Explications sur la signification de la pratique d'un yidam

Explications sur la signification de la pratique d'un yidam

Messagede Trinlé Lhamo » Jeu 14 Avr 2011 19:39

Bonjour,


Comme le bouddhisme tibétain vajrayana, et la pratique de yidams peut paraître étrange à certains, amener des interrogations, je me suis dit que j'allais mettre ce passage d'un livre de Kalou Rinpoche que je lis, et que je trouve clair, et aidant à mieux comprendre.
Le rôle, l'utilité de telles pratiques, leurs actions...



LA PRATIQUE D'UN YIDAM


La voie du vajrayana, comprenant de très nombreux moyens de progression, est appelée la "voie des moyens", la voie des moyens adroits.

Après les quatre préparations spéciales des ngöndro, le pas suivant est la pratique d'un yidam, d'une divinité de méditation. C'est un moyen utilisé pour transformer l'esprit et faciliter la réalisation de mahamudra. Après les ngöndro, on s'engage donc généralement dans la pratique d'un yidam associée à la récitation de son mantra.

Fondamentalement, tous les yidams sont un, il n'y a pas entre eux de différences essentielles. Cependant, certaines pratiques de yidam, comme Vajrayogini ou Chakrasamvara, requièrent des conditions particulières: il faut se retirer dans une retraite stricte et suivre des règles de pratique précises. Dans les activités sociales habituelles, ce n'est pas facile. Par contre, il existe une pratique de yidam n'imposant pas les mêmes contraintes et pouvant donc être facilement faite dans la vie quotidienne:c'ets la sadhana, ou pratique de Tchenrézi, le bouddha de la compassion. Je pense que c'est, d'une façon générale, la meilleure pratique, car elle est à la fois facile et très bénéefique; c'ets pourquoi je l'ai enseignée dans tous les centres du dharma dans le monde. Elle est, dnas tous les cas, une excellente introduction aux pratiques du vajrayana.


Déité relative et déité ultime


La forme de Tchenrézi méditée dans la sadhana est l'expression de la compassion du bouddha. Au-delà de sa forme, l'aspect ultime de Tchenrézi est indépendant de notre méditation, c'est la nature pure de l'esprit. Un yidam, une déité, existe ainsi toujours sur deux plans: l'aspect ultime du yidam est au-delà des formes, c'est l'"aspect de connaissance primordiale", le but de la pratique étant de nous le révéler par l'intermédiaire de l'"aspect pourvu de forme", le yidam relationnel ( l'"aspect de connaissance primordiale" : "jnanasattva" en sanscrit, "yéchépa" en tibétain. L'"aspect pourvu de formes": "samyasattva" en sanscrit, "damtsikpa" en tibétain") . Durant la première phase de la sadhana, nous méditons sur la déité relative, qui assure la liaison avec la déité ultime, l'aspect au-delà des formes, inaccessible dans les limitations de l'esprit conceptuel. L'aspect relatif ou relationnel permet de réaliser l'aspect de connaissance primordiale.


Les deux phases de la méditation d'un yidam


Pour comprendre un peu ce que sont les "moyens adroits" qu'emploie le vajrayana, il faut revenir à notre esprit qui pense habituellement : "J'existe, je suis" et qui s'identifie fortement à un moi vécu comme mon corps, ma parole, mon esprit. Ces identifications sont la source de nos souffrances et de nos errances dans le samsara; elles sont l'obstacle majeur à la réalisation de mahamudra et il est très difficile de les abandonner. Aussi le vajrayana enseigne-t'il dans un premier temps à échanger ces fixations contre d'autres, plus subtiles et moins solides, qui sont les fixations au corps, à la parole et à l'esprit du yidam. Ensuite, il est plus facile de lâcher toutes fixations et de passer à une méditation complètement dépourvue de formes et de supports, qui, lorsqu'elle est vraiment réalisée, est la véritable méditation de mahamudra.
Ces phases de substitution des identifications, puis d'abandon de toutes fixations, correspondent aux deux phases de toutes les pratiques de yidam. Nous allons les préciser, en prenant comme exemple la pratique ou sadhana de Tchenrézi.

Nous avons tous habituellement une forte fixation à notre corps, et quand nous nous expérimentons: "moi", nous nous attachons à l'image de notre corps.POur dépasser cette fixation, la méditation de Tchenrézi substitue à cette expérience celle du corps de Tchenrézi.Il ne s'agit pas de nous imaginer sous la forme de Tchenrézi, substantielle comme une statue, ce ne serait d'aucun bénéfice, mais d'être Tchenrézi, comme une forme vide, comparable à un arc-en-ciel, à la réflexion de la lune sur l'eau, à un rêve...; notre corps est le corps de Tchenrézi apparent et pourtant vide, conjonction de la vacuitéet de l'apparence, ce qu'on appelle une apparence-vide.

Les sons sont transformés de façon similaire. Fondamentalement, notre parole est "son-vide"; en effet, si tout ce que nous disons était quelque chose de concret, l'espace entier ne suffirait pas pour contenir toutes nos paroles. Malheureusement, nous ne reconnnaissons pas leur nature vide et nous nous fixons sur les paroles comme si elles étaient quelque chose de réel. C'est ainsi que des paroles agréables nous contentent, alors que des paroles désagréables nous contrarient et nous mettent en colère. Ces réactions sont un signe de ce que nous croyons à la réalité des paroles, de ce que nous les saisissons comme quelque chose de réel. Pour dépasser ces fixations, dans la sadhana nous transformons les sons et les paroles ordinaires en la sonorité du mantra de Tchenrézi dont la nature est "son-vide", comparable à la résonnance vide d'un écho.

Enfin il y a notre esprit qui est, lui aussi, avec ses contenus, fondamentalement vide. Nous avons beaucoup étudié à l'école, à l'université et accumulé dans notre mémoire un très grand nombre de connaissances. Si tout ce que nous avons appris avait une forme concrète, là encore cela ne tiendrait ni dans notre tête, ni dans cette pièce, ni peut-être même dans tout l'espace! Heureusement, l'esprit est vide et ses contenus n'ont pas de forme tangible. Il est probable que nous ayons aussi bon nombre de passions: s'il y avait une pièce où nous stockions la colère, une autre le désir, la jalousie, etc. Elles seraient vite encombrées. Que ce ne soit pas le cas est un signe de leur vacuité, mais, là aussi, bien que nos pensées et émotions soient vides, nous ne les reconnaissons pas comme telles et, nous fixant dessus, nous nous créons bien des difficultés. Pour y remédier, dans la sadhana nous substituons à nos pensées habituelles celles de la présence de Tchenrézi, et méditons sur notre esprit et ses contenus comme ayant la nature de l'esprit de Tchenrézi, en lequel pensées et émotions sont transparentes. Il y a connaissance et vacuité, "connaissance-vide".

Par ces substitutions, la sadhana de Tchenrézi opère une transformation des aspects impurs de nos corps, parole et esprit habituels en aspects purs du corps, de la parole et de l'esprit de Tchenrézi, dont la nature est forme, sonorité et connaissance vides.

Cette phase de substitutation, pendant laquelle nous visualisons le yidam et récitons son mantra, est la première phase de la sadhana d'un yidam, la "phase de génération". Nos fixations sur la réalité des apparences, des sonorités et des pensées, sont la maladie qui nous illusionne et nous fait souffrir.
Dans utpattikrama, le remède est triple: au niveau des formes, nous méditons sur toutes celles-ci comme étant inséparables de la vacuité, toutes sont la nature d'apparence-vide du corps de Tchenrézi. Les sons sont eux aussi inséparables de la vacuité et médités comme ayant la nature de sonorité-vide du mantra de Tchenrézi. Et tous les phénomènes de l'esprit, toutes les pensées et connaissances sont méditées comme étant la conjonction de la connaissance et de la vacuité, l'esprit de Tchenrézi qui est mahamudra. Dans cette phase, appelée en sanscrit "utpattikrama", il n'y a pas lieu d'éliminer les pensées ni d'interférer avec leur énergie; simplement leurs formes changent: aux pensées habituelles, se substituent les pensées de la présence de Tchenrézi, et la versatilité de l'esprit est ainsi intégrée et transmuée dans la pratique.

La seconde phase de méditation sur un yidam est appelée "phase de perfection"; elle est silencieuse et sans forme. La visualisation et les représentations de la phase de génération se dissolvent, se fondent en une lumière qui se résorbe progressivement en Tchenrézi que nous sommes, et finalement disparaissent complètement. Il n'y a plus alors aucun point de repère, aucun point de référence et l'esprit reste dans son état naturel, ouvert et dégagé, lucide et vigilant, sans contrainte et sans distraction. Lorsqu'elle est réalisée, cette méditation devient la pratique de mahamudra.

La sadhana d'un yidam, grâce à la conjonction des phases de génération et de perfection, est une méthode très rapide pour arriver à la réalisation de la nature de l'esprit, à mahamudra.


La Voie du Bouddha, de Kalou Rinpoche, Editions Sagesses

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Re: Explications sur la signification de la pratique d'un yidam

Messagede Yeshi Tchodron » Jeu 14 Avr 2011 21:20

Bonjour Trinlé Lhamo, saluts2

Merci beaucoup pour cet extrait de Kalou Rimpoché. C'est très clair et très inspirant. :levitation:
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Re: Explications sur la signification de la pratique d'un yidam

Messagede Seunam Gyamtso » Sam 16 Avr 2011 08:12

Bonjour,

Merci Trinlé,

Cet enseignement est très clair.

Amicalement,
Par le mérite engendré par ma pratique du don et des autres perfections,
puissé-je réaliser l'éveil pour le bien de tous les êtres.
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