ressentis premiers et spontanés. Les doutes, je pense qu'il y en aura toujours, des gens pour critiquer tout et n'importe quoi aussi, masi en face, il y a toi, et ce que tu ressnes, ce que cela t'apportes... et le plus important me parait être cela. Se positionner. cela ne veut pas dire que l'on devient extrême. Juste que l'on sait clairement où l'on en est et où l'on souhaite aller, et ce qui pour nous semble être pour le moment source de moyens pour avancer, même si d'autres en disent le contraire.

Amicalement
Paix, Amour, Joie, et Bonheur pour tous les êtres !

«Chaque pas qui est fait sur la Terre devrait être comme une prière.» Héhaka Sapa

« Celui qui veut connaître le Divin doit sentir le vent sur son visage et le soleil sur sa main. » Bouddha
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Re: Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Seunam Gyamtso » Lun 4 Avr 2011 22:46

Bonjour Miroir inverse,

Pour ajouter aux autres réponses, voici le qu'explique Bokar Rimpoché à propos de la prise de refuge :

LE REFUGE par Bokar Rinpoché

POURQUOI PRENDRE REFUGE

Refuge signifie « protection ». Prendre refuge, c'est se placer sous une protection. Contre quoi ? Contre la souffrance.

Il est clair que tous les êtres désirent le bonheur, pourtant ils ne l'obtiennent pas. Tous désirent éviter la souffrance, ils la rencontrent pourtant. Le contrôle de la situation nous échappe. Nous cherchons donc des remèdes.

On pense communément que l'effort des humains, le déve­loppement des sciences et des techniques, le progrès matériel, permettront d'échapper à la souffrance, ou du moins contibue­ront à la diminuer de manière significative. Ce n'est que très partiellement vrai. Les modifications apportées au monde ex­térieur peuvent conduire à des solutions superficielles et ponctuelles au problème de la souffrance, mais elles ne peuvent le résoudre ni profondément ni à long terme, car elles ne s'attaquent pas aux causes. Or, tant que la cause n'est pas sup­primée, on ne peut espérer la disparition durable des effets. Même si la souffrance paraît s'effacer momentanément, elle reviendra nécessairement. Le bonheur ne peut être, dans ces conditions, que passager ; la porte reste ouverte à de nou­velles souffrances.

En vérité, tant que nous ne nous tournons pas vers l'esprit, tant que nous restons fixés sur les apparences extérieures et que tous nos efforts sont orientés vers leur réorganisation, la perspective d'un bonheur authentique et durable reste bou­chée. Aucun des moyens ordinaires que nous employons ne permettra jamais d'éviter définitivement la souffrance.

La voie bouddhiste, ce qu'on appelle le dharma, se situe sur un autre plan : elle envisage la question moins dans le do­maine de ses développements extérieurs que dans celui, inté­rieur, de l'esprit, celui‑là même qui fait l'expérience de la souffrance, là, aussi, où se situe la cause. Elle regarde vers la source.

Dans sa nature originelle, notre esprit est pur, libre et heu­reux. Mais nous ne connaissons pas cette nature originelle. Nous lui sommes depuis toujours étrangers en raison du mode de fonctionnement défectueux de notre esprit, notam­ment par le jeu des « émotions conflictuelles », à savoir les dif­férentes nuances de notre relation déséquilibrée au monde et à nous‑mêmes : le désir, l'attachement, la possessivité, l'aver­sion, la haine, la jalousie, l'aveuglement, etc.

Ces émotions conflictuelles sont des conditionnements im­primés dans notre esprit depuis des temps sans commence­ment, sur lesquels nous n'avons nous‑mêmes pratiquement pas de contrôle. Elles sont la racine de nos souffrances, de nos frustrations et de nos angoisses ; elles nous conduisent à agir de manière à engendrer notre propre souffrance, par le biais du karma négatif.

Nous ne sommes donc pas libres de notre destin, nous sommes impuissants à nous préserver de la souffrance et de l'illusion. C'est pourquoi nous nous en remettons à cette réali­té transcendante que sont les Trois Joyaux : le Bouddha, le dharma (son enseignement) et la sangha (la communauté).

Prendre refuge, s'engager sur la voie du dharma, c'est ainsi se placer sous une double protection :

- temporaire : par la puissance des Trois Joyaux, nous sommes protégés des souffrances dont nous avons semé la graine dans le passé et que nous rencontrons maintenant au cours de notre vie ;

- définitive : nous apprenons à comprendre en quoi les émo­tions conflictuelles nous sont nuisibles, puis à nous en déga­ger et à recouvrer notre pureté originelle, le bonheur authenti­que et indépendant des circonstances qui est notre apanage.

En quoi les Trois Joyaux ont‑ils cette capacité de nous pro­téger que nous n'avons pas nous‑mêmes ?

Le Bouddha est libéré des émotions conflictuelles et du karma, il possède l'omniscience de l'Eveil. Toute défectuosité s'est effacée en lui, en lui toutes les qualités de la pureté de l'esprit se sont épanouies. Il nous est ainsi infiniment supé­rieur et c'est pourquoi nous le prenons comme refuge.

Le Bouddha montre le chemin qui mène à la fin de la souf­france ; on l'appelle donc « le guide ». Sa manière de nous gui­der est de nous enseigner le dharma, par la pratique duquel nous progressons vers la libération. Ce dharma comprend lui­-même une très grande variété d'aspects qui correspondent à la diversité des capacités, des tempéraments et des aspirations des êtres.

Enfin, la sangha ‑ ceux qui pratiquent le dharma et le trans­mettent aux autres ‑ nous aide dans notre progression.

C'est ainsi que Bouddha, dharma et sangha sont nos trois refuges.

C'est par ces Trois Joyaux qu'on s'engage tout d'abord sur le chemin, c'est ensuite par eux qu'on le parcourt, c'est enfin en eux que s'accomplit le but. Lorsqu'en effet on atteint l'éveil, c'est ce que l'on appelle obtenir l'état de bouddha, et cet état de bouddha, qui est la nature ultime de notre esprit, inclut en lui‑même le dharma et la sangha. D'un point de vue relatif, les Trois Joyaux apparaissent comme des réalités séparées bien qu'en vérité ils se résument ultimement dans le seul Bouddha.

Pour celui qui souhaite se défaire de la souffrance du cycle des existences, il n'est pas de moyen plus profond et meilleur que la prise de refuge.

CEUX EN QUI NOUS PRENONS REFUGE

Quelle que soit l'école du bouddhisme à laquelle on se rattache, on prend refuge tout d'abord en les Trois Joyaux, le Bouddha, le dharma et la sangha, qu'on nomme aussi les « Trois rares et sublimes ».

Le Bouddha

Peut-être avons‑nous l'habitude de penser au Bouddha simplement en tant qu'être humain semblable à nous-mêmes, ayant vécu six siècles avant notre ère. Ce n'est pas faux, mais il est aussi beaucoup plus que cela. Lorsqu'on veut envisager la totalité de ce qu'il est, on considère trois aspects, trois modalités de son être, qu'on appelle les trois corps :

Le corps absolu (dharmakaya) : c'est l'essence ultime de l'esprit du Bouddha, et de notre propre esprit. Il échappe à toutes caractéristiques. Il est sans forme, sans commencement, sans fin, ne demeure nulle part. Il ne peut être désigné par aucun mot, conçu par aucune pensée. Ce n'est pourtant pas une simple absence de quelque chose, car de lui s'élèvent toutes les apparences.

Le corps de gloire (samboghakaya) : c'est la manifestation du Bouddha sous une forme lumineuse, dans les « champs purs ».

Le corps d'émanation (nirmanakaya) : c'est la manifestation du Bouddha sous une forme ordinaire. Le Bouddha en tant qu'être humain se réfère à ce corps d'émanation.

Bien que les qualités du Bouddha soient infinies, on en considère trois comme principales : la connaissance, l'amour, le pouvoir.

Sa connaissance elle-même est double : connaissance de la nature ultime de tous les phénomènes et connaissance de leur multiplicité dans le domaine de la manifestation relative. Nous-mêmes, de ces deux points de vue, sommes dans l'ignorance. Loin de connaître le mode d'être des phénomènes, loin de comprendre ce que signifie la vacuité, nous nous assimilons à un « moi », un « ego ». Nous ne percevons pas que nous sommes, en réalité, libres des limites de l'individualité égocentrée. Notre expérience se borne à cette fixation sur la notion de « moi », de « moi j'existe ». En revanche, un Bouddha non seulement possède la réalisation que le moi n'a pas d'existence par nature, mais il perçoit aussi l'absence de réalité propre de tous les phénomènes. De même n'avons-nous, dans le temps et dans l'espace, qu'une connaissance très limitée des phénomènes. Nous ne connaissons pas nos vies passées, ni ce que sera l'enchaînement de nos vies futures, alors qu'un bouddha connaît toutes les vies passées des êtres, les actes qu'ils y ont accomplis, le karma qui en résultera et les renaissances qu'ils prendront. Il connaît aussi la situation présente de tous les êtres, sans confusion, précisément. Supposons, pour prendre un exemple, que les facultés de connaissance d'un bouddha soient semblables à la totalité de l'espace. Dans ce cas, celles des bodhisattvas seraient comparables au volume qu'occupe une pièce d'une maison, celles des êtres ayant certaines réalisations, comme les arhats, semblables au contenu d'un verre, tandis que celles des personnes ordinaires les plus intelligentes, les plus savantes et les plus cultivées n'occuperaient pas plus que le chas d'une aiguille.

Si le Bouddha ne possédait que la connaissance, ce serait pour nous sans utilité. Mais son esprit est aussi amour. Il est dit qu'il a pour chaque être en particulier le même amour qu'une mère pour son fils unique. Les humains ordinaires ne peuvent avoir qu'un amour limité à un petit nombre de personnes. Encore ne sera-t-il pas égal pour tous et des préférences seront-elles marquées. L'amour du Bouddha, quant à lui, est équanime et s'applique à l'infinité des êtres qui peuplent un espace infini. Pour chacun, il est comme un ami, même si cet ami est souvent méconnu.

Connaissance et amour, malgré leur grandeur, seraient encore insuffisants si le Bouddha ne possédait aussi le pouvoir de nous aider. Ce pouvoir se manifeste en particulier par l'enseignement du chemin de la libération qu'il nous donne. Par là, il fait que sont dissipées les souffrances présentes et supprimées les causes des souffrances à venir. Par la pratique du dharma, qui est la manifestation du pouvoir du Bouddha, nous avançons sur le chemin du bonheur, jusqu'à l'éveil.

Le dharma

Le dharma est la voie enseignée par le Bouddha. On distingue deux aspects :

- le dharma scripturaire : les enseignements du Bouddha qui ont été consignés par écrit, ainsi que les commentaires rédigés par les maîtres indiens ou tibétains ;

- le dharma de la réalisation : les réalisations effectivement advenues dans l'esprit des grands êtres ou des êtres ordinaires grâce à la pratique enseignée.

La sangha

Tous ceux qui suivent l'enseignement du Bouddha constituent la sangha, c'est-à-dire la communauté. On distingue néanmoins deux degrés :

- la sangha supérieure, constituée des êtres ayant obtenu différents niveaux de hautes réalisations, que ce soit les bodhisattavas, les shravakas ou les pratyékas-bouddhas

- la sangha ordinaire.

C'est avant tout en la sangha supérieure que l'on prend refuge. On appelle ces Trois Joyaux les « Trois rares et sublimes », car il est très rare qu'ils apparaissent dans le monde et parce qu'ils sont supérieurs à toute chose.

Les Trois Racines

Dans le vajrayana, la branche du bouddhisme la plus répandue au Tibet, on ajoute aux Trois Joyaux trois autres lieux de refuge, les « Trois Racines » :

- les lamas, racine de la grâce,

- les yidams (divinités de méditation), racine des accomplissements,

- les protecteurs, racine de l'activité.

Dans le cadre du vajrayana, on considère en effet que pour réaliser la nature ultime de l'esprit, il est nécessaire de suivre un lama, un maîÎtre spirituel qui montre le chemin, confère des initiations, donne des instructions et dont on reçoit la grâce, la puissance spirituelle. Après quoi, on pratique les différentes méditations en rapport avec les yidams, qui permettent d'obtenir l'accomplissement sublime (la réalisation de la nature ultime de l'esprit) et les accomplissements ordinaires (la longue vie, le mérite, les différents pouvoirs). Enfin, étant donné que la pratique du dharma se heurte à de nombreux obstacles, on s'en remet aux divinités appelées les protecteurs pour les écarter et d'établir les circonstances favorables.

LA CEREMONIE

La prise de refuge s'accomplit au cours d'une cérémonie simple et brève. On pense parfois qu'avoir foi dans les Trois Joyaux est suffisant et l'on ne comprend pas toujours l'utilité d'une cérémonie. Le rituel répond pourtant à plusieurs nécessités.

En premier lieu, grâce aux explications que fournit le lama qui donne refuge, on comprend clairement ce que sont les Trois Joyaux et la fonction de la prise de refuge.

En second lieu, la cérémonie implique une participation active de tous les aspects de notre personnalité : notre corps, notre parole et notre esprit. Cette participation donne une grande force, un grand élan, un caractère de sérieux et de profondeur à notre engagement spirituel. Etant donné que dans le domaine relatif toutes les apparences sont le jeu de leur interconnexion, il existe nécessairement un lien entre ce qui est accompli formellement et le sens profond de ce qui est accompli.

Enfin, le rituel permet le passage d'une grâce, d'un courant de force spirituelle qui pénètre notre esprit.

C'est pourquoi la cérémonie est nécessaire.

Son déroulement est très sobre. Celui qui prend refuge marque son engagement en répétant trois fois la formule de refuge, puis le lama lui coupe une mèche de cheveux, lui donne un nom du dharma et lui remet un cordon de protection.

La mèche de cheveux coupée est le signe de notre consécration au dharma. Elle symbolise le fait que nous renonçons à notre état d'être ordinaire et que nous avons franchi la porte de la voie du Bouddha.

Le cordon de protection représente la grâce du Bouddha qui nous accompagne désormais.

Le nom nous identifie comme étant entrés sur le chemin de la libération. Il se réfère toujours à une ou plusieurs qualités de l'éveil. Souvent, il n'est pas possible de déceler un rapport immédiat entre ce nom et notre personnalité actuelle. Parfois cependant, ce rapport apparaît clairement, soit que le lama qui donne refuge possède un pouvoir de claire-voyance particulier, soit par le simple biais de notre connexion karmique avec ce nom.

Précisons ici quelques points sur cette cérémonie.

En premier lieu, on hésite quelquefois à faire prendre refuge aux petits enfants, car on considère qu'ils ne sont pas conscients de ce qui se passe. Il est vrai que le petit enfant n'a pas la pensée « je voudrais prendre refuge », ou bien « j'ai pris refuge ». Cependant, le seul fait d'entendre le nom du Bouddha et la seule puissance de la cérémonie placent dans son esprit une empreinte très bénéfique. Même si ce n'est pas sur le moment une prise de refuge parfaite, ce n'est jamais totalement inutile.

En second lieu, on rencontre dans le vajrayana la notion de lama-racine et l'on se demande si cela se réfère au lama qui nous a donné refuge. Ce sont en fait deux choses différentes. Lama-racine est un terme par lequel on désigne un maître dont on reçoit des initiations et qui nous guide sur le chemin de la reconnaissance du mode d'être de notre esprit au travers d'une relation privilégiée. La prise de refuge n'implique donc pas que celui qui accomplit la cérémonie doive nécessairement être ensuite regardé comme notre lama-racine.

Petit véhicule et grand véhicule sont deux approches différentes des enseignements du Bouddha. Il existe entre elles certaines variations dans la manière de prendre refuge.

Dans le petit véhicule, on est seul à prendre refuge, dans le grand véhicule on considère que tous les êtres prennent refuge en même temps que nous.

Dans le petit véhicule, on prend refuge jusqu'à la fin de cette vie, dans le grand véhicule jusqu'à l'éveil.

Dans le petit véhicule, on prend refuge pour se libérer soi-même de la souffrance et obtenir l'éveil pour soi-même, dans le grand véhicule on prend refuge afin de devenir bouddha pour secourir tous les êtres.

LES PRECEPTES

Prendre refuge c'est déjà s'engager sur le chemin de la libération. On s'efforce donc de respecter un certain nombre de préceptes qui vont nous aider à progresser. Ils sont répartis en trois groupes :

Les trois choses à éviter :

- Ayant pris refuge en le Bouddha, on ne cherche plus la protection des divinités de ce monde, à savoir les esprits des eaux, des montagnes, de la terre, etc. Ce premier précepte n'a évidemment plus beaucoup de raison d'être dans le monde moderne où l'on ne croit guère à ces esprits.

- Ayant pris refuge en le dharma, on évite toute activité nuisible pour les êtres.

- Ayant pris refuge en la sangha, on évite la fréquentation des « mauvais amis », ceux qui critiquent vivement le dharma ou dont la conduite est très négative. Leur compagnie nous ferait tomber sous leur influence, risquerait de faire vaciller notre confiance en le dharma et de nous entraîner à commettre des actes négatifs.

Les trois choses à adopter :

- Ayant pris refuge en le Bouddha, on accorde respect à ce qui le représente : peintures, statues, photos.

- Ayant pris refuge en le dharma, on accorde respect aux textes sacrés.

- Ayant pris refuge en la sangha, on accorde respect à ses membres, tous ceux qui sont entrés sur la voie du Bouddha, tous ceux qui sont les détenteurs des enseignements.

Les trois préceptes généraux :

On s'efforce :

- de réciter chaque jour la prière du refuge, avec confiance et sincérité,

- de faire offrande de choses belles aux Trois Joyaux,

- de penser qu'on n'abandonnera jamais les Trois Joyaux.

Ces préceptes sont très simples et peuvent paraître simplistes. Pourtant, ils sont profonds et si nous les faisons nôtres nous verrons combien ils sont bénéfiques.

Par ailleurs, il est clair que prendre refuge ne signifie aucunement rejeter les autres religions, ni même les considérer comme inférieures. L'activité de l'éveil pour le bien des êtres est extrêmement vaste et utilise de nombreux moyens pour les aider autant sur le plan temporel que sur le plan ultime. C'est pourquoi elle se manifeste au travers de nombreuses traditions, qui toutes méritent notre respect.

CONCLUSION

Si la prise de refuge revêt une si grande importance c'est qu'on ne peut trouver en ce monde de protection contre la souffrance plus efficace que les Trois Joyaux, non seulement sur le plan de la libération mais aussi sur celui de nos difficultés et de nos angoisses quotidiennes. Il est dit que celui qui prend refuge ne renaîtra plus dans les mondes inférieurs, qu'il ne s'engagera plus sur de fausses voies spirituelles, qu'il sera finalement libéré de l'ego, racine de toute souffrance.

Extrait du livre Prendre refuge, L'Entrée dans le Bouddhisme de Bokar Rinpoché
Par le mérite engendré par ma pratique du don et des autres perfections,
puissé-je réaliser l'éveil pour le bien de tous les êtres.
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Seunam Gyamtso
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Re: Demande d'éclaircissement sur une prière de refuge

Messagede Miroir inverse » Mer 6 Avr 2011 14:14

Merci beaucoup Seunam Gyamtso, Trinlé Lhamo, Tcheuphel Zangpo d'avoir pris un peu de votre temps pour me répondre ainsi que de la qualité de vos informations.
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Miroir inverse
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