Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Mar 7 Oct 2008 13:24

"Le disciple bien-enseigné des nobles personnes -- qui a des égards pour les nobles personnes, est bien versé et discipliné dans leur Dhamma; qui a des égards pour des hommes intègres, est bien versé et discipliné dans leur Dhamma -- discerne quelles idées sont appropriées pour l'attention et quelles idées sont inappropriées pour l'attention. Ceci étant, il ne s'occupe pas d'idées inappropriées pour l'attention et vaque [plutôt] aux idées appropriées pour l'attention.


Maintenant le Bouddha s'adresse à un « disciple » (étudiant) d'un Maître respecté, assidu à suivre ses enseignements, respectueux de ses pairs dans le dharma.

Puisqu'il pratique les enseignements, et parce qu'il est attentif, il fait la distinction entre les idées appropriées et les idées inappropriées qui sont à abandonner dés qu'on les a vu ... et il les abandonne et poursuit le fil des idées appropriées qui cultivent l'attention.

Le Bouddha précise maintenant que parce qu'il s'agit d'un disciple « attentif », versé dans le dharma, ce qu'il doit continuer à cultiver (pratiquer) c'est l'attention.

Nous savons maintenant que, comme pour l'homme ordinaire, il y a

l- es conditions que sont l'étude du Dharma et le respect des Maîtres et Pairs
- l'attention, la « vue » des pensées
- le ciblage des idées non appropriées
- Le remède, quant à lui, est légèrement différent. Il n'y a plus rien à remplacer par quelque chose d'approprié, il s'agit « d'abandonner » (les laisser là !) les idées inappropriées et de reprendre le fil des idées appropriées (de l'étude du Dharma) ... et surtout les points concernant l'attention.

Ainsi le bouddha nous a donné le remède pour l'être ordinaire, il le donne maintenant pour l'être assidu au dharma. Mais pour l'être assidu, puisqu'il étudie le Dharma auprès d'un Maître respecté, alors Bouddha donne un « enseignement » ...

Il « souligne » le point exact de la discipline sur lequel il faut laisser couler le flot des pensées dans le cas ou des pensées inappropriées apparaîtraient. Il complète ainsi la posologie du remède.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Jeu 9 Oct 2008 21:27

"Et que sont les idées inappropriées pour l'attention dont il ne s'occupe pas? Toute idée telle que, lorsque il s'en occupe, la fermentation non-[encore] survenue de sensualité surgit en lui, et la fermentation [déjà] survenue de sensualité augmente; la fermentation non-[encore] survenue de devenir surgit en lui, et la fermentation [déjà] survenue de devenir augmente; la fermentation non-[encore] survenue d'ignorance surgit en lui, et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance augmente. Ce sont les idées inappropriées pour l'attention dont il ne s'occupe pas.

"Et que sont les idées appropriées pour l'attention dont il s'occupe effectivement? Toute idée telle que, lorsque il s'en occupe, la fermentation non-[encore] survenue de sensualité ne surgisse pas en lui, et la fermentation [déjà] survenue de sensualité soit abandonnée; la fermentation non-[encore] survenue de devenir ne surgisse pas en lui, et la fermentation [déjà] survenue de devenir soit abandonnée; la fermentation non-[encore] survenue d'ignorance ne surgisse pas en lui, et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance soit abandonnée. Ce sont les idées appropriées pour l'attention dont il s'occupe effectivement. Parce qu'il ne s'occupe pas d'idées inappropriées pour l'attention et parce qu'il s'occupe d'idées appropriées pour l'attention, des fermentations non [encore] survenues ne surgissent pas en lui, et des fermentations déjà survenues sont abandonnées.


Par cette longue répétition Bouddha remet en garde contre les idées qu'un disciple assidu peut avoir et qu'il doit immédiatement abandonner. C'est une reprise de ce qui a déjà été dit et de nouveau un rappel à l'interdépendance.

Ces idées, un disciple ne s'en occupe pas, il ne s'y intéresse « en aucune façon ».
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Jeu 9 Oct 2008 21:31

"Il pense de façon appropriée, Ceci est le stress... Ceci est l'origine du stress... Ceci est la la cessation du stress... Ceci est le chemin qui mène à la la cessation du stress. Comme il vaque de façon appropriée de cette façon, trois chaînes sont abandonnées en elle: les vues d'identité, les doutes, et le fait de s'agripper aux préceptes et aux pratiques. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en les voyant.


Pour conclure sur les pensées qu'un « disciple respectueux » doit abandonner dés qu'elles sont vues, Bouddha enseigne finalement la démarche précise à ce disciple.

Lorsque la pensée inappropriée s'élève, le disciple « attentif » identifie qu'elle est inappropriée parce que souffrance, source de souffrance (stress/tension), et que la cessation de cette pensée inappropriée est la cessation de la souffrance (tension), et que ce qu'il pratique suivant les enseignements est la cessation de cette tension.

Il sait que ce qu'il pratique suivant les enseignements est la cessation de la souffrance parce qu'il réalise, par la pratique, que trois chaînes (liens, emprisonnements) sont abandonnées (dénouées, résolues).
Il s'agit des vues liée à l'identité (Moi, Je, J'existe, Je possède ...), aux doutes (suis je sur la bonne voie, ma pratique est elle bonne, mais maîtres ont ils raison, ...), et à l'attachement à suivre des préceptes et des pratiques (non vérifiés) sur parole.
Sur ce dernier point, il faut souligner que le Bouddha Sakyamouni a vécu dans un environnement où le brahmanisme et autres hindouismes étaient chargés de pratiques religieuses complexes que chacun se devaient de suivre ... un peu comme chez nous (parfois) aujourd'hui.

Ceci conclut l'enseignement concernant les « pensées qu'il faut abandonner dés qu'elles sont vues, ne donnant pas les moyens à leur apparition ».


... n'hésitez pas à poser vos questions, envisager d'autres lectures, ajouter quelques précisions ...
Sönam
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Ven 10 Oct 2008 15:58

"[2] Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en se modérant? Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, demeure modéré grâce à la modération de la faculté-œil. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait demeurer immodéré grâce à la modération de la faculté-œil ne surgissent pas pour lui quand il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-œil.
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-oreille...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-nez...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-langue...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-corps...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-intellect. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait demeurer immodéré grâce à la modération de la faculté-intellect ne surgissent pas pour lui quand il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-intellect. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en se modérant.


Maintenant le Bouddha nous renseigne sur le deuxième groupe de pensées, les pensées qu'il faut abandonner en se modérant.

Ce sont les pensées liées aux sens, et à la pratique de la modération dans l'utilisation de ces sens de telle façon que cela modère le flot de pensées qui y sont habituellement liées.

En modérant l'utilisation de la vue, en ne l'utilisant qu'à « bon escient », lorsque c'est nécessaire, en ne laissant pas le regard suivre tous les phénomènes potentiellement visible, le disciple se modère dans son comportement, et modère d'une façon générale le flot de pensées qui y est généralement lié.

Cette deuxième partie de l'enseignement s'attaque aux comportements général vis à vis des sens, source de pensées inappropriées. Il s'agit ici de modérer, de réduire la quantité de pensées qui devront être abandonnées dés qu'elles seront aperçues, en réduisant la possibilité (la quantité) de ces pensées d'apparaître.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Ven 10 Oct 2008 16:01

"[3] Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner par utilisation? Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, se sert de la robe simplement pour combattre le froid, pour combattre la chaleur, pour empêcher les mouches, les moustiques, le vent, le soleil, et les reptiles de le toucher; simplement pour recouvrir les parties du corps qui causent la honte.


Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner par utilisation?

Le Bouddha introduit cet enseignement en offrant directement la solution. Il s'agit des pensées qui amènent à la résolution d'une problématique très immédiate, le froid, la faim, qui correspondent à des besoins vitaux, ou culturels.

Ces pensées se résolvent par l'utilisation.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Ven 10 Oct 2008 16:05

"En réfléchissant de façon appropriée, il se sert de la nourriture d'aumônes, non pas pour se divertir, ni pour s'intoxiquer, ni pour prendre du poids, ni pour s'embellir; mais simplement pour sa survie et la continuité de ce corps, pour mettre fin à ses afflictions, pour le soutien de la vie sainte, en pensant, 'Ainsi détruirai-je les vieilles sensations [de la faim] et ne créerai pas de nouvelles sensations [en mangeant trop]. je me maintiendrai, serai sans blâme, et vivrai à l'aise.'


Le Bouddha nous enseigne qu'il est des pensées qui se tarissent naturellement par une bonne utilisation de celle-ci.

Avoir froid, faim, etc se résout de façon « rationnelle », et uniquement en réponse au réel besoin, dénué de tous artifices.
Il sait que de tels pensées, liées à des besoins « naturels » doivent générer un comportement adéquate de telle façon qu'ils ne produisent pas de nouvelles pensées, inappropriées, qu'il faudrait alors éliminer en les abandonnant.

C'est donc de la conduite/éthique que nous parle le Bouddha dans cette présentation.

Équilibre et modération sont la façon de traiter les pensées qui s'abandonnent par l'utilisation.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Ven 10 Oct 2008 16:25

"En réfléchissant de façon appropriée, il se sert de l'habitation simplement pour combattre le froid, pour combattre la chaleur, pour empêcher les mouches, les moustiques, le vent, le soleil, et les reptiles de le toucher; simplement pour se protéger des intempéries et pour profiter de la réclusion.
En réfléchissant de façon appropriée, il se sert des fournitures médicinales dont on se sert pour soigner les malades simplement pour combattre toute douleur de maladie qui ait surgi et pour une liberté maximale par rapport à la maladie.
Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait ne pas se servir de ces choses [de cette façon] ne surgissent pas pour lui quand il s'en sert [de cette façon]. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner par utilisation.


C'est un complément (le Bouddha enseigne pour plusieurs catégories d'êtres, d'où de fréquentes re-présentations dans un même texte) qui explicite « le bon jugement » et la modération en toutes choses (phénomènes).

D'une « façon logique », en réduisant le champ du possible pour des pensées qu'il faudrait abandonner, c'est à dire en ne donnant pas aux sens un « champ élargi » de possibilités, ce sera autant de pensées qui ne pourront devenir (à abandonner).

Le jugement approprié vers la Libération et l'Eveil tend vers la modération lorsqu'une pensée qu'il faut abandonner par l'utilisation apparaît. Ainsi, d'autres pensées inappropriées ne pourront pas, elles, apparaître.

Cest toute une façon de vivre que nous "explique" le Bouddha, et les Mahasiddhas du passé l'avaient bien compris.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Sam 11 Oct 2008 12:59

"[4] Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en tolérant? Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, supporte. Il tolère le froid, la chaleur, la faim, et la soif; le contact des mouches, des moustiques, du vent, du soleil, et des reptiles; les paroles désagréables, malvenues et les sensations corporelles qui, lorsqu'elles surgissent, sont pénibles, atroces, aiguës, perçantes, désagréables, déplaisantes, et menaçantes pour la vie. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait pas tolérer ces choses ne surgissent pas pour lui quand il les tolère . C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en tolérant.


Le Bouddha va maintenant au delà des pensées qu'il faut abandonner par l'utilisation en modérant le champ de possibilité des sens, il nous parle des pensées qu'il faut abandonner en les tolérants.

Lorsque le disciple a froid et que des pensées qu'il faut abandonner par utilisation s'élèvent il utilise le moyen (couverture) approprié pour qu'elles soient abandonnées.
Mais s'il n'est pas de couvertures ou de moyens, des pensées naissent, les pensées qu'il faut abandonner en les acceptants.

En tolérant les pensées répétitives dues au phénomène de refroidissement, en tolérant le froid, le disciple ne verra pas apparaître des pensées inappropriées liées au refroidissement (peur de la souffrance, de la mort du « Je », ...).
Il est à noter que l'on s'attaque à une forme de pensées inappropriées, dangereuses, parce qu'elles sont la cause immédiate de la production de fièvre et de maladie (le mental intervenant immédiatement sur le physique, sans obstacle), et initiatrices du phénomène de mort (clinique).

Dans le cas de ces pensées « dangereuses », Bouddha recommande la tolérance.
Face à « l'agression » semblant venir de l'extérieur il offre le remède de la tolérance (pas la résignation ni la fatalité).

Comme le Dalaï Lama le répète souvent, la non-violence commence à l'intérieur de soi-même.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Sam 11 Oct 2008 13:05

"[5] Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en évitant? Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, évite un éléphant sauvage, un cheval sauvage, un taureau sauvage, un chien sauvage, un serpent, une souche, un roncier, un ravin, une falaise, une fosse septique, un égout à ciel ouvert.


Encore une fois c'est d'éthique que le Bouddha va nous parler, en nous en expliquant les conséquences.

Il s'agit des pensées qu'il faut abandonner en les évitant.
Il nous explique que par notre comportement, nous offrons les conditions pour des « flots » de pensées inappropriées liées à la souffrance de « Je », ou pour éviter de les avoir.

Au delà de l'explication sur le comportement permettant d'éviter tel ou tel flot de pensées inappropriées, c'est la Loi de la Causalité (karma) que Bouddha est entrain de nous expliquer à travers ce que sont les « conditions » (leur rôle) dans la relation cause à effet et le « libre arbitre » qu'elles représentent.
Sönam
 

Re: Etude du Canon Pali - Tipitaka -

Messagede Sönam » Sam 11 Oct 2008 13:13

En réfléchissant de façon appropriée, il évite de s'asseoir sur les sortes de sièges inappropriés, d'errer dans les sortes d'habitats inappropriés, et de s'associer avec la sorte de mauvais amis qui pourraient faire que ses amis bien informés dans la vie sainte puissent le soupçonner de mauvaise conduite. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il ne devait pas éviter ces choses ne surgissent pas pour lui quand il les évite. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en évitant.


Bouddha développe maintenant sa démonstration.

Ayant d'abord exposé les phénomènes qui pourraient arriver, Bouddha nous explique que la seule façon d'éviter les pensées inappropriées liés à ces phénomènes était « d'éviter » les phénomènes eux-mêmes.

Le disciple assidu ne fréquente pas les mauvais lieux, n'a pas de relations avec de mauvais amis, il ne fréquente pas les cafés et autres lieux de plaisir.
Si il ne le fait pas, c'est pour la simple raison (pas pour d'autres) qu'il sait que la fréquentation de tels lieux, de tels amis, amènera des pensées inappropriées qu'il faudra (avec grande discipline) abandonner.

Encore une fois (comme toujours) c'est à la rigueur de l'analyse causale que Bouddha fait appel, pas à des notions comme le bien/le mal, le juste ou autres.

Pour celui qui veut se libérer (pour le bien de tous les êtres) de la souffrance, pour ce grand être, la discipline est clairement identifiée, il ne reste plus qu'une incessante concentration pour la pratiquer ... il n'est pas d'autres motivations ou "sentiments".

En évitant de tels comportements, le disciple évitera les pensées qui s'en suivent.
Sönam
 

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