de Mutsuk » Lun 12 Oct 2009 10:40
Ce qui est désigné en tant que "Base" dans le Dzogchen, c'est l'état naturel de l'esprit. Comme chacun possède un esprit individuel, la Base est individuelle. Elle possède des qualités parfaitement similaires d'une personne à l'autre mais elle est individuelle. L'on peut illustrer cela à l'aide de plusieurs bambous: ces bambous diffèrent les uns des autres mais ils sont tous pareillement vides à l'intérieur. De la même manière, la nature de l'esprit de l'individu est exprimée en fonction d'une Essence, d'une Nature et d'une Compassion qui ont chacune des "qualités spécifiques" mais qui sont également exprimées individuellement en fonction des êtres. Par exemple, l'expérience de la Pureté Primordiale spécifique à notre Essence est similaire à celle de nos maîtres mais elle n'en a certainement pas (malheureusement!) la même intensité. Les qualités fondamentales de la nature de l'esprit sont les mêmes mais leur expression (dans l'expérience) est différente. L'autre image que l'on peut employer est celle du feu : tous les feux ont pour qualité de brûler mais ils ne sont pas un seul et même feu. On peut également utiliser l'image de l'eau et du reflet de la lune dans l'eau, etc.
Cette Base de l'état naturel est donc la somme de l'Essence, de la Nature et de la Compassion qui forment ce que l'on désigne comme les trois sagesses du Dzogchen. Nous avons tous ces trois sagesses mais leur expression est différente en fonction du niveau spirituel des personnes.
La Base Universelle est conçue par de nombreuses personnes comme une sorte de Base cosmique à laquelle nous serions tous reliés. Ces personnes ne comprennent pas que "universelle" ne fait pas référence à elles, mais à l'ensemble du samsara et du nirvana. Ainsi, quand les textes Dzogchen parlent de Base Universelle, ils veulent dire la Base de tout le samsara-nirvana. Cette Base se définit en fonction de deux modalités : lorsque l'on reconnaît la nature primordiale de l'esprit, elle devient la base de libération (grol-gzhi, celle des Buddhas) mais lorsque l'on ne reconnaît pas cette nature, elle devient la base de l'égarement ('khrul-gzhi, celle des êtres animés).
Le rapport entre la Base et la Base Universelle est très simple, il est à la fois cosmologique et individuel. En tant que nature de l'esprit, la Base est dynamique et possède un potentiel de manifestations qui en forment l'épiphanie (gzhi-snang). Cette épiphanie s'exprime dans le déploiement de sons, de lumières et de rayons. Lorsque ce dynamisme est reconnu comme notre propre dynamisme, l'on s'éveille pleinement et l'on devient un Buddha. Lorsque l'on ne reconnaît pas la nature de ces manifestations, l'on s'imagine qu'elles sont différentes de nous. A ce moment, la Base devient la Base d'égarement. Lorsque les manifestations génèrent des attirances et des répulsions, les passions s'élèvent et créent des karmas. La Base d'égarement continue à être celle de l'égarement mais elle est techniquement définie comme la Base Universelle sur laquelle vont se stocker les traces karmiques de toutes les actions que l'on commet, les pensées, etc. Dans ce sens, la Base Universelle (alaya) qui jusqu'alors était neutre, devient la conscience de la Base Universelle (kun-gzhi rnam-shes, alayavijnana). A partir de là, la dégringolade samsarique s'accentue avec la chute dans les Trois Domaines (khams-gsum) et les six destinées des êtres.