Bonjour à toutes et tous
En te lisant Yeshi Tchodron, j'ai eu l'impression de me revoir.
Je me suis posée et me pose les mêmes questions que vous. En étant parti d'à peu-près les mêmes constats.
Au début, notamment, quand j'ai rencontré le dharma, et que j'ai trouvé plus d'espace et de sérénité, je me suis dit que j'avais aussi trouvé un moyen d'aider des membres de ma famille (situation difficile avec un de mes proches qui s'enfonce dans ses ténèbres, et refuse d'en sortir). Du coup, pratiquer est devenue pour moi un moyen, notamment la pratique de Tchenrézi. Mais le revers, c'ets qu'inconsciemment, j'y avais mis de l'espoir, des attentes, et comme mon proche ne peut aller mieurx puisqu'il ne le souhaite pas, au bout d'un moment, fatigue et doutes.
A présent, pour ce proche, j'ai cheminé, et réalisé et essaie d'accepter le fait que c'est aussi son choix de vouloir se détruire comme il le fait (avec toutes les conséquences que cela entraîne sur nous ses proches, de par la manière dont on le reçoit, le vit...).
Et pour mon autre proche, de voir les phases par lesquelles ils passent..., souvent j'essaie de l'aider, mais c'est difficile, parce que tout ce que je peux dire ne reste que lettre morte, aussi juste que cela puisse être, parce que tant que l'autre en face ne le réalise pas par lui-même, ne se met pas en chemin, n'examine pas la situation, lui-même, comment il la vit, alors rien ne peut réellement changer.
Du coup, j'ai aussi eu fréquemment ce ressenti d'être pompée et complètement vidée de mon énergie, comme vampirisée. D'autant plus que la relation avec les personnes est proche.
J'ai aussi eu une expérience avec une femme très mal, et j'ai assayé de l'aider par l'écoute, le partage de ce que j'avais compris depuis ma rencontre avec le dharma..., mais comme Yéshi, j'ai eu l'imrpession que cette personne ne faisait finalement que s'appuyer sur moi, m'utiliser, même inconsciemment, et ne pas réellement chercher à s'en sortir par elle-même.
Qu'en tout cas, moi, je ne pouvais finalement pas réellement l'aider.
Je suis infirmière. Et à une période j'ai eu beaucoup de gens en fin de vie, des personnes âgées, en maison de retraite. En recherche spirituelle, et effarée de voir que le système globalement nie toute dimension spirituelle à la vie..., des personnes qui restent seule dans leurs chambre, quand ils n'y sont pas fermées..., je prenais du temps pour aller voir et rester un moment auprès de mes patients en fin de vie. Et faisais souvent tonglen (prendre et donner).
Je suis sortie de cette période de travail dans cette maison de retraite (où j'étais la seule infirmière, à 50kms de chez moi), et avec 10 décès en deux mois, complètement vidée, fatiguée physiquement et psychiquement, et plein d'idées noires tournant autour de la mort.
En ce sens, je vois un peu différemment que Stéphanie, le cadre professionnel à mon sens ne protège pas forcément. Tout dépend de la manière dont on envisage les choses, dont on les saisit, les vit. Et moi, personnellement, dans ma manière de voir mon métier..., j'ai été dans l'autre extrême.
Dans mon analyse, cette impuissance que j'ai ressenti très souvent, déjà au sein de ma famille, face à toute ce qui se passait, toutes ces souffrances, celles de mes proches, les miennes...., et pas d'issue à la situation, et puis, au travail, face à la souffrance des gens, et aussi, plus globalement, le fonctionnement d'un système où j'ai souvent l'impression que la vie, l'humain, passe au deuxième plan par-rapport à l'argent, le sytsème lui-même. Tout cela, a entraîné et entraîne beaucoup de révolte en moi, et aussi le souhait d'agir, et d'aider, et du coup toutes ces attitudes que j'ai pu développé pour tenter d'aider justement.
Mais avec de recul, comme vous, j'ai réalisé que de une, on ne peut réellement aider que les êtres ayant une conscience aigué de leur situation et le souhait de s'en sortir, et qui accepte l'aide.
Qu'il y a hélas beaucoup de gens que l'on ne pourra jamais réellement aider, mon proche en étant un exemple, lui refuse comme certains patients que j'ai eu, toute aide, ne veulent pas voir leur part de responsabilité dans les situations, la rejettent sur l'extérieur... Ont une vision du monde très fermée, comme pour mieux préserver leur monde de souffrances et ne pas risquer de le voir partir, en rejetant toute possibilité d'existence d'autre chose que ce qu'il connaisse, de possibilité d'avancer, de s'en sortir, ...
Je ne sias pas si vous avez ressenti cela, quand vous êtes face à ces gens, et je trouve qu'il y en a beaucoup, on pourrait en arriver à douter de tout, et se laisser entrapiner dans leur vision sombre du monde et des êtres. L'image qui me vient face à eux, c'est qu'ils ont peur, peur de ce qu'ils ne connaissent pas, et que du coup ils s'arrêtent au bout de leur nez, refusent de voir plus loin que lui, par crainte de ce qu'il pourrait découvrir qu'ils ne maitrisent pas, et puis du coup ils en arrivent à soutenir mordicus que surtout il n'y a rien au bout de leur nez, rien, qu'il ne peut rien avoir, que l'on finit en poussière, ... que ce n'est pas possible d'évoluer, ... et que même les gens en face pensant différemment sont ci et cela, ...
Face à des gens comme cela, j'en suis arrivée à la conclusion que l'on ne peut rien faire, hormis des souhaits mais en essayant de garder à l'esprit l'attente plus ou moins inconsciente que l'on peut mettre rien que dans cet acte-là.
Et que même d'être trop gentil, trop compréhensif n'ets pas forcément bénéfique, ni pour eux, ni pour moi. J'ai réellement réalisé l'intérêt et le rôle de yidams courroucés comme Mahakala, à force d'être confrontée à ce proche.
J'ai réalisé que la compassion, ce n'ets pas être gentille tout le temps, être douce et parler avec des mots gentils. Parce que certains utilisent cela comme eau à leur moulin pour continuer à l'alimenter et en plus nous pompent l'énergie, et tirent un bébéfice secondaire de leur situation (être plaint, chouchouté, ou même manipule l'entourage...). Que parfois la compassion, c'ets de secouer les puces aux gens, leur dire les choses clairement et avec fermeté, pour couper court à leur petit manège.
Je pense souvent à Mahakala, qui est là avec sa forme courroucée et impressionnante, non pour nuire et faire mal, mais au contraire pour aider certains êtres, mais pas de la manière dont on le conçoit de prime abord. Que parfois, il faut trancher, être ferme, vif, voire hausser le ton,
De trancher dans leurs 'délires', leurs pensées en boucles.
Après, j'ai conscience que c'est quelque chose qui peut être délicat à évaluer, et mettre en oeuvre.
Il m'est arrivé une fois face à une patiente et deux ou trois fois face à un proche que je sentais sur tel ou tel mode de ne pas être la gentille infirmière/gentille Emelyne compréhensive, et d'être plus ferme, de couper court à certaines choses.
Dans mon métier, je me dis que j'aide un petit peu parfois, physiquement, en prodiguant des soins, et puis parfois peut-être par mon attitude.
Mais que ce qui va faire que l'on aide ou pas, va être l'attitude de la personne face à soi, sa vision de la vie, d'elle-même, des choses...
Et que aider quelqu'un, c'est avant tout un travail avec lui. Là aussi, la médecine en occident, n'aborde pas de manière holistique la personne, contrairement à d'autres systèmes. On traite le corps, mais pas les causes sous-jacentes, la personne elle-même.
Je pense aussi que pour aider quelqu'un, il faut déjà partir du fait qu'elle souhaite être aidée et s'en sortir. Et arriver à se réautonomiser dnas sa vie, et non pas dépendre de quelqu'un, sinon, pour moi, c'est un schéma malsain. Et le but de notre aide est d'aider cette personne à tout reprendre en main.
C'est ainsi qu'idéalement au niveau des soins, et de la démarche soignante nous devrions procéder (en tout cas ce que j'ai appris), c'est ainsi qu'il me semble que l'on devrait élever aussi les enfants, mettre entre leurs mains les clefs utiles à leur vie, pour qu'ils vivent par eux-mêmes. Et je me dis que ce devrait être la même chose pour aider les gens.
Au travers de mon expérience, je me suis rendue compte avec du recul, que tout en pensant agir sur le coup pour le mieux pour aider, je n'ai pas agi avec le plus de sagesse possible.
En même temps, ce sont nos erreurs qui nous aident à comprendre et avancer. Et aider différemment à l'avenir.
Une autre remarque qui me vient, c'est que vouloir aider autrui, c'est très bien, et nous ne devrions pas perdre cette flamme, cette envie que le monde aille mieux, même si on nous prend alors pour des idéalistes, mais on devrait aussi se faire passer avant.
Pendant un moment, j'ai une vision erronnée, je pensais, et interprétais les enseigements selon ma vision aussi, que la bodhichitta consistait à faire passer les autres avant soi...
Et comme j'ai une mère qui était très aussi dnas cette vision de sacrifice et d'abnégation de soi-même, j'ai suivi cette trace. Pour me rendre compte là aussi que souhaiter aider les autres tout en s'omettant, cela ne peut pas mener très loin.
Et qu'il faut commencer par s'aider soi. Que même très subtilement, pendant ces dernières années, avoir voulu aider si fort ma famille m'a permis d'éviter de me regarder à fond, et de voir clairement les choses. Que parfois cela peut être une sorte de fuite, un décentrement extérieur.
Hors pour réellement aider, je ressens qu'il faut au contraire se recentrer, être très à l'aise dans ses baskets, dans sa vie, apaisée.
En discutant avec un ami, de lama..., j'ai réalisé que c'était sûrement pour cela aussi le but de retraites, pour se clarifier soi-même, son vécu et ses émotions. Qu'un lama réellement à l'écoute et disponible pour ceux qui le sollicitent et qui sont nombreux, ce ne peut pas être possible d'être réellement dans l'aide, s'il est lui-même parasité, court-circuité par tout un tas de choses dans sa vie, de son passé, parce que ce que les autres en face de lui lui diront feront écho à un moment ou à un autre à telle ou telle chose ...
En somme, je ne ferais absolument pas un bon lama en ce moment (à supposer que j'en aurais les aptitudes)
Ma conclusion actuelle pour aider les autres, c'est donc d'abord de m'aider moi-même justement, à m'apaiser, apaiser mon vécu et mes émotions très fluctuantes, qui me parasitent.
Et développer une manière plus claire de voir les choses.
Avoir conscience de comment j'agis et me comporte avec mes proches, au travail...
Et puis aussi, qu'aider ses proches, c'est quelque chose de très difficile, parce que aucun détachement, lié au lien affectif. Et qu'il faut faire attention dans quelles conditions on le fait (risque d'inversion de certains rôles, se retrouver la mère de sa mère, par exemple, ce qui n'est pas sain ni aidant...).
Amicalement