L'esprit créateur des mondes
Qui accomplit ces différents actes bons ou mauvais qui ont de tels résultats karmiques ? Notre corps, notre parole et notre esprit. Mais le plus important, celui qui dirige, c’est l’esprit. C’est lui qui est à l’origine des actes négatifs et positifs. Si en l’esprit, naît le désir de nuire ou de tuer, le corps se mettra en œuvre pour essayer de nuire ou de tuer. Si l’esprit conçoit le désir d’exprimer des choses désagréables, la parole suivra et proférera des mots blessants. Au contraire, si l’esprit forme le projet d’aider quelqu’un, le corps se mettra en action pour apporter cette aide et si l’esprit désire adresser des mots agréables, la parole le fera. C’est donc l’esprit qui est le fondement de tous les actes, positifs ou négatifs.
Comment l’esprit peut-il produire les différentes classes d’êtres et des mondes aussi complexes et diversifiés ? Référons nous au rêve. Quand nous rêvons, des paysages, des contrées apparaissent. Dans ces contrées, nous percevons des maisons, des gens, toutes sortes de choses et de situations. L’ensemble est produit par l’esprit. De même, les six classes d’êtres ne proviennent que de notre propre esprit.
Une seule potentialité d’apparence de l’esprit peut en fait être perçue de manière extrêmement diverse en fonction du karma. Par exemple ce qui s’exprime pour nous sous forme d’eau et nous permet d’apaiser notre soif, se manifeste, pour un être qui a repris naissance dans les enfers, sous la forme de métal en fusion ou de lave. Pour un esprit avide, cette même potentialité de l’esprit apparaît comme du sang, de la morve ou des matières repoussantes de même type. Un demi-dieu va percevoir l’eau comme une arme, un dieu comme du nectar. Pour un être qui a atteint la totale libération, enfin, l’élément eau est réalisé comme étant le Bouddha féminin Mamaki. Et pour un poisson, l’eau est un habitat.
L’environnement est un autre reflet du karma qui conditionne la perception des êtres ; nous vivons à la surface de la terre, tandis qu’un poisson ne saurait évoluer hors de l’eau. Pour d’autres êtres, le monde se résume à notre organisme. Il est dit en effet que dans le corps de chaque individu vivent 84 000 micro-organismes pour qui notre corps est à la fois un domicile et un moyen de subsistance. Une maladie que l’on appelle « yama » est due à l’un de ces micro-organismes qui peut se déplacer en une fraction de seconde de la plante des pieds à la pointe des cheveux. (Pages 91-92)
Kyabjé Kalou Rimpotché, in 'Bouddhisme profond', Editions Claire Lumière : p.91-92.

