Un récit bien connu concerne un pratiquant du chöd (l'exorcisme de la saisie des apparences). Alors qu'il se trouvait au champ de crémation pour s'appliquer, profondément concentré sur sa méditation, son chant récitatif, et le maniement des instruments rituels, un voleur arriva pour lui dérober son sac et ses affaires.
Pendant son larcin, le mauvais larron fut gagné par la peur, sortit son couteau et trancha la tête du méditant profondément absorbé dans sa pratique. Lorsque la tête tomba sur le sol, le voleur horrifié s'enfuit au loin.
Le pratiquant du chöd, parfaitement concentré sur l'union entre les apparences et la vacuité, crut qu'il s'agissait simplement d'une fausse apparition se manifestant en tant qu'obstacle. Sans autre pensée, tout en continuant le rite, il étendit sa main, ramassa sa tête, et la remit en place. Pour lui, cela faisait juste partie de la pratique. Le culte accompli, il rangea ses instruments et rentra chez lui.
Quelques jours plus tard alors qu'il circumnambulait autour du stupa voisin, ce même voleur le vit et le reconnut comme le méditant à qui il avait tranché la tête ! Il fut pétrifié de terreur et de remords en le voyant vivant et bien portant.
S'il s'en était tenu là, sans autres explications, tout ce serait bien passé, mais malheureusement, il s'approcha du yogi, se prosterna et confessa sa faute. Le religieux, aussitôt gagné par le doute, lui dit :
"Ainsi, c'était donc vous qui êtes vraiment venu pour me couper la tête ?"
Dès cette pensée, sa tête tomba et il mourut.
Anecdote du Vénérable Gyatrul Rimpoché sur la transformation de l'adversité et de la félicité en voie spirituelle.
tiré de "Sagesse ancestrale", Gyatrul Rimpoché.

