Alors voilà, à la recherche d'une vision globale des choses et du bonheur tout ça, j'ai étudié un peu les religions pour voir. Je suis assez scientifique alors j'ai vérifié méthodiquement, etc. et je suis arrivé à la conclusion que la religion la plus proche de la rationalité et de l'humanisme était le bouddhisme. Cependant, cela reste une religion, ou plutôt plusieurs religions, avec un folklore et des quasi-divinités. D'autre part, le bouddhisme utilise une terminologie avec des mots incompréhensibles, des pratiques étranges etc. Pourtant, si on en reste aux enseignements de Siddhartha Gautama, le bouddhisme ressemble plus à une psychologie du bonheur qu'autre chose. Alors je me suis dit qu'on pouvait développer dans la direction d'un bouddhisme athée.
Le principe est de traduire les thèses fondamentales du bouddhisme pour obtenir une théorie de l'existence qui soit non-contradictoire avec la science et qui fasse cesser la querelle entre science et religion. Je sais, c'est ambitieux, mais bon, qui ne tente rien n'a rien. Je vais commencer par (re)définir quelques termes.
Souffrance : état de tension désagréable, etc. Il ne s'agit pas de la perception de la douleur qui est une modalité sensorielle comme une autre, mais d'une souffrance psychologique, qui peut prendre par exemple la forme de tristesse, de peur, de frustration, de douleur, ou d'aversion.
Samsara : conditionnement de l'esprit nous faisant souffrir. Il s'agit matériellement de connexion synaptiques que nous pouvons "reconfigurer" avec le temps, afin de se libérer de la souffrance.
Nirvana : état de l'esprit libéré des conditionnements samsariques. Il s'agit d'un état stable, procurant une joie durable.
Bonheur : joie durable ne dépendant pas d'une personne ou d'un objet extérieur, résultant de notre déconditionnement. Un tel état n'empêche pas d'avoir du plaisir d'autre part, d'effectuer des actions, de percevoir le monde qui nous entoure et de communiquer.
Amour : souhait qu'autrui trouve ce bonheur ne dépendant pas des circonstances.
Compassion : empathie nous motivant à trouver des solutions aux problèmes d'autrui, et notamment à son conditionnement samsarique.
Shunyata : nature du réel, que nous ne percevons pas clairement lorsque nous sommes dans un état samsarique. Ce que nous percevons est une reconstruction de la réalité à partir de nos perceptions, nous voyons des formes, identifions des choses, que nous prenons pour permanentes, alors que tout est interdépendance, les objets sont composés, les personnes sont en renouvellement permanent, les situations changent, nous dépendons tous les uns des autres, etc. ce qui fait qu'en fait tout est relation, à l'exception, peut-être, des particules élémentaires. Tout est en changement à plus ou moins longue échéance.
Ego : sentiment d'être au centre du fait de notre système de perception, entrainant une considération exagérée de notre existence, de nos actions et de nos pensées, que ce soit en bien ou en mal. Et de façon "extérieure", cela entraine une considération exagérée de notre image et de ce qui nous est adressé. Cela est semblable à une illusion d'optique que nous percevons même si nous savons qu'il s'agit d'une illusion.
A priori, je ne vois pas pourquoi une pratique devrait être mise en avant par rapport à une autre, à savoir la méditation du bouddhisme tibétain, la marche méditative, la médiation zen, un yoga ou un autre, la lecture etc. ou bien quoique ce soit, à partir du moment où l'on ressent que cela nous fait progresser dans la direction de l'éveil. Tiens à ce propos :
Éveil : synonyme de nirvana où l'on met en avant les qualités. Il s'agit d'un état d'esprit où on a une compassion totale pour tous les êtres. En effet, les êtres recherchent le bonheur et n'aiment pas la souffrance, ils tendent vers cette direction tout comme un objet va en direction du sol. A partir du moment où l'on se libère de l'ego, il devient illogique de souhaiter autre chose que le bonheur pour tous. Cela est comparable à l'énergie potentielle qui va vers son minimum, comme une bille dans un bol, qui malgré les oscillations se rapproche du centre.
Dans le bouddhisme athée, il n'y a pas de dieu. Par exemple, si on personnifie la justice, l'amour, la compassion, la liberté etc. cela constitue simplement une métaphore. Dans les autres formes de bouddhisme, on prend "au sérieux" ces divinités. Dans le bouddhisme athée, il n'y a pas de vénération.
Nature de bouddha : il s'agit de la texture de l'esprit, qui est le reflet de l'activité de nos neurones. Les neurones peuvent être plus ou moins activés ou inhibés. Les êtres cherchent le bonheur et fuient la souffrance, ce qui est semblable. On peut avoir de la compassion, de l'empathie. D'ailleurs nous avons des neurones miroirs et des capacités à nous représenter ce que ressent autrui. Il y a l'expression du visage etc. nous pouvons apprendre et alors nous avons la capacité de développer l'amour et la compassion. La nature de bouddha est simplement que cela est présent en nous et dans tous les êtres, à des degrés divers.
Bouddha : bien que nous ayons la nature de bouddha, ce n'est qu'en la cultivant qu'on atteint l'éveil. Alors on devient un bouddha. Parmi les existences terrestres, l'existence humaine est la plus pratique pour atteindre l'éveil.
Dharma : ce mot désigne à la fois les enseignement bouddhistes (dans ce cas il y a plusieurs dharma) et à la fois la réalité ultime (dans ce cas, il n'y a qu'un dharma)
Dharmakaya : littéralement le corps du dharma. quand on s'éveille, nous comprenons la réalité, le dharma et alors nous ne sommes plus préoccupé par notre ego, notre esprit reflète la réalité et nous devenons alors la compassion et l'amour, nous devenons le dharmakaya. Il ne s'agit pas de quelque chose comme un objet, mais d'une compréhension, d'une sagesse. Bien entendu, notre corps matériel ne disparait pas au fur et à mesure qu'on "devient" le dharmakaya. Il s'agit d'un cheminement spirituel, c'est-à-dire de l'esprit.
Le samsara n'est pas un lieu que l'on quitte, mais un conditionnement de l'esprit. Alors, quand on dit que l'on est dans le samsara, cela signifie que ce que nous considérons comme le monde est une reconstruction de notre esprit, et en l'occurrence ne correspondant pas à la nature de la réalité. Le fait d'atteindre l'éveil ne nous fait pas disparaitre. Nous sommes toujours là, mais nous pouvons utiliser notre état de bouddha pour le bien de tous les êtres.
Dans le bouddhisme, il n'y a pas d'âme. Ce que nous sommes à un instant "crée" ce que nous sommes à l'instant suivant. Mais nos actions ont des conséquences au-delà de notre corps, nous sommes dans le "coeur" des autres par exemple. Quand nous mourrons, l'ensemble des conséquences de ce que nous avons été ne disparaissent pas pour autant. C'est cela qu'on appelle la réincarnation. D'une certaine façon, quand on meurt on fusionne avec le "collectif", et ce "collectif" redonne naissance à de nouveaux individus. Ces individus ont des points communs avec les précédents, ils ne sont pas le fruit du hasard. Le karma est le principe des causes et des effets, que les effets soient dans cette vie ou dans une vie suivante. La réincarnation ne se pose pour un être ayant atteint le nirvana que dans la mesure où les gens souhaitent qu'il se réincarne afin de continuer son oeuvre.
D'un point de vue athée, l'esprit est le reflet de l'activité des neurones. L'esprit peut avoir un effet puisqu'il peut faire agir le corps, mais pourtant tout n'est pas créé par l'esprit. Cela veut dire que même si le monde que nous percevons est une création de notre esprit, cette reconstruction de notre esprit se base sur la perception, en interaction avec le réel. Ainsi, quand nous voyons un objet, nous voyons en fait la reconstruction dans notre esprit d'un objet réel. Si l'objet était à un autre endroit, on le verrait à un autre endroit, c'est-à-dire que la reconstruction serait différente. Cependant nous ne voyons que la reconstruction, pas la réalité de l'objet. Et, si nous sommes en présence de quelqu'un, nous ne voyons que son apparence et les messages verbaux et non verbaux. Nous ne voyons pas son esprit. Nous avons alors seulement une perception limitée de la réalité des personnes.
La réalité a pour nature shunyata, c'est-à-dire que les objets sont composés et que tout est interdépendant et transitoire. L'interdépendance constitue les choses. Le concept de shunyata (composition/interdépendance) alors concerne différent sujets :
* les objets réels sont composés et dépendent de leur environnement, ne serait-ce qu'un support.
* les êtres vivants se nourrissent, et sont en renouvellement.
* les émotions et les pensées sont le résultat de l'activité des neurones, qui sont un réseau d'interaction, alors l'activité de chaque neurone dépend de l'activité des autres neurones.
* les situations évoluent et dépendent d'un grand nombre de facteurs.
Shunyata va encore plus loin avec l'esprit parce qu'avec la matière on peut supposer des particules élémentaires, tandis qu'avec l'esprit il n'y en a pas. S'il n'y a plus d'activité neuronale, il n'y a plus rien. Les émotions et les pensées n'ont donc aucune substance. C'est ce qu'on appelle la "vacuité". Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien. Ce que nous prenons pour la réalité est semblable au rêve, une reconstruction du monde, qui est le résultat de l'interdépendance de l'activité nos neurones. Or il n'y a aucune raison pour que cette reconstruction du monde soit conforme à la nature de la réalité. C'est ce que l'on appelle "ignorance", mais il ne s'agit pas d'un manque d'information.
Que notre pensée soit shunyata ne veut pas dire que l'on puisse changer notre façon de voir le monde en un claquement de doigt. Cela implique en effet une reconfiguration des réseaux neuronaux, ce qui prend du temps. La méditation a ce genre d'effets (sur le long terme).
Shunyata et une ville : une ville est un ensemble qu'on situe quelque part, délimité de façon floue, sans soi, en perpétuel changement, dont les éléments dépendent les uns des autres, et vont et viennent hors de la ville. De la même façon qu'un individu est en perpétuel renouvellement, une ville l'est également. Parfois même, les frontières de la ville sont complètement arbitraires, déterminée administrativement, mais ne correspondant pas à une variation de la densité de la population. Un raisonnement analogue peut-être fait au sujet d'une région ou d'un pays. Si on considère un pays, qu'on met de côté son nom (une suite de lettres) et son drapeau (un dessin, des couleurs juxtaposées), que reste-t-il ? Rien de permanent.
Voilà. S'il y a des bouddhistes dans la salle, que pensez-vous de ces développements ?

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