Quand on arrive au monastère de Ramoché, à Sidhbari près de Dharamsala (Himachal Pradesh), on est immédiatement frappé par la profonde paix qui règne dans le complexe. Depuis l'an 2000, Gyuto, le Collège Tantrique supérieur, a offert une résidence temporaire – une aile de ses dépendances – au 17e Karmapa Orgyen Tinlé Dorjé, qui a récemment fait la Une de l'actualité.
Âgé de 26 ans, le Lama habite ici, entouré par un service de sécurité assez strict, avec, à l'arrière-plan, le majestueux massif du Dhauladhar.
Jusqu'à présent, hormis quelques déclarations émises par son Secrétariat, le jeune Lama a refusé de sortir de sa réserve et de commenter les accusations portées contre lui, en particulier à propos des dons en espèces reçus par son monastère – qui n'ont pas été déposés dans une banque – et à propos de ses relations avec l'Inde.
Pour la première fois, il a donné son accord à Rediff.com pour une interview exclusive de Claude Arpi qui a aussi interviewé à Dharamsala Lobsang Sangay, le Premier ministre tibétain nouvellement élu.
Tout au long de l'entretien, on découvre un jeune homme remarquablement calme, profondément intéressé par la culture indienne, par l'art et par la question environnementale dans l'Himalaya, capable de voir le sens profond des controverses qui l'ont entouré depuis sa fuite du Tibet en 1999, dans des circonstances étonnantes.
Il prend le temps de répondre à chaque question, très conscient du poids de ses mots. Il a généralement préféré avoir recours à un interprète, sauf pour les dernières questions où il montré toute son aisance en anglais et son sens de l'humour.
Votre Sainteté, que pouvez-vous nous dire de vos relations avec l'Inde, qui sont souvent mal comprises ?
Mes relations avec l'Inde ne se limitent pas à la vie d'un seul individu. Cette importante relation entre la lignée du Karmapa et l'Inde a une longue histoire qui a commencé il y a 900 ans.
On ne peut séparer cette relation de son contexte. La lignée de transmission du bouddhisme a été introduite au Tibet il y a plus de 1 200 ans. Ma lignée [celle des Karmapas] est née il y a 900 ans et ses traditions s'enracinent profondément en Inde. Toute l'histoire de notre lignée ramène à l'Inde. La lignée transmise par le Karmapa vient de l'Inde, elle a été transmise par les grands Mahasiddhas Tilopa et Naropa, que nous vénérons comme les ancêtres de cette lignée du Dharma. Sans ces sages indiens qui nous ont précédés, l'histoire de la lignée des Karmapas n'aurait pas existé. Ainsi la lignée du Karmapa a-t-elle de profondes racines dans le sol même de l'Inde.
Pour rester dans le contexte historique, à la fin des années 1950, quand le Tibet a traversé une période critique, les Tibétains se sont tournés vers l'Inde. Non seulement ils se sont tournés vers l'Inde, mais l'Inde a répondu chaleureusement et a vraiment été depuis lors un hôte généreux pour le peuple tibétain, non seulement pour Sa Sainteté le Dalai Lama mais aussi pour les dizaines de milliers de Tibétains qui y ont trouvé refuge et qui forment aujourd'hui la diaspora tibétaine. L'Inde a été un hôte de première importance ; l'Inde a étendu son hospitalité aux réfugiés Tibétains, pour qui cette hospitalité n'a pas été une simple formalité, mais une question de vie ou de mort.
En plus, l'Inde a offert un sanctuaire pour la préservation de notre religion et notre héritage culturel bouddhistes, comme pour notre culture tibétaine plus généralement.
Dans ces moments si difficiles, quand nous étions dans une situation tellement désespérée, vers qui nous sommes-nous tournés ? Vers l'Inde ! Et l'Inde nous a accordé le refuge dont nous avions tant besoin.
Même moi qui suis né après 1959, j'ai beaucoup entendu parler de la bonté et de la générosité des Indiens après 1959. On en parle beaucoup entre Tibétains. Ceux de ma génération ont une attitude générale de gratitude envers l'Inde dans la mesure où quand les Tibétains pensent à une terre de refuge, à un lieu de paix et de liberté, où le sens et le but de la vie peuvent être comblés, c'est à l'Inde que nous pensons immédiatement. C'est pourquoi la population tibétaine, y compris moi, s'est tournée avec ardeur vers l'Inde, terre de refuge. Nous avons le sentiment qu'en gagnant la terre sainte de l'Inde, nous avons fait quelque chose qui a une grande importance dans notre existence.
Votre Sainteté a pris l'initiative de rechercher des chants religieux en sanskrit (les originaux étaient perdus en Inde). Est-ce que ce retour en Inde d'une partie de son héritage culturel et religieux peut être considéré comme une offrande faite à votre pays d'accueil ?
Comme je l'ai dit, l'Inde est la source du bouddhisme pour le monde. Le bouddhisme est né en Inde, mais il a malheureusement été pratiquement détruit dans sa patrie. En notre qualité d'héritiers des enseignements bouddhiques indiens, nous ressentons un lien familial, nous nous percevons comme des descendants de l'Inde. En tant qu'héritiers du bouddhisme, nous nous sentons responsables de sa préservation. En fait, non seulement nous devons le préserver, mais aussi tout ce qui en vient et qui est déjà préservé dans notre culture et notre langue. J'ai le sentiment qu'en retour nous devons tenter d'en faire l'offrande à l'Inde. Cela signifie que nous avons une obligation familiale qui est de ramener le Dharma chez lui, en Inde. Nous avons accepté cette responsabilité qui est de contribuer à son renouveau et à sa renaissance en Inde.
C'est dans ce contexte que j'ai pris quelques initiatives. Par exemple, à chaque fois que nous avons des rassemblements où nous prions pour la paix dans le monde, comme le Kagyu Monlam Chenmo que nous tenons tous les ans à Bodhgaya, au début des cérémonies, quand le Sangha [la communauté des moines et des nonnes] se réunit, nous chantons des prières dans leur version originale sanskrite. Raviver l'usage du sanskrit dans nos réunions de prière est une manière de reconnaître notre héritage, et de se rappeler la bonté sans faille dont l'Inde a fait preuve pour nous.
Nous avons aussi quelques magnifiques chants sacrés connus sous le nom de Dohas, ou chants de réalisation, dont les paroles ont un sens très profond.
Ces chants étaient en sanskrit ?
Non, ils étaient composés dans différentes langues anciennes de l'Inde. On ne peut pas évoquer que le sanskrit, ces Dohas existaient dans différentes langues anciennes de l'Inde. Le sanskrit reste bien sûr la langue ancienne la plus connue.
Ces merveilleux Dohas qui étaient chantés autrefois en Inde se sont maintenant perdus ; ils sont pratiquement inconnus dans la société indienne. J'ai pensé qu'il était important de les raviver [en les chantant de nouveau]. Je pense qu'il est de notre responsabilité de les préserver et de les rendre accessibles à un public indien. Nous avons précieusement conservé ces Dohas sacrés pendant des siècles au Tibet. L'Inde est un second foyer pour nous les Tibétains, et tenter d'y ramener ce qu'elle nous a généreusement offert il y a des siècles n'est qu'un bien modeste effort.
Votre Sainteté, le Dalai Lama dit qu'il est un fils de l'Inde, qu'il mange du riz et du dal comme tous les Indiens. Vous aimez la nourriture indienne ?
Oh oui ! J'aime la nourriture indienne.
Vous aimez le cricket ?
On ne joue pas au cricket partout à travers le monde. Par exemple, quand je vivais au Tibet, je n'avais jamais entendu parler de ce jeu. Franchement, même maintenant, je ne comprends pas vraiment le cricket ! Mais quand on vit en Inde, comment peut-on ne pas être influencé par lui ? Le cricket est le jeu le plus important et le plus répandu en Inde – certains diraient même que c'est une des « religions » de l'Inde – et donc, d'une façon ou d'une autre, on finit par être influencé par ce jeu.
Depuis votre arrivée en Inde, des officiels indiens ont émis des doutes sur vous. Qu'est-ce qui peut être fait, ou que pouvez-vous faire pour les dissiper ?
J'ai récemment été en contact direct avec quelques grands dirigeants indiens et j'ai aussi eu des contacts indirects par le biais de mes représentants. [Une délégation d'éminents disciples indiens du Karmapa a rencontré le Premier ministre, le Dr Manmohan Singh, la Présidente du Parti du Congrès Sonia Gandhi et d'autres hauts dirigeants à Delhi].
Votre Sainteté a rencontré des hauts dirigeants ?
Oui, quelques-uns. J'aimerais dire que si des gens du Gouvernement ou des gens ayant des responsabilités ont le moindre doute ou soupçon à mon égard, j'espère qu'ils m'en parleront. S'il vous plaît, interrogez-moi !
Vous clarifierez d'éventuels doutes ?
Oui, je suis prêt et disposé à faire tout ce qu'il faut pour clarifier le moindre doute que quiconque pourrait avoir. En fait, j'ai hâte de saisir la chance de répondre aux questions car laisser traîner ces soupçons n'est utile pour personne, pour moi bien sûr, mais aussi pour le Gouvernement indien. S'il subsiste des doutes ou des soupçons, le mieux est que je saisisse l'occasion d'y répondre directement.
Vous êtes prêt à tout moment à apporter une clarification ?
Oui, je clarifierai les doutes.
Existe-t-il des restrictions sur vos déplacements en Inde ?
Pour autant que je sache, je n'ai pas le droit de visiter le Sikkim [où une affaire est en cours devant la justice] et le monastère de Shérab Ling [en Himachal Pradesh, le siège de Sitou Rinpoché qui a reconnu l'actuel Karmapa]. Mais je peux aller partout ailleurs en Inde, même si, bien sûr, je dois demander l'autorisation de voyager.
Est-ce que Votre Sainteté suit la même procédure que le Dalai Lama quand il informe le bureau de liaison du ministère des Affaires extérieures de ses projets de déplacement.
Ce n'est pas exactement pareil. Dans le cas de Sa Sainteté le Dalai Lama, c'est une formalité. Il doit simplement dire qu'il a l'intention d'aller demain à tel ou tel endroit ; dans mon cas, c'est un peu différent. Je dois faire des demandes qui suivent divers canaux, bien à l'avance, et attendre l'autorisation.
Qu'en est-il des affaires qui ont fait les gros titres de la presse indienne il y a quelques mois, notamment les affaires de dons ou d'offrandes en liquide et d 'achat « benami » de terre [ndtr : système d'achat avec un prête-nom] ?
Ce serait mieux que vous en parliez avec mon Secrétaire-Général. Il connaît mieux les détails de ces affaires.
[Le Secrétaire-Général, Karma Chungyalpa, déclare que, avec pour objectif la mise en ordre de ses affaires internes, le Bureau administratif du Karmapa a engagé un expert-comptable agréé indien. Le ministère de l'Intérieur étudie toujours la question de la recevabilité des dons en monnaie étrangères selon le Foreign Currency Regulation Act. Une délégation a rencontré le ministre de l'Intérieur, P. Chidambaram, et on a assuré au Secrétaire de l'Intérieur G. K. Pillai que l'affaire était en cours de résolution. Pour ce qui concerne l'achat d'un terrain pour la construction d'une résidence permanente pour Sa Sainteté, les démarches avaient été entamées auprès des services gouvernementaux concernés, auprès aussi des services locaux d'urbanisme du gouvernement de l'Himachal Pradesh, et cela bien avant que l'affaire ne fasse les gros titres de la presse indienne. Ces demandes sont toujours en cours de traitement.]
Avez-vous toujours des contacts avec votre monastère de Tsurpu au Tibet ?
Je n'ai évidemment aucun contact direct avec le monastère de Tsurpu. Parfois, cependant, quand des gens de Tsurpu peuvent venir, je peux avoir des informations de seconde main.
Avez-vous beaucoup de disciples venant de Chine et de Taïwan ?
Oui, ils viennent ici [en Himachal Pradesh] ou à Bodhgaya [en hiver].
Apparemment, le Gouvernement chinois ne vous critique jamais. C'est vrai ?
Je ne suis pas certain que ce soit vrai. La critique n'a pas besoin de toujours être publique [dans la presse]. Par exemple, j'ai entendu dire qu'il y a peu de temps il était interdit de montrer ma photo dans les monastères du Tibet.
A Tsurpu ?
Non, dans d'autres monastères, pas à Tsurpu.
Mon avis est que la critique n'est parfois pas publique. Le simple fait que le Gouvernement chinois n'épingle pas quelqu'un en particulier en le critiquant publiquement pourrait justifier qu'on l'accuse d'être un espion chinois ? Je pense que c'est ridicule.
Il est tout aussi ridicule de mettre quiconque sur le même pied que Sa Sainteté le Dalai Lama. Il est le chef incontestable, tant religieux que politique, du peuple Tibétain. Il symbolise la cause tibétaine, il en est le suprême porte-flambeau. Il n'est pas justifié de me comparer à Sa Sainteté le Dalai Lama. De toute évidence, le Dalai Lama est une cible privilégiée des critiques du Gouvernement chinois parce qu'il a un rôle de dirigeant de première grandeur et parce qu'il conduit vraiment bien le combat pour cette cause.
Il serait très naïf de croire qu'il y a quoi que ce soit de suspect me concernant simplement parce que le Gouvernement chinois ne me critique pas. Ils sont plus intelligents que ça. S'ils calculent qu'il est de leur intérêt de critiquer publiquement quelqu'un, ils le font ; si ne pas critiquer ouvertement quelqu'un sert leurs intérêts, ils ne le font pas ouvertement.
En outre, nous avons diverses traditions dans le Bouddhisme tibétain, et chacune a son chef. Ces dirigeants ne sont pas non plus critiqués par les Chinois. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont aucun rôle politique, tout comme moi. Pourquoi serait-il normal que les autres chefs religieux ne soient pas critiqués, et anormal que je ne le sois pas ?
Vous avez dit que le Dalai Lama était la « Lumière du TIbet ». Maintenant qu'il a annoncé sa retraite politique, sera-t-il encore la Lumière du Tibet ?
Oui, Sa Sainteté a clairement dit qu'il renonçait à toutes ses responsabilités politiques et administratives, mais cela ne diminue pas son autorité spirituelle. Cela ne diminue pas, et ne peut diminuer la foi que les Tibétains ont en lui. Cela ne changera pas.. En ce sens, son autorité restera incontestable.
Il existe un autre « candidat » Karmapa, Thayé Dordjé (parrainé par Shamar Rinpoché, un des régents du 16e Karmapa). Dans le passé, cette affaire a suscité de l'amertume. Seriez-vous prêt à rencontrer Thaye Dordje pour clarifier cette affaire qui est utilisée par vos ennemis ?
Pour simplifier les choses, le rencontrer n'est pas un problème. Nous pouvons bien sûr nous rencontrer. J'ai même rencontré Shamar Rinpoché ; rencontrer Thayé Dordjé n'est donc pas un problème. Mais à propos de quoi, et pour quel résultat ? Ce n'est pas certain qu'il y ait une issue positive. Le résultat d'une telle rencontre peut être positif ou non.
En outre, Thayé Dordjé est seulement celui que l'on voit. On doit s'interroger : qui est derrière lui ? C'est pourquoi,le rencontrer n'est pas la question ; cela créerait encore plus de rumeurs ou de confusion avec, à terme, aucun résultat substantiel. Ce n'est pas si simple. Thayé Dordjé devrait avoir d'autres personnes pour le conseiller sur l'opportunité d'une rencontre ; moi aussi je prendrais en considération le point de vue des autres sur la sagesse d'une telle rencontre.
En fin de compte, ce n'est pas seulement de se rencontrer qui importe. L'important est le bénéfice immédiat et à long terme d'une telle rencontre. C'est une grande question.
Quequ'un dans votre monastère de Rumtek, au Sikkim, m'a dit que ce conflit avec Shamar Rinpoché (et Thayé Dordjé) est une affaire « karmique ». Le facteur temps a son rôle à jouer et cela peut donc prendre du temps pour arriver à une solution. Vous pourriez faire un commentaire ?
Vous pouvez essayer de voir ça de cette façon, mais cette affaire est difficile à appréhender. En fait, ce qui s'est produit est inconcevable. Pour ceux qui connaissent l'histoire de la lignée d'incarnations de Shamar Rinpoché et la longue histoire de celle du Karmapa, ça semble simplement impossible qu'une telle situation puisse arriver. C'est totalement sans précédent dans la lignée Karma Kagyu. Rien n'indiquait que quelque chose comme ça pouvait arriver. Dans la mesure où cela touche la sainteté et l'intégrité de la lignée du Karmapa, c'était impossible. Pourtant, c'est arrivé.
De ce point de vue, on peut dire qu'il s'agit d'une situation karmique. En toute justice, on ne peut blâmer l'un ou l'autre côté exclusivement. Ça pourrait être l'objet d'un débat, mais je ne pense pas que les fautes ne se trouvent que d'un seul côté. Je veux dire par là que si toutes les personnes concernées avaient agi avec intégrité, en accord avec la vérité du karma, si elles étaient restées en harmonie avec leur vision, cela ne serait pas arrivé. Cela n'a pas été le cas et ceci s'est donc produit.
Pour ce qui est d'arriver à une solution à ce problème, il ne peut être résolu comme on le ferait avec un problème technique en utilisant des procédés [extérieurs]. « Dompter l'esprit » ou entraîner son propre esprit, la solution doit venir de là. Si quelqu'un en a la capacité, il doit se rappeler l'intégrité de nos prédécesseurs, le très haut degré de leur éthique spirituelle, et la vision spirituelle qu'ils ont mise en place pour nous. Se souvenir de cela et le ramener à soi [Sa Sainteté fait le geste de faire descendre la sagesse de la lignée], telle est la solution. Nous devons rétablir dans notre esprit l'intégrité [de la lignée].
Il s'agit d'une pratique spirituelle ?
Oui, ça ne peut être résolu techniquement. Ultimement, seule notre transformation spirituelle marchera.
Votre Sainteté, que pouvez-vous nous dire de votre souci et de votre travail pour l'environnement dans vos monastères, comme dans la région himlayenne ?
Si ça vous intéresse, vous pouvez vous adresser à notre Bureau pour avoir les détails [quelques-unes de ce actions sont listées sur le site de Khoryug]. On vous parlera de nos projets en cours et de ce qui a déjà été fait, par exemple en terme de végétarisme et d'autres questions en rapport avec l'environnement.
La seule chose que j'aimerais dire est que le problème de l'environnement se situe au-delà de la religion, au-delà de la politique. Il s'agit d'un problème grave, fondamental, pour notre existence même, pour l'existence de toutes les espèces de cette Terre. A cause de l'état actuel de l'écosystème et de son interdépendance, la ceinture himalayenne et le Tibet jouent un rôle important pour cette région du monde et plus généralement pour le monde entier.
Voir ce problème seulement sous un angle politique, économique ou matériel serait regrettable et destructeur. Par exemple, quand on parle du Tibet et de ses liens avec les pays asiatiques voisins, les gens l'associent tout de suite à la politique. Pourquoi ? Nous parlons de problèmes fondamentaux qui sont graves pour notre existence humaine commune sur cette planète. Pourquoi mêler cela à la politique [seulement à cause du mot Tibet] ? C'est vraiment regrettable. Ce défi a de quoi impressionner, mais la tâche est très importante.
On m'a dit que vous étiez un bon peintre et un bon poète. C'est vrai ?
Non, non !
C'est une pratique, un exercice religieux ?
C'est mon exercice privé (rires). Ma pratique religieuse n'est pas tellement bonne, mais la peinture et la poésie sont une partie de ma formation personnelle, c'est une partie de mon amélioration personnelle.
Je vous ai observé durant une longue cérémonie officielle en l'honneur du départ du Premier ministre sortant, le professeur Samdhong Rinpoché [le Karmapa était l'invité d'honneur]. Vous paraissiez très sérieux et réservé. Mais quand vous vous êtes adressé à l'assemblée des ministres et des parlementaires tibétains, vous avez fait rire tout le monde. Vous avez un grand sens de l'humour.
Quelle place tient l'humour dans votre vie ?
Les orateurs qui m'ont précédé ont parlé sérieusement de sujets sérieux ; c'est alors que ça a été à mon tour de parler. Ce que je voulais dire avait déjà été dit, il ne me restait plus rien à dire. Je devais faire quelques blagues (rires).
Le Traduteur : Sa Sainteté a dit des choses très belles.
(Le Karmapa lui coupant la parole en anglais) Non, non, non. Mais l'humour est important dans la vie. Être trop sérieux dans la vie n'est pas bon. Ça peut donner à la vie une apparence misérable.
Merci beaucoup Votre Sainteté.
Source : http://www.rediff.com/news/slide-show/s ... 110617.htm
(trad. Nénang Samten Chöling)

