Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux autres?

Comment intégrez vous le Dharma dans votre vie quotidienne ? (travail, vie personnelle, évènements...) Des obstacles dans la pratique? Essayons de trouver des solutions ensembles. Espace d'aide spirituelle ou les membres peuvent demander a la sangha de prier avec eux pour X raison.

Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux autres?

Messagede Yeshi Tchodron » Mar 19 Avr 2011 20:10

Bonjour à tous, saluts3

Je me demande souvent, dans ma vie quotidienne jusqu'où l'on peut aller par altruisme, jusqu'où aller dans l'aider qu'on donne aux autres? :roll:

Je m'explique. J'aide beaucoup les autres personnes mais le problème c'est que beaucoup en profite et que je finis par me faire avoir... Je veux bien être altruiste mais je ne souhaite tout de même pas "me faire marcher dessus" que ce soit au travail ou ailleurs. Alors comment faire ? Comment trouver la juste mesure? Il ne me semble pas qu'aider ce soit tout accepter de l'autre. J'ai l'impression non pas que je les aide trop mais que je les aide mal, en m'y prenant mal:

Il y a quelques années, à force d'aider ainsi les autres j'ai finis par ne plus avoir d'énergie (d'énergie psychique surtout) car certaines de ces personnes me "pompaient littéralement" mon énergie, je me suis mise ainsi en difficulté et bilan de la situation, cela est devenu difficile pour moi et je n'ai plus pu les aider du tout.......

J'ai aussi remarqué que certaine personne que je pensais aider au départ de par mon attitude et mon intention de la faire et bien en bien il n'en était rien. Je m'explique: j'ai beaucoup soutenu de personnes qui avaient des difficultés importantes dans leur vie mais ce faisant elles sont devenus dépendantes de ma personne. Elles trouvaient leur énergie en pompant la mienne et me sollicitaient sans arrêt (le jour et la nuit parfois), je n'ai pas su mettre de limite trop affectée par leur détresse.... Il s'en est suivit une période ou cela m'a moi-même mise en difficulté psychologiquement. Les personnes ne progressaient pas, devenaient de plus en plus dépendantes de moi et moi bien que je souhaitais les aider, je m'épuisais dans une tâche sans fin.

J'ai donc réfléchi et je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer ainsi, ni pour les autres, ni pour moi-même. Que la position dans laquelle je me mettais, même si je souhaitais les aider, n'était pas adaptée. Je ne les aidais en fait pas du tout... Tout cela pour dire qu'aider les autres, ce n'est pas à mon avis se positionner comme je le faisais.

Pour vous êtres altruiste et aider les autres, c'est quoi? Jusqu'où allez vous? Comment gérez vous ce genre de situation?

Je vous remercie d'éclairer un peu ma lanterne,

Amicalement dans le Dharma,

Yéshi Tchödrön :zen:
Yeshi Tchodron
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accode aux autres?

Messagede stephorax » Mer 20 Avr 2011 11:01

Bonjour Yeshi Tchodron,

Je suis éducatrice en chrs (centre d'hébergement et de réinsertion sociale) pour des hommes seuls sans logement. Mon travail consiste à les accompagner dans leurs démarches sociales afin de les aider à régler certains problèmes avant de les aider à retrouver un logement. J'exerce cet emploi depuis 9 ans maintenant, par choix et par vocation. Même si ça reste dans un cadre professionnel, "j'aide les plus en difficulté que moi" à retrouver une stabilité dans leur vie...J'ai un emploi du temps avec des horaires décallées, ce qui me fait travailler deux soirs par semaine jusqu'a 21h et un week end voir 2 par mois, dans ces moments, je vais les voir dans les logements ou on les héberge afin de créer une relation de confiance autre que dans un bureau administratif. C'est un travail qui demande de l'énergie et un certain "don de soi" mais le fait que ce soit dans un cadre professionnel me permet d'avoir le recul et la distance necessaire pour ne pas me faire "envahir". Peut-on parler de "détachement"? Je ne sais pas, peut-être qu'elqu'un de plus expérimenté dans la pratique du dharma pourra t-il me répondre?
Il m'est arrivé très souvent d'aider des amis autour de moi, e, les écoutant, en les conseillant, en les aidant à trouver une solution à leurs problèmes, ce qui, moi aussi, m'a mis en difficultés psychologiques, j'avais l'impression d'être submergée par les problèmes des autres....Donc j'ai limité l'aider que j'apportais à mon entourage afin de me protéger.
Aujourd'hui même au niveau professionnel, je suis "fatiguée" de supporter toute cette souffrance et je sais que du coup je fais moins bien mon travail. J'aspire même à trouver un autre emploi moins "prenant".
Pourtant que ce soit au niveau professionnel et personnel, j'ai toujours eu l'impression d'être dans la compassion. Mais étant donné que ça génère des souffrances, je ne dois pas être dans la "bonne compassion"?????????????????

Je pense qu'aider les autres ne doit pas entrainer de souffrance pour soi-même mais au contraire de la joie, ce que m'a procuré mon travail pendant de nombreuses années. Il faut savoir se détacher et avoir la juste distance pour aider au mieux les autres sans souffrir soi-même.
Je souhaiterais avoir l'avis des pratiquants éclairés de ce forum parce que aujourd'hui, je souffre dans mon travail, faut-il que je change d'emploi?

Amicalement dans le dharma
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accode aux autres?

Messagede Seunam Gyamtso » Mer 20 Avr 2011 23:21

Bonjour à tous et toutes,

C'est une question que je trouve intéressante, et difficile.

Comme nous ne sommes pas encore éveillé, notre compassion, notre aide est entaché par nos vues erronées, par notre attachement, et donc en voulant aider, et en agissant avec compassion, mais avec peu de sagesse, nos actes ne sont pas forcément appropriés et peuvent êtres préjudiciable au final pour les êtres que nous aidons ou pour nous même.

De manière générale, je pense qu'en tant que débutants sur la voie (tant qu'on a pas atteint les terres de Boddhisattva), nous ne devons pas aider si cela nous nuit, et aider si cela ne nous nuit pas en réfléchissant aux conséquences, pour essayer d'aider réellement, créer une dépendance vis a vis de nous même n'est par exemple pas très approprié.

Comme c'est en réalisant l'Eveil que nous serons plus à même d'aider les êtres de façon vaste et juste, je pense que nous ne devons pas aider les autres au détriment de notre pratique, et les aider si cela est neutre ou positif vis à vis de notre pratique spirituelle.

Peut être qu'accorder un peu plus de temps à la pratique de la méditation (20 minutes quotidiennement pour la pratique du calme mental par exemple) peut nous aider a garder notre esprit stable et serein face aux souffrances des êtres, à ne pas nous laisser emporter par notre activité, professionnelle ou autre, à "régénérer" notre énergie en nous ressourçant par la pratique.

Un enseignement qui m'aide beaucoup à ce sujet est "Neuf considérations et critères pour le bien des Etres" par Dza Patrul Rimpoché dont voici des extraits :

Un boddhisattva agit pour le bien des êtres selon les méthodes suivantes.
Tous les Boddhisattvas qui prennent authentiquement les voeux de discipline morale du
boddhitsattva n’agit vraiment jamais autrement que directement ou indirectement pour le bien
des êtres. Cependant, si on n’est pas très adroit pour accomplir le bien des autres, peu importe
comment l’on fait, il se peut que cela ne bénéficie pas aux êtres, mais leur cause
effectivement directement ou indirectement du tort. Ainsi, vous devez prendre en compte ces
Neuf Considérations et Critères quand vous agissez pour le bien des autres.

1) Prise en considération du bénéfice tant à soi-même qu’aux autres

Toutes choses qui constituent une aide directe ou indirecte et bénéficient tant à vous même
qu’aux autres devrait être accomplies.
Toutes choses qui n’apportent aucun bienfait mais vous nuisent en même temps qu’aux
autres, directement ou indirectement, ne devrait pas être accomplies.
Toutes choses qui vous bénéficieraient mais nuiraient aux autres êtres ne devrait pas être
accomplies.
Si quelque chose vous nuit mais aide les autres, agissez alors en fonction de votre situation. Si
vous êtes un débutant, la principale chose est de vous protéger du mal. Comme la pousse
d’une plante médicinale, vous protéger du mal sera source de bienfaits pour les autres. Si vous
êtes un Boddhisattva au stade de la « conduite avec dévotion »2, évaluez votre compétence. A
partir de l’obtention des niveaux de Boddhisattva3, le principal est d’oeuvrer exclusivement au
bien des autres.
Vous devez également examiner la somme de bien ou de mal que vous pourriez causer. Si,
directement ou indirectement, c’est d’une aide considérable pour les autres et un peu
préjudiciable pour vous, vous devez agir pour leurs bienfaits. Si ce doit être d’une petite aide
pour autrui mais vous nuit sérieusement, n’agissez pas. Si l’aide équivaut le préjudice, agissez
alors en fonction des circonstances. Si vous êtes un débutant, protégez-vous prioritairement
du mal. Au-dessus du stade de « conduite avec dévotion », agissez seulement pour aider les
autres.
...
6) Prise en considération du pour et du contre de la générosité.
...
d. Prise en considération du pour et du contre du don d’une protection contre la peur.

Si un Boddhisattva possède le pouvoir de protéger les êtres sensibles du danger, il doit agir
dans ce sens. S’il ne le peut pas, il ne doit pas agir. Si vous avez la capacité mais que cela
risque de vous nuire, vous ne devez pas agir. Même si votre pouvoir est petit, si cela ne doit
pas vous porter préjudice à vous ou aux autres, vous devez agir et défendre les êtres en danger
autant que possible.
...
9) Prise en considération du pour et du contre de la pratique propre à chacun du Dharma.

En bref, si agir directement pour le bien des êtres va détruire les obstacles dans votre étude,
votre réflexion et méditation, qui sera la cause d’un bienfait indirect pour d’innombrables
êtres, alors vous pourrez agir directement pour le bien de tous les êtres autant que vous en êtes
capable. Après avoir évaluer l’ampleur de votre aide directe envers les êtres et l’ampleur du
tort dans votre étude, contemplation et pratique, aboutissez à une conclusion. Si celles-ci sont
égales, alors agissez principalement pour le bien des autres. Comme il a été dit, « Ne
commettez pas d’actes majeurs pour des raisons mineures. Pensez principalement aux bien
des autres ».

Le texte complet : ici.

Amicalement,
Par le mérite engendré par ma pratique du don et des autres perfections,
puissé-je réaliser l'éveil pour le bien de tous les êtres.
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux autres?

Messagede Trinlé Lhamo » Jeu 21 Avr 2011 18:05

Bonjour à toutes et tous

En te lisant Yeshi Tchodron, j'ai eu l'impression de me revoir.
Je me suis posée et me pose les mêmes questions que vous. En étant parti d'à peu-près les mêmes constats.
Au début, notamment, quand j'ai rencontré le dharma, et que j'ai trouvé plus d'espace et de sérénité, je me suis dit que j'avais aussi trouvé un moyen d'aider des membres de ma famille (situation difficile avec un de mes proches qui s'enfonce dans ses ténèbres, et refuse d'en sortir). Du coup, pratiquer est devenue pour moi un moyen, notamment la pratique de Tchenrézi. Mais le revers, c'ets qu'inconsciemment, j'y avais mis de l'espoir, des attentes, et comme mon proche ne peut aller mieurx puisqu'il ne le souhaite pas, au bout d'un moment, fatigue et doutes.
A présent, pour ce proche, j'ai cheminé, et réalisé et essaie d'accepter le fait que c'est aussi son choix de vouloir se détruire comme il le fait (avec toutes les conséquences que cela entraîne sur nous ses proches, de par la manière dont on le reçoit, le vit...).
Et pour mon autre proche, de voir les phases par lesquelles ils passent..., souvent j'essaie de l'aider, mais c'est difficile, parce que tout ce que je peux dire ne reste que lettre morte, aussi juste que cela puisse être, parce que tant que l'autre en face ne le réalise pas par lui-même, ne se met pas en chemin, n'examine pas la situation, lui-même, comment il la vit, alors rien ne peut réellement changer.
Du coup, j'ai aussi eu fréquemment ce ressenti d'être pompée et complètement vidée de mon énergie, comme vampirisée. D'autant plus que la relation avec les personnes est proche.


J'ai aussi eu une expérience avec une femme très mal, et j'ai assayé de l'aider par l'écoute, le partage de ce que j'avais compris depuis ma rencontre avec le dharma..., mais comme Yéshi, j'ai eu l'imrpession que cette personne ne faisait finalement que s'appuyer sur moi, m'utiliser, même inconsciemment, et ne pas réellement chercher à s'en sortir par elle-même.
Qu'en tout cas, moi, je ne pouvais finalement pas réellement l'aider.


Je suis infirmière. Et à une période j'ai eu beaucoup de gens en fin de vie, des personnes âgées, en maison de retraite. En recherche spirituelle, et effarée de voir que le système globalement nie toute dimension spirituelle à la vie..., des personnes qui restent seule dans leurs chambre, quand ils n'y sont pas fermées..., je prenais du temps pour aller voir et rester un moment auprès de mes patients en fin de vie. Et faisais souvent tonglen (prendre et donner).
Je suis sortie de cette période de travail dans cette maison de retraite (où j'étais la seule infirmière, à 50kms de chez moi), et avec 10 décès en deux mois, complètement vidée, fatiguée physiquement et psychiquement, et plein d'idées noires tournant autour de la mort.


En ce sens, je vois un peu différemment que Stéphanie, le cadre professionnel à mon sens ne protège pas forcément. Tout dépend de la manière dont on envisage les choses, dont on les saisit, les vit. Et moi, personnellement, dans ma manière de voir mon métier..., j'ai été dans l'autre extrême.

Dans mon analyse, cette impuissance que j'ai ressenti très souvent, déjà au sein de ma famille, face à toute ce qui se passait, toutes ces souffrances, celles de mes proches, les miennes...., et pas d'issue à la situation, et puis, au travail, face à la souffrance des gens, et aussi, plus globalement, le fonctionnement d'un système où j'ai souvent l'impression que la vie, l'humain, passe au deuxième plan par-rapport à l'argent, le sytsème lui-même. Tout cela, a entraîné et entraîne beaucoup de révolte en moi, et aussi le souhait d'agir, et d'aider, et du coup toutes ces attitudes que j'ai pu développé pour tenter d'aider justement.

Mais avec de recul, comme vous, j'ai réalisé que de une, on ne peut réellement aider que les êtres ayant une conscience aigué de leur situation et le souhait de s'en sortir, et qui accepte l'aide.
Qu'il y a hélas beaucoup de gens que l'on ne pourra jamais réellement aider, mon proche en étant un exemple, lui refuse comme certains patients que j'ai eu, toute aide, ne veulent pas voir leur part de responsabilité dans les situations, la rejettent sur l'extérieur... Ont une vision du monde très fermée, comme pour mieux préserver leur monde de souffrances et ne pas risquer de le voir partir, en rejetant toute possibilité d'existence d'autre chose que ce qu'il connaisse, de possibilité d'avancer, de s'en sortir, ...

Je ne sias pas si vous avez ressenti cela, quand vous êtes face à ces gens, et je trouve qu'il y en a beaucoup, on pourrait en arriver à douter de tout, et se laisser entrapiner dans leur vision sombre du monde et des êtres. L'image qui me vient face à eux, c'est qu'ils ont peur, peur de ce qu'ils ne connaissent pas, et que du coup ils s'arrêtent au bout de leur nez, refusent de voir plus loin que lui, par crainte de ce qu'il pourrait découvrir qu'ils ne maitrisent pas, et puis du coup ils en arrivent à soutenir mordicus que surtout il n'y a rien au bout de leur nez, rien, qu'il ne peut rien avoir, que l'on finit en poussière, ... que ce n'est pas possible d'évoluer, ... et que même les gens en face pensant différemment sont ci et cela, ...

Face à des gens comme cela, j'en suis arrivée à la conclusion que l'on ne peut rien faire, hormis des souhaits mais en essayant de garder à l'esprit l'attente plus ou moins inconsciente que l'on peut mettre rien que dans cet acte-là.

Et que même d'être trop gentil, trop compréhensif n'ets pas forcément bénéfique, ni pour eux, ni pour moi. J'ai réellement réalisé l'intérêt et le rôle de yidams courroucés comme Mahakala, à force d'être confrontée à ce proche.
J'ai réalisé que la compassion, ce n'ets pas être gentille tout le temps, être douce et parler avec des mots gentils. Parce que certains utilisent cela comme eau à leur moulin pour continuer à l'alimenter et en plus nous pompent l'énergie, et tirent un bébéfice secondaire de leur situation (être plaint, chouchouté, ou même manipule l'entourage...). Que parfois la compassion, c'ets de secouer les puces aux gens, leur dire les choses clairement et avec fermeté, pour couper court à leur petit manège.
Je pense souvent à Mahakala, qui est là avec sa forme courroucée et impressionnante, non pour nuire et faire mal, mais au contraire pour aider certains êtres, mais pas de la manière dont on le conçoit de prime abord. Que parfois, il faut trancher, être ferme, vif, voire hausser le ton,
De trancher dans leurs 'délires', leurs pensées en boucles.
Après, j'ai conscience que c'est quelque chose qui peut être délicat à évaluer, et mettre en oeuvre.
Il m'est arrivé une fois face à une patiente et deux ou trois fois face à un proche que je sentais sur tel ou tel mode de ne pas être la gentille infirmière/gentille Emelyne compréhensive, et d'être plus ferme, de couper court à certaines choses.


Dans mon métier, je me dis que j'aide un petit peu parfois, physiquement, en prodiguant des soins, et puis parfois peut-être par mon attitude.
Mais que ce qui va faire que l'on aide ou pas, va être l'attitude de la personne face à soi, sa vision de la vie, d'elle-même, des choses...
Et que aider quelqu'un, c'est avant tout un travail avec lui. Là aussi, la médecine en occident, n'aborde pas de manière holistique la personne, contrairement à d'autres systèmes. On traite le corps, mais pas les causes sous-jacentes, la personne elle-même.

Je pense aussi que pour aider quelqu'un, il faut déjà partir du fait qu'elle souhaite être aidée et s'en sortir. Et arriver à se réautonomiser dnas sa vie, et non pas dépendre de quelqu'un, sinon, pour moi, c'est un schéma malsain. Et le but de notre aide est d'aider cette personne à tout reprendre en main.
C'est ainsi qu'idéalement au niveau des soins, et de la démarche soignante nous devrions procéder (en tout cas ce que j'ai appris), c'est ainsi qu'il me semble que l'on devrait élever aussi les enfants, mettre entre leurs mains les clefs utiles à leur vie, pour qu'ils vivent par eux-mêmes. Et je me dis que ce devrait être la même chose pour aider les gens.

Au travers de mon expérience, je me suis rendue compte avec du recul, que tout en pensant agir sur le coup pour le mieux pour aider, je n'ai pas agi avec le plus de sagesse possible.
En même temps, ce sont nos erreurs qui nous aident à comprendre et avancer. Et aider différemment à l'avenir.


Une autre remarque qui me vient, c'est que vouloir aider autrui, c'est très bien, et nous ne devrions pas perdre cette flamme, cette envie que le monde aille mieux, même si on nous prend alors pour des idéalistes, mais on devrait aussi se faire passer avant.
Pendant un moment, j'ai une vision erronnée, je pensais, et interprétais les enseigements selon ma vision aussi, que la bodhichitta consistait à faire passer les autres avant soi...
Et comme j'ai une mère qui était très aussi dnas cette vision de sacrifice et d'abnégation de soi-même, j'ai suivi cette trace. Pour me rendre compte là aussi que souhaiter aider les autres tout en s'omettant, cela ne peut pas mener très loin.

Et qu'il faut commencer par s'aider soi. Que même très subtilement, pendant ces dernières années, avoir voulu aider si fort ma famille m'a permis d'éviter de me regarder à fond, et de voir clairement les choses. Que parfois cela peut être une sorte de fuite, un décentrement extérieur.
Hors pour réellement aider, je ressens qu'il faut au contraire se recentrer, être très à l'aise dans ses baskets, dans sa vie, apaisée.

En discutant avec un ami, de lama..., j'ai réalisé que c'était sûrement pour cela aussi le but de retraites, pour se clarifier soi-même, son vécu et ses émotions. Qu'un lama réellement à l'écoute et disponible pour ceux qui le sollicitent et qui sont nombreux, ce ne peut pas être possible d'être réellement dans l'aide, s'il est lui-même parasité, court-circuité par tout un tas de choses dans sa vie, de son passé, parce que ce que les autres en face de lui lui diront feront écho à un moment ou à un autre à telle ou telle chose ...
En somme, je ne ferais absolument pas un bon lama en ce moment (à supposer que j'en aurais les aptitudes) :D fous9

Ma conclusion actuelle pour aider les autres, c'est donc d'abord de m'aider moi-même justement, à m'apaiser, apaiser mon vécu et mes émotions très fluctuantes, qui me parasitent.
Et développer une manière plus claire de voir les choses.
Avoir conscience de comment j'agis et me comporte avec mes proches, au travail...
Et puis aussi, qu'aider ses proches, c'est quelque chose de très difficile, parce que aucun détachement, lié au lien affectif. Et qu'il faut faire attention dans quelles conditions on le fait (risque d'inversion de certains rôles, se retrouver la mère de sa mère, par exemple, ce qui n'est pas sain ni aidant...).

Amicalement
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux autres?

Messagede Trinlé Lhamo » Jeu 21 Avr 2011 18:24

Bonjour Stéphanie,


Offtopic :
Pourtant que ce soit au niveau professionnel et personnel, j'ai toujours eu l'impression d'être dans la compassion. Mais étant donné que ça génère des souffrances, je ne dois pas être dans la "bonne compassion"?????????????????
Je pense qu'aider les autres ne doit pas entrainer de souffrance pour soi-même mais au contraire de la joie, ce que m'a procuré mon travail pendant de nombreuses années. Il faut savoir se détacher et avoir la juste distance pour aider au mieux les autres sans souffrir soi-même.
Je souhaiterais avoir l'avis des pratiquants éclairés de ce forum parce que aujourd'hui, je souffre dans mon travail, faut-il que je change d'emploi?


Au travers de mon expérience professionnelle, j'ai aussi ressenti parfois de la souffrance, dnas certaines situations, mais je vois les choses un peu différemment de toi. Pour moi, ce n'est pas parce que l'on ressent des souffrances dans certaines situations que l'on n'éprouve pas de la compassion non plus. J'ai plutôt la sensation que les émotions que l'on ressent, en tout cas que je ressens sont parfois très multiples et mêlées, et que c'est difficile de démêler le tout. Pour moi, la partie souffrances est plutôt liée à la part d'attachement que l'on a par rapport à la personne, la situation, le positionnement que l'on a. Et qu'elle peut cohabiter avec la joie, ...

Personnellement, je pense qu'aider les autres, et donc être confrontée à des situations difficiles comme dans ton travail ou le mien, ou plein d'autres situations, et de voir des gens en souffrance, nous amènera encore à ressentir des souffrances, à être interpellée...
Et que même la juste distance ne nous préserve pas de tout. Parce que ce que l'on reçoit nous touche, après c'est plutôt ce que l'on va faire avec cela, avec ces souffrances d'autres personnes, la mort (comme dans ma profession).

Je me dis aussi que l'attachement lui-même ... ne sont pas des choses négatives, mais c'est plutôt ce que cela entraîne ensuite, les émotions..., ce que cela met en oeuvre en nous, mais dont nous n'avons pas conscience et qui nous ballotte qui est source de souffrances.
Et que pour moi, finalement, c'est d'arriver à voir les choses de plus en plus clairement, évoluer dnas ma manière de les vivre...,
Que c'est le regard que nous portons sur les choses, situations... et nous-même qui créent aussi la souffrance et que peut-être en évoluant, le regard changeant, la manière d'expérimenter et vivre aussi évoluant, que peut-être même en ayant toujours de l'attachement, ..., on réagira peut-être de manière différente.
Enfin, je ne sais pas si je suis très claire...

Je me demande si le vrai détachement existe pour un être humain, ou si ce que l'on apelle détachement est plutôt un désamorcement de ce que notre attachement inné entraîne, par sa mise en lumière, et la compréhension aigue de notre nature, fonctionnement... que l'on peut développer?
Un peu comme comme l'image que prennent certains maîtres pour illustrer la nature des pensées. Ils expliquent que les pensées sont finalement comme les vagues s'élevant de la nature 'océan' fondamentale de notre esprit. Et que les vagues qui dans un premier temps sont assimilés à des obstacles... et à éviter, sont au final perçues comme n'étant pas un obstacle, juste le mouvement naturel de l'esprit. Et que c'est la vision claire que l'on va poser dessus, qui va nous permettre finamelent de dépasser tout ce qu'elles peuvent susciter quand on ne les reconnaît pas pour telles.
Je me dis que pour ce que l'on appelle l'attachement, c'est peut-être la même chose, et aussi pour la souffrance et toutes les autres émotions.
Qu'il ne faut peut-être pas courir après l'extinction de toutes ces choses que l'on épingle, mais plutôt chercher à mieux les comprendre pour les percevoir autrement. Et ne pas se culpabiliser incosnciemment en se disant là 'j'étais dans l'attachement, pour telle chose', 'et là , j'étais comme ci' et l'à comme cela', et' la voie ce n'est pas cela'... :?:


Pour ta question de changer de travail, je ne peux pas te donner de réponse Stéphanie, cette décision est de ton ressort.
Simplement, peut-être que c'est ta manière de te positionner, de vivre ton métier qu'il faut que tu examines, pourquoi fais-tu ce métier, pourquoi l'as-tu fait, pourquoi voudrais-tu le faire encore, et pourquoi veux-tu l'arrêter? Et que ferais-tu d'autre?

J'ai eu des collègues infirmières qui m'avaient eu dit qu'il était intéressant de savoir pourquoi moi, j'avais décidé de faire infirmière, et d'aider les autres.
Et j'ai eu lu que de manière générale il est intéressant de se poser ces questions quand on souhaite aider les autres, parce que souvent il y a en soi une part innée de compassion, mais il y a aussi d'autres choses, parfois plus égoistes, ... en lien avec son histoire personnelle...
Cela permet de se voir et se connaître un peu mieux, de voir certains mécanismes sous-jacents qui justement peuvent nous amener à vivre les choses avec plus ou moins de souffrances.
Et puis surtout, peut-être de mettre en lumière les attentes, ce que l'on projette sur notre profession... Pour moi, il n'y a pas de bonnes et mauvaises réponses à ce que l'on peut dire à ces questions.
Peut-être que cela t'aidera un peu?

Je penserais aussi à : en discuter avec d'autres de ta profession. Je ne sais pas si cela t'est faisable, si des groupes d'échanges de professionnels dans ta profession existent, et si cela te rejoint?

Je penserais aussi à : échanger entre pratiquants, par exemple, qui ont un métier spécifiquement ancré dans l'aide, sans vouloir exclure les autres, où on pourrait échanger nos vécus qui nous posent question? Perso, je serais partante.
J'avais un ami infirmier, chrétien pratiquant qui m'avait parlé de groupes de paroles de soignants chrétiens, et que cela l'aidait parfois.
Je me suis souvent dit que quelque chose comme cela pourrait m'aider. Il n'y a rien de tel dans ma ville.

Bon courage sur ton chemin.

Amicalement.
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux autres?

Messagede anila4 » Lun 25 Avr 2011 22:14

fous9 Bonjour,
effectivement cela me semble une réflexion fort intéressante.De mon point de vue tant que l'on pas totalement éveillée on aidera de manière parcellaire ou parfois pas de la bonne manière. Il faut apprendre à l'accepter et etre le plus dans la conscience de l'instant présent en étant le plus possible ouvert à l'autre sans attente de merci ou de quoi que cela soit ;sinon cela devient une compassion entachée de désir de reconnaissance ou autres.
Voilà je me suis permis d'y ajouter réflexion .

Bonne pratique à tous
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux aut

Messagede karma yeshe » Dim 23 Oct 2011 06:33

La limite à mettre dans l'aide aux autres est son propre epuisement. Si soi même on est pas "bien" il est impossible d'aider les autres.
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux aut

Messagede srowa rigpa » Ven 28 Oct 2011 20:25

Les paroles de mon Maître Parfait. The words of my Perfect Teacher.
Je vais bientôt recevoir un enseignement portant sur cet ouvrage fondamental. Ce sera un maître Ngakpa qui enseignera quelques aspects de ce texte.
I'm looking forward to it.
L'esprit des enseignements Ngakpas c'est d'intégrer la pratique dans la vie quotidienne d'une personne "normale", cd. laïque, ayant une famille, un travail, des loisirs, des émotions, etc.
Il y a une pratique particulière qu'ils ont appelé les 8 yogas du comportement. Apparemment, il s'agit d'orienter l'activité du cerveau vers une pensée positive et utile (visualisation, mantra,etc.) lors des 8 actions principales de la journée: quand on dort (ou quand on fait l'amour), quand on se réveille, quand on mange, quand on conduit ou qu'on se déplace ou qu'on effectue une action potentiellement dangereuse, quand on fait ses besoins, quand on travaille, quand on rêve.
Cette pratique permet d'accéder plus facilement à la pratique (intense) de la méditation.
En avez vous déjà entendu parler? Je ne crois pas que ce soit un enseignement très courant.
Tout le meilleur à vous,
elise
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux aut

Messagede guycha » Sam 5 Nov 2011 10:12

doux bonjour


merci pour vos généreux partages qui éclairent mystique15
j'ai peut-être une idée limitée, imprégnée d'une conception héritée d'une éducation d'abnégation de soi et potentiellement que je me fuis, inconsciemment, en m'investissant dans l'aide aux autres... même si veux bien faire, trop impulsive, irréfléchie, idéaliste, naïve...
en tous les cas maladroite et pas forcément encore assez "solide" et ne pouvant offrir que ma présence...

serais certainement sage de me retirer quelques temps, pour calmer mon esprit, et être face à face avec moi-même simplement en toute honnêteté, mais aussi crainte de devenir "égoïste"... l'autre extrême
ai des responsabilités familiales..difficile de me retirer le temps suffisant, nécessaire

souhaiterais tant avoir des conseils de quelqu'un plus expérimenté, sage

bientôt retraite d'hiver 3011-2012 au village des pruniers (novembre à février...)?
long...mon mari se retrouverait seul avec 3 enfants...ça ne se fait pas!

suis débutante dans l'accueil du dharma, de mon cheminement humain et spirituel...
ne veux pas sauter d'étape, bien faire, bien comprendre en douceur
essaye quotidiennement de me calmer l'esprit sur coussin le matin et soir (environ 15, 20 minutes)

actuellement factrice...
j'adorais cette liberté...et en distribuant courrier appréciait possibilité de contacts avec les usagers et ai tenté naïvement d’offrir une simple et courte présence, écoute, voir douceur à des personnes souvent seules, méfiantes, blessées, âgées...
ai pris cela trop à cœur... peureux12 ...
définitivement maladroite car la fille d'une de mes "usagère" a portée plainte au service téléphonique de la poste insinuant que j'entretenais des rapports trop affectueux avec sa vieille mère de 98 ans...
ma hiérarchie m'a reproché d’être trop dans "la compassion" pas assez détachée... me suis fait collé l’étiquette d'illuminée et de travailleuse sociale...
suis blessée et déstabilisée...du coup doute et remise en question...me referme sur moi-même... suis-je bien à ma place? suis-je normale?
tentative de reconversion professionnelle pour "aider" officiellement, mais suis-je apte, armée-solide? est-ce une bonne idée
et que faire?
d'où attrait, confiance pour soins/médecine tibétaine...
un peu paumée à vrai dire

beaucoup d’énergies investies, potentiellement fausse route...
avez-vous des conseils? malins1

excellent week end
:respect:
un lotus pour votre cœur

nos 3 enfants sont des anges amoureux2 trop mignons

ps:
ne sais pas correctement utiliser site pour répondre/ m'adresser directement à une personne en particulier, pour remercier par exemple en confidentialité...

guycha
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Re: Jusqu'où peut-on aller dans l'aide qu'on accorde aux aut

Messagede karma yeshe » Dim 6 Nov 2011 17:27

La retraite au village des pruniers c'est une chance formidable.
karma yeshe
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