Sujet du message: Introduction au Bouddhisme de la Nichiren Shôshû
Posté: Mar 2 Mar 2010 13:25
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Inscription: Ven 25 Sep 2009 22:04 Messages: 3
INTRODUCTION AU BOUDDHISME DE LA NICHIREN SHÔSHÛ :
Toute religion révélée repose sur un texte sacré. Le bouddhisme n’échappe pas à cette règle, et la totalité des écoles bouddhistes, de l’Inde au Japon, en passant par le Vietnam, la Chine, la Mongolie et le Tibet, vénèrent le Sûtra du Lotus comme le livre divin du Bouddha, rédigé voici 2500 ans. Mais, alors que les diverses écoles bouddhistes (Zen, tibétaines, etc.) concèdent aux écrits de leurs moines fondateurs une importance égale à celle du Sûtra du Lotus, seule la Nichiren Shôshû (à ne pas confondre avec la secte Soka Gakkai) accorde à ce livre saint toute l’importance qu’il mérite, le plaçant au premier rang des écritures. D’après les spécialistes, le Sûtra du Lotus est en effet l’un des « textes fondamentaux du bouddhisme », « ce livre canonique connaît actuellement une renaissance impressionnante », « les plus croyants continuent à en réciter des passages chaque jour et des mouvements religieux ne cessent de le diffuser pour en faire la Bible du bouddhisme (1) ». L’aimable lecteur aura donc compris qu’il a ici affaire à un très grand texte, dont l’influence religieuse en Extrême-Orient égale celle de la Bible en Europe et celle du Coran au Moyen-Orient.
En librairie, trois traductions françaises du Sûtra du Lotus sont d’ores et déjà disponibles :
1) Le Lotus de la Bonne Loi, traduction d’Eugène Burnouf, Imprimerie Nationale, 1852 ; réimprimé aux éditions Maisonneuve en 1973 et en 2007. 2) Le Sûtra du Lotus, traduction de Jean-Noël Robert, Fayard, 1997 ; réimprimé en 2003 et en 2008. 3 Le Sûtra du Lotus, traduction de Burton Watson, Les Indes Savantes, 2007.
Chacune de ces traductions a ses qualités et ses défauts, tant pour le néophyte que pour le bouddhiste aguerri. La traduction d’Eugène Burnouf est écrite dans une langue superbe ; malheureusement, le texte fourmille d’innombrables termes indiens non-traduits, qui découragent rapidement le lecteur novice. Cette édition s’adresse donc en priorité à un public d’érudits. Cela explique sans doute pourquoi, lors de la publication de ce livre en 1852, on n’a assisté en France à aucune conversion massive au bouddhisme… La traduction de Jean-Noël Robert présente de grandes différences avec le travail de M. Burnouf, qui se basa sur un manuscrit indien, alors que M. Robert traduisit le Sûtra directement du chinois. L’édition de M. Robert est nettement plus accessible au grand public : tous les termes indiens ont cette fois été traduits en français. Hélas, M. Robert, à trop vouloir rendre le texte compréhensible pour tous, a quelque peu dépassé son but… Trop de passages, dans sa traduction, ont ainsi acquis un sens sibyllin, et rendent beaucoup de phrases peu claires, pouvant induire le lecteur en erreur. Il n’en reste pas moins que cette édition est d’une éclatante qualité littéraire, même si, à nos yeux, certains choix de traductions sont tout à fait malheureux (notamment le fait de ne pas employer le mot « Bouddha »…). Enfin, il nous reste à parler de l’édition de Burton Watson. Dans beaucoup de chapitres, le texte est nettement plus fluide et agréable à lire que celui de M. Robert, mais dans d’autres, c’est la traduction de M. Robert qui, incontestablement, écrase celle de M. Watson, ce dernier péchant parfois par un manque de lyrisme. En conclusion, ces trois éditions françaises du Sûtra du Lotus sont également recommandables, mais nous paraissent toutes échouer quant aux intentions originelles du Bouddha éternel (dont le Bouddha historique n’est qu’une émanation) : à savoir que sa Loi soit répandue le plus largement possible auprès des foules. Au XIIIème siècle, le moine japonais Nichiren Daishônin, que l’école bouddhiste de la Nichiren Shôshû (« Véritable école de Nichiren ») considère comme l’incarnation terrestre du Bouddha éternel, a œuvré, comme nul autre avant lui, à la propagation du Sûtra du Lotus. Il a ainsi démontré que les deux dogmes fondamentaux du bouddhisme, à savoir l’éternité du Bouddha et l’atteinte à la boddhéité – l’état de Bouddha – pour tous les êtres vivants, se trouvaient révélés dans le chapitre II (Les moyens salvifiques) et le chapitre XVI (La durée de vie de l’Ainsi-Venu) du Sûtra du Lotus. Dès lors, seuls compte pour le croyant la récitation quotidienne des chapitres II et XVI, ainsi que l’acte de foi suprême, réalisé par Nichiren Daishônin en personne, qui consiste à répéter inlassablement Nam Myôhô Rengué Kyô (« Adoration à la Loi merveilleuse du Sûtra du Lotus »). En se basant sur l’enseignement du Lotus, Nichiren Daishônin expliqua également que « le Bouddha-entité du chapitre « Durée de Vie » de l’enseignement essentiel est, à la fois, sujet habitant et domaine habité, vie et environnement, corps et esprit, entité et fonction (2). » L’expression « domaine habité » révèle précisément quelle est la nature du Bouddha éternel du chapitre « Durée de Vie » : il n’a pas crée l’univers, il est lui-même l’univers. Ainsi que l’a écrit Nichiren : « Nous sommes des parcelles de Bouddha », « chaque être a en lui la Nature du Bouddha, autrement dit : le Bouddha est partout, il est dans tout. » « Le Bouddha est éternel. Il se trouve dans tous les éléments de l’univers, que ces éléments soient animés ou inanimés. » « L’univers entier dans son essence n’est rien d’autre que le corps même du Bouddha (3). » Le Bouddha éternel étant présent partout et dans tout, il n’y a donc aucune raison de rendre un culte idolâtre à des statues en bois ou en métal représentant le Bouddha historique. Seule compte l’adoration au Bouddha éternel, qui ne peut être représenté que sous la forme d’un mandala (parchemin où sont tracés en idéogrammes le titre du Lotus et le Nom du Bouddha), que Nichiren a lui-même calligraphié, offrant ainsi à l’humanité souffrante un Gohonzon (Objet de Vénération) pour atteindre le Salut. Ce parchemin, inscrit en premier par Nichiren (et depuis retranscrit par les Grands Patriarches de la Nichiren Shôshû, ses successeurs légitimes), est uniquement composé d’idéogrammes représentant la Loi bouddhique dans son absolue perfection (4) : au centre, les caractères « Nam Myôhô Rengué Kyô Nichiren », surplombés par ceux du Bouddha Sakyamuni (le Bouddha historique), ainsi que ceux, dans l’ordre de leur importance et de leurs pouvoirs divins, des bodhisattvas primordiaux (les disciples du Bouddha historique). Nichiren a écrit à ses disciples : « Moi, Nichiren, ai inscrit ma vie à l’encre sumi. Aussi, croyez dans ce Gohonzon de tout votre cœur. La volonté du Bouddha est le Sûtra du Lotus, mais l’âme de Nichiren n’est autre que Nam Myôhô Rengué Kyô (5). » Le Gohonzon est donc l’âme de Nichiren Daishônin, l’Objet Fondamental de Vénération par lequel se manifestent ses triples vertus (souverain, maître et parent). Dès que l’on récite Nam Myôhô Rengué Kyô devant le Gohonzon, l’état de Bouddha – inhérent à tout être vivant – se manifeste aussitôt en nous, faisant surgir la « foi du calice de diamant (6) », pure et indestructible, qui nous éveille à la Loi bouddhique, et donc à l’esprit de Nichiren Daishônin, éternellement présent dans le Gohonzon. Pour avoir révélé que tout l’enseignement du Lotus est contenu dans la récitation de son titre et des chapitre II et XVI, Nichiren Daishônin a bel et bien prouvé qu’il était l’incarnation parfaite du Bouddha éternel, tel qu’il est décrit au chapitre XVI du Lotus, puisque, comme lui, il est « le Père de ce monde, le Sauveur de ceux qui souffrent », révélant « le Nom des Trois Joyaux » (le Bouddha, le Moine et la Loi bouddhique), ainsi que le « bon remède guérissant toutes les maladies et les souffrances » (la prière de Nam Myôhô Rengué Kyô). C’est donc le bouddhisme orthodoxe, tel que l’a révélé Nichiren Daishônin et tel que le transmet actuellement la Nichiren Shôshû, seule et unique dépositaire de son enseignement, que nous souhaitons révéler au plus grand nombre, œuvrant ainsi à la propagation de la Loi bouddhique. Il nous a semblé particulièrement opportun de rassembler ici le texte (chapitre II et XVI) des trois éditions françaises du Lotus et d’en extraire les plus beaux passages qui, mis les uns à la suite des autres, gomment totalement les imperfections de ces traductions, rendant enfin le Lotus accessible à tout le monde, de l’homme de la rue au chef de l’État.
Nous n’avons que très peu remanié le texte, vérifiant toujours que notre choix était validé par l’une ou l’autre des traductions existantes. Encore une fois, répétons-le, notre but est bien de toucher « l’homme de la rue », pour reprendre cette expression, en employant un langage accessible aux mentalités occidentales, totalement étrangères au bouddhisme nippon et à la culture indienne. Mis en présence de ces deux joyaux que sont les chapitres II et XVI, le « Français moyen » (qu’on nous passe cette expression, qui sert à nous faire comprendre) saura donc parfaitement goûter et apprécier l’immense richesse spirituelle du Sûtra du Lotus. Enfin, une dernière précision : le choix du terme « Paradis » pour traduire les mots « Nirvana » et « Extinction » n’a rien qui doive surprendre. C’est ce qu’a fait avant nous, dès 1950 (7), l’éminent historien Gaston Renondeau, désireux comme nous de toucher le public occidental de la manière la plus large possible. Tel est également notre souhait, pour la plus grande gloire du Bouddha et de Nichiren Daishônin. Et maintenant, laissons parler le plus sacré des livres, qui enchantera le cœur des hommes de bien.
(1) Le Sûtra du Lotus, (quatrième de couverture) traduction de Jean-Noël Robert, Fayard, 1997. (2) Nichiren Daishônin, L’entité de la Loi merveilleuse (in The Major Writings of Nichiren Daishônin, NSIC, 1979-1994). (3) Gaston Renondeau, La doctrine de Nichiren, p. 25-52, PUF (publication du Musée Guimet), 1953 ; Masaharu Anesaki, Nichiren, le moine bouddhiste visionnaire, p. 57, éditions Myôhô, 2006. (4) Gaston Renondeau, La doctrine de Nichiren, p. 180-181, PUF (publication du Musée Guimet), 1953 ; Bernard Frank, Essais sur le bouddhisme au Japon, p. 206, Institut des Hautes Etudes Japonaises, 2000. (5) Nichiren Daishônin, Réponse à Kyô’ô (in The Major Writings of Nichiren Daishônin, NSIC, 1979-1994). (6) Ibidem, Enseignement, pratique et preuve (in The Major Writings of Nichiren Daishônin, NSIC, 1979-1994). (7) Gaston Renondeau, Le bouddhisme dans les Nô, Publication de la Maison Franco-Japonaise (série B, tome II), 1950.
Le Sûtra du Lotus.
Chapitre II : Les moyens salvifiques.
A ce moment-là, le Vénéré du Monde sortit sereinement de son recueillement et, s’adressant à son disciple Sharihotsu, lui révéla : « La plénitude des bouddhas est infiniment profonde et incommensurable. La porte de cette plénitude est difficile à franchir et difficile à comprendre. Personne, parmi les Auditeurs et les bouddhas-pour-soi n’est capable de l’appréhender. Quelle en est la raison ? Un Bouddha a personnellement servi cent, mille, dix mille, un million, un nombre incalculable de bouddhas et il a poursuivi jusqu’à leur terme d’innombrables pratiques religieuses. Il s’est entraîné lui-même avec courage et vigueur, et son Nom est universellement connu. Il s’est éveillé à la Loi profonde jamais révélée auparavant et l’enseigne en fonction de ce qui convient ; la teneur de ce qu’il prêche de façon appropriée est difficile à comprendre. Sharihotsu, depuis que j’ai atteint l’état de Bouddha, j’ai, par des causes et des images diverses, largement exposé mes enseignements et utilisé d’innombrables moyens salvifiques pour guider les êtres vivants et les aider à atteindre la boddhéité. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que l’Ainsi-venu est en pleine possession des moyens salvifiques aussi bien que de la sagesse parfaite. Sharihotsu, la sagesse de l’Ainsi-Venu est vaste et profonde. Il fait preuve d’une compassion illimitée, d’une éloquence sans bornes, de force, de courage, de concentration, de liberté et d’une grande capacité de recueillement ; il est profondément entré dans l’Infini et s’est éveillé à la Loi jamais atteinte auparavant. Sharihotsu, l’Ainsi-Venu sait établir une variété de distinctions pour exposer les enseignements avec habilité. Ses paroles sont douces et gentilles et comblent de joie le cœur des êtres. Sharihotsu, pour s’en tenir à l’essentiel, le Bouddha a pleinement réalisé la Loi illimitée, infinie, jamais atteinte auparavant. Mais restons-en là, Sharihotsu, je n’en dirai pas plus. Pourquoi cela ? Parce que ce que le Bouddha a accompli est la Loi primordiale, rarissime entre toutes. Seul un bouddha peut avec un autre bouddha scruter jusqu’au bout l’aspect réel des entités, ce qui veut dire, pour les entités : Ainsi est leur apparence Ainsi est leur nature Ainsi est leur substance Ainsi est leur pouvoir Ainsi est leur influence Ainsi est leur cause inhérente Ainsi est leur cause externe Ainsi est leur effet latent Ainsi est leur rétribution Ainsi est leur cohérence du début à la fin.
Le Sûtra du Lotus.
Chapitre XVI : La durée de vie de l’Ainsi-Venu
En cette heure, le Bouddha déclara aux bodhisattvas, ainsi qu’à l’ensemble de la vaste multitude : « Ayez confiance en moi, hommes de foi sincère, croyez en l’Ainsi-Venu qui prononce la Parole de Vérité. » De nouveau, il déclara à la vaste multitude : « Ayez confiance en moi, hommes de foi sincère, croyez en l’Ainsi-Venu qui prononce la Parole de Vérité ». Une fois encore, il répéta à la vaste multitude : « Ayez confiance en moi, hommes de foi sincère, croyez en l’Ainsi-Venu qui prononce la Parole de Vérité. » A ce moment-là, la vaste multitude des bodhisattvas, Miroku à leur tête, joignit les paumes et s’adressa au Bouddha : « Vénéré du Monde, expliquez-le, c’est notre seul souhait ; nous recevrons et garderons avec foi la Parole du Bouddha. » Et ainsi trois fois, puis ils dirent encore : « Expliquez-le, c’est notre seul souhait ; nous recevrons et garderons avec foi la Parole du Bouddha. » Alors le Vénéré du Monde, constatant que les bodhisattvas avait réitéré leur prière trois fois de suite, leur déclara : « Écoutez avec attention le secret de l’Ainsi-Venu, ce que peuvent ses pouvoirs divins. Dans tous les mondes, les dieux, les hommes et les titans croient tous que l’actuel Bouddha Shakyamuni, après avoir quitté le palais des Shakya, s’est rendu non loin de la ville de Gaya et que, assis sur son lieu de pratique, il a alors obtenu l’Éveil complet et parfait sans supérieur. Or, fils de bien, cela fait d’innombrables, d’infinis milliers de millions, de myriades et de milliards d’âges que j’existe et que je suis Bouddha. Supposons que quelqu’un prenne cinq mille millions de myriades de milliards de quantités incalculables de mondes tricosmiques et les réduisent en atomes. Puis, que se dirigeant vers l’Est, il laisse tomber un atome à chaque fois qu’il franchit cinq mille millions de myriades de milliards de mondes ; et qu’il continue ainsi vers l’Est en laissant tomber ces atomes jusqu’aux derniers. Fils de bien, qu’en pensez-vous ? Le nombre total de tous ces mondes est-il concevable, peut-il être calculé ? » Miroku et ceux qui étaient avec lui répondirent au Bouddha : « Vénéré du Monde, ces mondes étant innombrables et sans limites, il est impossible à quiconque d’en calculer le nombre. Aucun n’esprit ne saurait être assez puissant pour le concevoir. Même les Auditeurs et les bouddhas-pour-soi, dont la sagesse est sans infection, ne peuvent imaginer ni saisir cette quantité. Nous-mêmes, qui demeurons en la terre de non-régression, ne pourrions avoir accès à une telle chose. Vénéré du Monde, de tels mondes sont innombrables et sans limites. » Alors le Bouddha déclara à la vaste multitude des bodhisattvas : « Fils de bien, je vais maintenant vous l’expliquer en toute évidence. Supposons que tous ces mondes – qu’ils aient reçu un atome ou non – soient une fois de plus réduits à l’état d’atomes. Admettons qu’un atome équivaut à la durée d’un âge. Le délai écoulé depuis que j’existe et que je suis Bouddha dépasse ce temps de millions, de myriades et de milliards d’âges incalculables. Et depuis lors, j’ai toujours été dans cet Univers de souffrance, à prêcher la Loi, à enseigner et à convertir. J’ai aussi, en d’autres endroits, en des millions, des myriades, des milliards d’incalculables royaumes, guidé les êtres vivants vers le Salut. Fils de bien, dans cet intervalle, j’ai parlé du bouddha Torche-Enflammée et d’autres, et décrit de quelle façon ils avaient accédé au Paradis. J’ai utilisé tout cela comme un moyen salvifique pour établir des distinctions. Fils de bien, lorsque des êtres vivants viennent à moi, j’utilise mon œil de Bouddha pour observer leur foi et évaluer si leurs capacités sont vives ou limitées. Ensuite, en fonction de leur réceptivité au Salut, j’apparais en différents endroits et prêche sous différents noms, en spécifiant la durée pendant laquelle mes enseignements resteront efficients. Parfois, lorsque j’apparais, j’indique que je suis sur le point de retourner au Paradis. J’emploie alors des expédients variés pour prêcher la Loi sublime et merveilleuse et amener les êtres vivants à déployer un esprit d’allégresse, faisant ainsi jaillir la joie dans leur cœur. Fils de bien, l’Ainsi-Venu observe comment chez les êtres vivants, certains, de faible mérite et aux lourds défauts, se satisfont d’une Loi mineure. A de telles personnes, je décris comment j’ai quitté dans ma jeunesse ma demeure pour atteindre l’Éveil complet et parfait sans supérieur. Mais, en vérité, le temps qui s’est écoulé depuis que j’existe et que je suis Bouddha est extrêmement long, comme je vous l’ai déjà dit. C’est simplement que j’emploie un moyen salvifique pour instruire et convertir les êtres vivants et leur permettre d’accéder à la Voie du Bouddha. Voilà pourquoi je m’exprime ainsi. Fils de bien, les textes sacrés exposés par l’Ainsi-Venu le sont entièrement pour le Salut et la délivrance des êtres vivants. Parfois je parle de moi-même, parfois des autres ; parfois je me présente, parfois je présente les autres ; parfois je montre mes propres actes, parfois je montre ceux des autres. Tout ce que je prêche est Vérité. Pourquoi fais-je cela ? L’Ainsi-Venu perçoit le véritable aspect du Monde des Trois Plans – spirituel, humain et animal –, exactement tel qu’il est. Il n’y a ni flux ni reflux de naissances et de mort, pas plus que d’existence en ce monde et d’entrée ultérieure au Paradis. Ce Monde des Trois Plans n’est ni substantiel ni vide, ni homogène ni varié. Ceux qui demeurent dans ce monde ne le perçoivent pas tel qu’il est en réalité. Tout cela, l’Ainsi-Venu le voit clairement et sans erreur. Parce que les êtres vivants ont toutes sortes de natures, de désirs, de pratiques, de notions et discriminations, je les amène à produire des racines de bien et leur prêche toutes sortes d’enseignements par une quantité de récits, de paraboles et de locutions. Cela, l’œuvre du Bouddha, pas un instant je ne l’ai délaissé. Tel est donc le temps fort long depuis que j’ai réalisé l’état de Bouddha ; ma longévité est d’innombrables quantités incalculables d’âges et je demeure en pérennité sans disparaître. Fils de bien, à présent, la longévité que j’ai réalisée en pratiquant à l’origine la voie de bodhisattvas n’est même pas venue à terme ; elle sera encore du double de ce chiffre. Et cependant, alors qu’il ne s’agit pas pour l’instant du passage réel en Paradis, je proclame que je vais aborder le passage en Paradis ; c’est par ces expédients que l’Ainsi-venu enseigne et convertit les êtres vivants. Pourquoi fais-je cela ? Parce que si le Bouddha demeure trop longtemps en ce monde, les personnes de minces mérites n’arriveront pas à planter des racines de bien, mais, vivant dans l’indigence et la bassesse, seront attachées aux cinq avidités et prises dans les filets des pensées illusoires et des chimères. Si elles voyaient l’Ainsi-Venu rester en permanence, sans jamais retourner au Paradis, elles concevraient une disposition orgueilleuse, et sombreraient dans la lassitude ou la négligence. Elles ne réaliseraient plus combien il est difficile de rencontrer le Bouddha et ne l’approcheraient plus avec respect et adoration. Voilà pourquoi, utilisant un expédient salvifique, l’Ainsi-Venu déclare : « Moines, vous devez savoir qu’il est bien difficile de rencontrer un bouddha. » Entendant mes propos, ces êtres concevront forcément l’idée qu’il s’agit d’une rencontre difficile ; ils auront au cœur une aspiration passionnée et assoiffée pour le Bouddha et planteront alors des racines de bien. Voilà pourquoi l’Ainsi-Venu, qui en vérité n’entre pas en Paradis, mentionne cependant son passage en Paradis. Fils de bien, les bouddhas Ainsi-Venus prêchent tous une Loi analogue à celle-ci. Ils ont en vue le Salut des êtres vivants, donc ce qu’ils font est vrai et juste. Il en est comme, par exemple, d’un bon médecin, sage et avisé, qui préparerait avec discernement les remèdes guérissant réellement toutes sortes de maladies. Ce médecin aurait de nombreux fils, peut-être dix, vingt, jusqu’à cent et plus. Les circonstances l’appelèrent dans une contrée lointaine. Après son départ, ses enfants absorbent une substance empoisonnée interdite qui les fait tomber sur le sol en se tordant de douleur. A cet instant, leur père revient à la maison, et découvre que ses enfants ont bu du poison. Les uns ont déjà complètement perdu l’esprit, d’autres non. Voyant leur père de retour de son lointain périple, ils s’agenouillent devant lui au comble de la joie et l’implorent : « Quel bonheur que vous soyez de retour sain et sauf ! Dans notre sottise, nous avons absorbé du poison par erreur. Nous vous en prions, daignez nous soigner et nous redonner la vie ! » Constatant l’immense souffrance de ses enfants, le père suit alors diverses prescriptions. Il rassemble diverses herbes médicinales qui répondent à toutes les exigences de couleur, saveur et odeur, il les pile, les tamise et les mélange, puis il en donne une dose à ses enfants en leur disant : « Voilà un remède extrêmement efficace, de couleur, de saveur et odeur excellentes. Vous allez le boire et il éliminera rapidement vos souffrances ; vous n’aurez plus tous ces tourments. » Ceux de ses enfants qui n’ont pas perdu l’esprit réalisent que c’est un bon remède, d’une couleur et d’une odeur exceptionnelles. Ils le prennent donc aussitôt et sont entièrement guéris. Les autres, qui ont perdu l’esprit, voient leur père venir, mais bien qu’ils le saluent eux aussi avec joie et lui demandent instamment de soigneur leur mal, lorsqu’il leur donne le remède, ils se refusent à le prendre. Pourquoi cela ? Parce que le poison a déjà fait de profonds ravages et que leurs cerveaux ne fonctionnent plus comme auparavant. Même si le remède est pourtant très agréable, ils ne le perçoivent pas comme bénéfique. Le père se dit alors : « Mes malheureux enfants ! A cause du poison qu’ils ont absorbé, leur esprit est complètement égaré. Bien qu’ils soient heureux de me revoir et m’aient demandé de les guérir, ils refusent de prendre cet excellent remède. Il va falloir que j’use d’un moyen salvifique pour les inciter à le prendre. Il leur dit alors : « Vous n’êtes pas sans savoir que je suis maintenant vieux et épuisé et que le moment de ma mort est venu. Je vais laisser ici ce remède efficace et agréable, vous pouvez le prendre et l’absorber ; ne vous désolez plus de ne pas guérir. » Leur ayant fait ces instructions, le père s’en va dans une autre contrée, et envoie en retour un messager pour annoncer : « Votre père est mort ». Alors, les enfants, à la nouvelle que leur père les a quittés et qu’il est mort, sont accablés par le chagrin et consternés. Ils se disent : « Si notre père était vivant, il aurait pitié de nous, et s’assurerait que nous sommes protégés. Mais maintenant, il nous a abandonnés et a disparu dans une lointaine contrée. Il est donc mort seul, notre père, notre protecteur, celui qui nous a donné le jour, et qui était plein de compassion pour nous ; maintenant nous voilà sans protecteur. » Ils se croient orphelins, sans plus personne à qui s’en remettre, et ont l’esprit constamment plongé dans la tristesse. A force de ressasser leur chagrin, les enfants finissent par s’éveiller à la compréhension et se rendent compte que le remède est en fait de couleur, saveur et odeur excellentes. Ils le prennent et sont aussitôt guéris de tous les effets du poison. Le père entend que ses fils ont tous obtenu la guérison et revient aussitôt pour se montrer à eux tous. Fils de bien, qu’en pensez-vous ? Se trouve-t-il vraiment quelqu’un qui puisse dire que ce bon médecin s’est rendu coupable de tromperie ? – Non, Vénéré du Monde. Le Bouddha leur dit : « Ainsi en va-t-il également de moi. Cela fait d’innombrables, d’infinis milliers de millions de myriades de milliards de quantités incalculables d’âges que j’existe et que je suis Bouddha. C’est pour l’amour des êtres et par la force de mes expédients que je déclare que je retournerais au Paradis, et il n’y a personne qui puisse en toute vérité m’accuser de tromperie. » A cet instant, pour réitérer ses propos, le Vénéré du Monde s’exprima en vers :
Depuis que j’ai obtenu l’état de Bouddha, le nombre d’âges qui se sont écoulés est d’innombrables milliers de millions de myriades de milliards de quantités incalculables. J’ai prêché constamment la Loi pour enseigner et convertir d’innombrables myriades d’êtres et les faire entrer dans la Voie du Bouddha, ce depuis d’innombrables âges. C’est pour sauver les êtres que je parais entrer en Paradis, mais ce n’est qu’un expédient salvifique, en vérité je ne suis pas retourné au Paradis. Je demeure ici en pérennité à prêcher la Loi. Grâce à la force de mes pouvoirs divins, je fais en sorte que les êtres aux conceptions erronées, bien que je sois proche, ne me voient plus ; la multitude, constatant mon entrée en Paradis, fait d’amples offrandes à mes reliques, tous sont remplis d’une aspiration passionnée et ont au cœur une soif d’adoration. Les êtres, dès lors soumis à la foi, deviennent droits, doux et dociles en esprit, ils désirent de tout cœur voir le Bouddha et n’épargnent pas pour cela leur propre vie. C’est à ce moment que moi-même et la multitude des moines nous apparaissons ensemble sur le Mont sacré des Aigles ; c’est alors que j’explique aux êtres : je demeure ici en pérennité et n’ait point disparu, c’est par la force de mes expédients salvifiques que je me manifeste comme étant ou non en Paradis. Sur d’autres terres il se trouve des êtres plein de respect, de foi enthousiaste, et moi alors, au milieu d’eux, je leur prêche la Loi insurpassable. Mais vous, vous ne l’écoutez point, et penser seulement que je suis entré en Paradis. Je vois les êtres se noyer dans un océan de souffrances, aussi je ne me manifeste pas à eux, et les amène à concevoir une soif d’adoration ; leur pensée d’aspiration passionnée est cause de mon apparition pour leur prêcher la Loi. Telle est la force de mes pouvoirs divins et au cours d’âges incalculables je reste constamment au Mont sacré des Aigles et dans mes autres endroits de résidence. Quand les êtres voient l’âge venir à son terme, et quand tout est consumé par un grand incendie, ce Paradis, où je me trouve, demeure sûr et paisible, êtres humains et divins s’y rassemblent sans cesse. Les palais et les demeures dans ses jardins et ses bosquets sont ornés de diverses sortes de joyaux. Des arbres faits de pierres précieuses abondent en fleurs et fruits merveilleux, les êtres humains y vivent libres et heureux. Les dieux y frappent les tambours célestes, toujours à jouer des musiques variées, à faire pleuvoir des fleurs d’arbre-corail et les disperser sur le Bouddha et les grandes multitudes. Mon Paradis de la Terre Pure n’est pas détruit, alors que les êtres le voient dans l’embrasement ultime ; chagrins et peurs, affres et douleurs, de tout cela, nul qui ne soit rempli. Ces êtres renaissent conditionnés par leur Acte mauvais et passent des âges incalculables sans entendre le nom des Trois Joyaux ; ceux qui se sont exercés aux mérites, doux et conciliants, droits de caractère, me voient tous en conséquence en mon corps même me tenant ici et prêchant la Loi. Parfois, pour cette foule, j’explique que la longévité du Bouddha est incalculable, et à ceux qui ne voient le Bouddha qu’au bout d’un long temps, j’explique que le Bouddha se rencontre rarement. Telle est la puissance de mes attributs divins, Le pouvoir de ma plénitude est tel que ses rayons clairvoyants resplendissent à l’infini, l’éclat de ma sapience est incommensurable, ma longévité est d’éternités sans nombre, acquise après m’être longtemps exercé en Acte. Vous qui avez la foi, n’allez pas là-dessus concevoir de doutes, vous devez y couper court, les réduire à jamais : la Parole du Bouddha est Vérité. Comme un médecin passé maître en expédients, qui, pour sauver ses enfants à l’esprit égaré, se prétend mort, alors qu’il est là en réalité : on ne saurait le taxer de tromperie ; et moi, je suis le Père de ce monde, le Sauveur de ceux qui souffrent ; tenant compte des opinions erronées des gens simples, je me prétend entré en Paradis, alors que je suis là en réalité. Car, s’ils me voyaient constamment, ils concevraient en pensée une position orgueilleuse, se relâcheraient, s’attacheraient aux cinq avidités et tomberaient dans les mauvaises destinées. Je sais toujours si les êtres pratiquent ou non la Voie ; Pour répondre à leurs besoins d’être sauvés, je leur prêche une variété d’enseignements, me faisant à chaque fois cette réflexion : comment mener les êtres à entrer dans la Voie insurpassable et à atteindre rapidement l’état de Bouddha ?
Sujet du message: Re: Introduction au Bouddhisme de la Nichiren Shôshû
Posté: Mer 3 Mar 2010 13:27
Modérateur Rimé
Inscription: Ven 4 Juil 2008 02:47 Messages: 368 Localisation: Orléans
Bonjour Nichiren Boy.
Navré de te reprendre mais je souhaite apporter une modification quand à cette partie du message que tu as mis.
Nichiren Boy a écrit:
Le bouddhisme n’échappe pas à cette règle, et la totalité des écoles bouddhistes, de l’Inde au Japon, en passant par le Vietnam, la Chine, la Mongolie et le Tibet, vénèrent le Sûtra du Lotus comme le livre divin du Bouddha, rédigé voici 2500 ans. Mais, alors que les diverses écoles bouddhistes (Zen, tibétaines, etc.) concèdent aux écrits de leurs moines fondateurs une importance égale à celle du Sûtra du Lotus, seule la Nichiren Shôshû (à ne pas confondre avec la secte Soka Gakkai) accorde à ce livre saint toute l’importance qu’il mérite, le plaçant au premier rang des écritures.
Pour ce qui est de la tradition que je connais et pratique qui est la tradition bouddhique tibétaine, le sutra du Lotus n'est nullement considéré comme le "livre divin du Bouddha". Le Vajrayana ne place aucun sutras ou tantras au-dessus des uns ou des autres bien au contraire puisque qu'ils sont bases de progression. Une autre précision toujours biensur sur le plan tibétain, les deux textes principaux sont l'Ati-Yoga tantra pour la tradition ancienne celle des Nyingmapas et l'Anuttarayoga- Tantra pour les écoles nouvelles comme les Kagyüpas et Gélugpas. Ces deux textes trouvent toujours leurs origines en le Bouddha Shakyâmuni qui les énonça en revanche sous ces deux aspects d'eveillé c'est-à-dire le Dharmakaya Samantabhadra-Shakyâmuni pour l'Ati-Yoga et le Dharmakaya/Sambhogakaya Vajradhara-Shakyâmuni pour l'Anuttarayoga-tantra.
je souhaitais juste clarifier ce point afin que tout puisse être prit tel que cela est.
Merci.
amicalement dans le Dharma
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"La nature de tout phénomène, de toute apparence, est semblable au reflet de la lune sur l'eau. "
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