Inscription: Jeu 26 Juin 2008 10:20 Messages: 917 Localisation: Seine et marne (France)
Bonjour,
Les dohas sont des chants de réalisation composés spontanément par des pratiquants. Il sont en général très inspirants. L'auteur le plus connu est Milarépa, a travers ces 100000 chants, mais d'autres exemples sont traduits en fraçais : des chants de Shabkar, yogi tibétain, des chants des maitres de la lignée Shangpa kagyu (Les chants de l'immortalité), des chants des maitres de la lignée Karma Kagyu (L'ondée de sagesse), etc.
Je propose dans ce sujet que nous partagions les dohas qui nous ont le plus inspiré.
Amicalement,
_________________ Par le mérite engendré par ma pratique du don et des autres perfections, puissé-je réaliser l'éveil pour le bien de tous les êtres.
Sujet du message: Re: Dohas : Chants de réalisation
Posté: Ven 24 Juil 2009 09:47
Membre actif
Inscription: Mer 22 Oct 2008 18:52 Messages: 214 Localisation: Dans la Sphère du Désir
Je suis Milarépa, le meilleur des yogis. Je suis celui qui pourchasse le visage des apparences, Celui qui accueille tous les souhaits. Je suis un yogi sans opinions, Celui qui ne s'empresse jamais, quoi qu'il advienne. Je suis le renonçant sans vivres, Le mendiant sans possessions, Le vagabond nu. Je suis celui qui a vaincu toutes les pratiques, Je demeure ici mais n'y réside pas, Je suis un Fou, heureux de la mort, Je ne possède rien, je n'ai besoin de rien.
Devant mon père, je me prosterne...
_________________ Que la nuit vous apporte la lumière SARVA MANGALAM! Guelek
Sujet du message: Re: Dohas : Chants de réalisation
Posté: Dim 26 Juil 2009 16:40
version "poétisée" pour le comité de traduction MarpaRimé ...
Sönam
Dohakosa de Saraha « Le Chant Royal »
Doha mdzod spyod pa'i glu: Dohakosa nama caryagiti
HOMMAGE A ARYAMANJUSRI Hommage au destructeur d’énergie démoniaque
Le vent fouette les eaux calmes et les transforme en rouleaux et brisants; De l’unité le roi fabrique de nombreuses formes, Voyant tant de visages de son unique Archer, Saraha.
Le fou bigleux d’une lampe en voit deux; Vision et voyeur en fait ne forment qu’un, Vous écorchés, esprits fragiles!
Toutes les lampes dans la maison s’allument, Mais l’aveugle quant à lui est toujours dans le noir; Sahaja envahit complètement l’espace Mais le fou ne voit pas ce qui est sous son nez.
De même que les rivières dans l’océan sont une Les demi vérités par l’unique vérité sont gobées; Les effluves du soleil illuminent les coins noirs.
De l’océan les nuages prennent l’eau puis sur la terre en pluie retombent Mais rien ne croît ni de décroît; La réalité reste inchangée comme le ciel reste pur.
Par les perfections du Bouddha rassasié Sahaja est l’unique essentielle nature; Les êtres sont nés dedans et dedans y trépassent, Et dedans pourtant il n’est d’existence ni de non-existence.
A la félicité il renonce le fou qui rôde au loin A la recherche des plaisirs mondains; Votre bouche est maintenant pleine de miel, Savourez tant que vous le pouvez !
Ils essayent les fous d’éviter leurs souffrances Le sage quant à lui leur déclame leur peine. Bois la coupe du divin nectar Pendant que d’autres s’affament d’ordinaires apparences.
De saletés les mouches s’enivrent, mais du parfum du bois s’éloignent; Du nirvana l’homme s’écarte par sa seule confusion, Assoiffé du grossier ainsi que du vulgaire.
Par la pluie la trace du sabot est remplie Et s’évapore dés que le soleil brille; Les imperfections d’un esprit parfait, Dans la perfection se dissolvent.
L’eau salée de la pluie par les nuages s’adoucit; Le venin de la passion Dans l’esprit fort et sans soi devient un élixir.
Libre de peine est l’indicible; Non méditer est rempli de plaisir. Quoi que craignant le dragon hurlant La pluie tombe des nuages et fait mûrir la moisson.
La nature de début et fin est ici maintenant, Et sans le dernier le premier n’existe; Rationnel le fou l’inconcevable conçoit Et de la compassion le vide il sépare.
De naissance les abeilles savent Que de la fleur le miel arrive; Comment le fou peut il savoir Que samsara et nirvana sont un?
Dans le miroir il se regarde En étranger le fou se voit; La vérité l’esprit l’a égaré Il sert la fausse vérité apparente.
Intangible est le parfum des fleurs Mais de leur réalité l’air est rempli, Les cercles du mandala sont perçus Par une présence sans forme.
Par un vent glacé l’eau calme se givre Empesées et ébréchées sont les formes que le gel durci; Par de critiques concepts l’esprit s’agite Puis l’informé durcit et enfin se contracte.
De par sa seule nature l’esprit immaculé Samsara et nirvana vaseux ne peuvent l’éclabousser; Mais tout comme un joyau dans un marais perdu Bien qu’il garde tout son lustre il ne scintille plus.
Paresseux le mental croît et décroît la pure conscience; Paresseux le mental croît et croît aussi la souffrance. De la graine viennent les pousses et les feuilles de la branche.
Du un et du multiple L’esprit se sépare La lumière s’affaiblit et des royaumes d’en bas nous parcourons les pistes; Qui plus que lui de la pitié mérite Lui qui dans le feu les yeux grands ouverts parle?
Obsédé par les joies de sexuelles étreintes Les ultimes vérités le fou croit savoir; Comme quelqu’un devant sa porte assis Flirtant, il bavarde sur le sexe.
Le vent se déplace dans la Maison du Vide Excitant les fantasmes d’émotionnels plaisirs; Chutant des espaces célestes, meurtri, Le vagin tourmenté quand à lui est parti.
Comme le riz et le beurre pris par un brahman En sacrifice à la flamme finissent par être donnés, Comme l’ambroisie céleste il voit le matériel Et d’un rêve se leurre de croire à l’ultime réalité.
Illuminant dans la fontanelle la Maison de Brahmâ Caressant l’uvala d’un injustifié délice, Confus, prenant le plaisir feint pour l’esprit libéré, Le fou vaniteux se surnomme yogi.
Il dit que la vertu de la conscience fondamentale ne vient, Il confond ainsi la serrure et la clé; Ignorant du joyau la véritable nature D’avec de l’émeraude le fou confond le verre seulement coloré.
Son esprit prend le cuivre pour de l’or, Et l’apogée d’expériences momentanées pour la réalité accomplie; Cramponné aux joies de rêves éphémères Eternelle extase sa vie courte et bon marché il nome.
Par l’analyse il comprend le symbole EVAM, Par l’analyse il crée quatre sceaux dans le temps, Sahaja il étiquette le sommet de ses expériences; Mais d’un reflet erroné au miroir Il reste attaché.
Comme le cerf perplexe s’abreuve dans l’eau d’un mirage Les fous d’ignorance s’abreuvant s’attachent aux formes externes Et de leurs soifs inassouvies, limités et confinés, Ils idéalisent leurs prisons, prétendant qu’ils sont heureux.
Relatif le réel est libre d’intellectuelles constructions, Et l’esprit véritable ultime, actif ou tranquille, est non esprit, Ceci est la suprême, la plus grande des grandes, l’immaculée; Amis, connais cette immense vérité sacrée!
L’esprit absorbé dans un samadhi sans concept, La passion est parfaitement pure; Comme le lotus dans la boue du fond du lac enraciné, La réalité sublime par la pollution de l’existence n’est pas touchée.
Comme un rêve visionnaire, de toutes choses solidifiez votre vision Ainsi la transcendance atteindrez, Réalisation immédiate et équanimité; L’esprit fort de l’obscurité fixe les démons Au-delà la pensée, spontanée, votre nature est accomplie.
Les apparences n’ont cessés d’être leur original rayonnement, Non formée, la forme n’a jamais eu de substantielle nature préhensible; Elle n’est que le continuum d’une unique méditation, Dans l’inactif, l’immaculé, esprit méditatif, sans esprit.
Le Je est intellect, esprit et formes de l’esprit, Je le monde, un spectacle d’apparence très étrange, Je la variété infinie de la vision-voyeur, Je le désire, la colère, la paresse mentale – Je la bodhicitta.
Maintenant une lampe dans l’obscurité spirituelle est allumée Guérissant les fissures produites par l’intellect Ainsi sont effacés tous les défilements mentaux. Qui peut définir la nature du détachement?
Il ne peut être nié ni non plus affirmé, Et, imprenable, il est inconcevable. A la conceptualisation les fous sont attachés, Alors que l’immaculé sahaja est libre de tous concepts
L’unité et la multiplicité, de concepts d’intégration n’amènent; Seulement par la conscience la liberté les êtres atteignent. Connaissance du rayonnement est une méditation immense; Demeurant dans le calme, l’esprit tranquille.
Atteignant la terre de la joie matérialisée L’énergie de la vue s’étend, Et viennent la joie et les rires; Même les objets recherchés ne sont pas séparés.
De la joie, les germes du pur plaisir émergent, Débordant du fleurissement du plaisir suprême, Et aussi longtemps que le flot s’écoulant est contenu L’indicible félicité sûrement à maturité parviendra.
Quoi, où et par qui ne sont rien, Maintenant dans son entier l’évènement est impératif. Que ce soit l’amour et l’attachement ou l’insensibilité au désir La forme de l’évènement est le vide.
Comme des porcs nous nous vautrons dans la boue de la sensualité Mais que peut tacher notre esprit nacré? Rien ne peut jamais le contaminé, Et par rien nous ne serons jamais limités.
Sujet du message: Re: Dohas : Chants de réalisation
Posté: Ven 31 Juil 2009 15:29
Membre actif
Inscription: Mer 22 Oct 2008 18:52 Messages: 214 Localisation: Dans la Sphère du Désir
Milarépa chanta:
Milarépa, donnant un enseignement à une de ses disciples, lui dit dans un chant:
Médite la nature non née de l’esprit : Comme l’espace sans centre ni périphérie ; Comme soleil et lune, lumineux et clair ; Comme la montagne, immuable et imperturbable, Comme l’océan, profond et insondable.
Cette femme pratiqua pendant un certain temps, après quoi elle revint voir Milarépa et lui chanta :
Je suis heureuse de méditer comme l’espace, mais déconcertée par les nuages et la brume qui y apparaissent ; Je suis heureuse de méditer comme soleil et lune, mais déconcertée par les étoiles et planètes qui s’élèvent avec eux ; Je suis heureuse de méditer comme l’océan, mais déconcertée par les vagues et les remous qui s’y forment, Je suis heureuse de méditer comme la montagne, mais déconcertée par les plantes et les fleurs qui poussent, Je suis heureuse de méditer la nature non née de l’esprit, mais déconcertée par les pensés et l’imagination qui en émergent ; Maître, veuillez m’instruire sur celles-ci.
Milarépa vit qu’elle avait eu une bonne expérience de méditation et lui répondit par un autre chant :
Dans la méditation comme l’espace, nuages et brumes sont ses agréments ; reste en leur étendue sans centre ni périphérie. Dans la méditation comme le soleil et la lune, étoiles et planètes sont ses ornements ; reste en leur espace lumineux et clair. Dans la méditation comme une montagne plantes et fleurs sont ses parures ; reste en leur sphère immuable et imperturbable. Dans la méditation comme l’océan, vagues et remous sont ses mouvements ; reste en leur sphère profonde et insondable. Dans la méditation de la nature non née de l’esprit, pensées et imagination sont ses manifestations ; reste en leur immensité vaste et lucide.
Amicalement,
_________________ Que la nuit vous apporte la lumière SARVA MANGALAM! Guelek
Sujet du message: Re: Dohas : Chants de réalisation
Posté: Lun 21 Sep 2009 12:43
Fondateur - Administrateur Rimé
Inscription: Jeu 26 Juin 2008 10:20 Messages: 917 Localisation: Seine et marne (France)
Chant de la nature de l'esprit, par Milarépa
Milarépa chanta :
Quand je médite la suprême attitude, Je reste sans effort au faîte de la vraie nature des choses. Détendu, je m'établis dans une sphère sans agitation, Dans la clarté de l'ouverture d'être, Dans la connaissance de l'état de félicité, Dans la splendeur éclatante de la non-délibération, Dans la sérénité face aux multiples manifestations.
Ainsi établi en la nature de l'esprit, Sans trouver d'obstacles, la compréhension décisive paraît. Sans effort, la clairvoyance accomplit toutes tâches. Quel bonheur que ce Fruit qui n'est pas resté simple souhait ! Quel plaisir que d'avoir abandonné les espoirs et les craintes ! Les illusions devenues sagesse ultime, quelle joie !Ainsi a-t-il chanté. -
Décidément, rien ne sort de votre bouche sinon la langue, reprit le Teunpa. Mêmes excellentes, vos paroles semblent de mauvaises imitations. Parlez-nous donc du Lama qui vous instruit ! Le Jetsün répondit :
- Parce que j'ai en mon esprit étudié, les apparences m'ont servi de livres. Si l'on ne s'abstrait pas du monde visible, on reste attaché aux textes. Je reconnais toutes les manifestations comme des projections de l'esprit et celles-ci précisément sont le Lama qui identifie l'esprit à la claire lumière.
_________________ Par le mérite engendré par ma pratique du don et des autres perfections, puissé-je réaliser l'éveil pour le bien de tous les êtres.
Sujet du message: Re: Dohas : Chants de réalisation
Posté: Lun 21 Sep 2009 12:51
Fondateur - Administrateur Rimé
Inscription: Jeu 26 Juin 2008 10:20 Messages: 917 Localisation: Seine et marne (France)
Pas de Naissance ni fondement, seulement l'Union. MILAREPA
La vraie nature des apparences est qu'elles ne sont jamais nées: Si leur naissance semble exister, c'est signe d'attachement.
La vraie nature du samsara est libre d'origine: S'il semble avoir un fondement c'est seulement une idée.
La vraie nature de l'esprit est union inséparable: S'il semble qu'elle soit dispersée c'est qu'on s'attache à une vue.
La vraie nature du lama est de maintenir la lignée: Qui bâtit ses théories, celui-ci n'a rien compris.
L'esprit, en réalité, est semblable au ciel Les pensées, semblables aux nuées, l'assombrissent de leurs voiles.
Un lama, pourvu des qualités, possède les instructions Qui dissipent ces nuées, en agissant comme le vent. Même les pensées, concepts imagines, brillent par leur clarté.
Soleil et lune, les expériences, lumineuses, se lèvent. Au-delà des dix directions, au-delà des trois temps, La clarté resplendit, insaisissable, inexprimable. La certitude scintille à l'infini comme les étoiles dans le ciel.
Tout ce qui manifeste, est source de grand délice, Naturel et sans artifice, corps , absolu de vacuité. Les apparences conditionnées, six collections, sont vacuité
Là où tout est spontané, non souillé d'émotions, Au coeur de cet endroit spacieux, naturel, de repos, La sagesse non dualiste a établi demeure, Et les trois corps y sont à jamais unis. C'est merveilleux!
Traduction:Claudine Mona 3 Juillet 2002.
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