Seunam Gyamtso Membre d'honneur

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Posté le : 27 Mars 2006 15:40 |
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Le support de l'Éveil :
la précieuse existence humaine
Le support est la précieuse et suprême existence humaine.
Dès lors que tous les êtres possèdent la nature de bouddha, on peut se demander si ceux qui appartiennent aux cinq formes d'existence autres que l'existence humaine — les damnés des enfers, les prétas, etc. — ont la capacité de devenir bouddhas. Non, ils ne l'ont pas. Le « support » qui permet l'accomplissement de la bouddhéité, c'est ce qu'on appelle une « précieuse existence humaine », autrement dit, une existence pourvue des huit libertés* et des dix richesses*, de même qu'un esprit empreint des trois formes de foi. C'est de cette précieuse existence humaine que nous allons maintenant parler. Notre étude portera sur cinq sujets, deux ayant trait au corps et trois à l'esprit :
1. Les libertés
2. Les richesses
3. La foi convaincue
4. La foi désirante
5. La foi inspirée
1. LES LIBERTÉS
Être « libre », c'est ne pas être soumis aux huit servitudes que le Soutra de la fixation de l'attention décrit ainsi :
Être né dans les enfers, préta, animal,
Barbare, dieu* de longue vie,
Dans une ère sans bouddha, convaincu d'idées fausses Ou idiot : voilà les huit servitudes.
En quoi ces huit états sont-ils des servitudes ? Les êtres des enfers souffrent sans interruption, les prétas ont l'esprit tourmenté et les animaux ont pour tare majeure une extrême bêtise. Par ailleurs, comme les êtres de ces trois mondes n'éprouvent aucune honte, ni vis-à-vis d'eux-mêmes ni vis-à-vis d'autrui", leur continuum psychique est impropre au bien. Ils n'ont donc pas l'occasion de pratiquer le Dharma.
Quant aux dieux de longue vie, ils n'ont plus de perceptions2o. Le continuum de leur conscience et toutes leurs productions mentales étant interrompus, ils n'ont aucune chance de pratiquer le Dharma. Le terme « dieux de longue vie » peut aussi désigner les dieux du monde du Désir*, car, en comparaison des hommes, ces dieux vivent très longtemps. On peut également considérer que tous les dieux sont dans leur ensemble privés de liberté : ils sont si attachés à leur félicité temporaire qu'ils n'ont pas le loisir de s'adonner au bien véritable.
Nous voyons par là que les petites souffrances humaines qui nous affectent à présent ne manquent pas de certaines vertus. Elles nous lassent du samsara, atténuent notre orgueil, nous rendent compatissants avec les autres, nous protègent des actes négatifs et nous font apprécier le bien. Comme le dit la Marche vers l'Éveil :
En outre, les souffrances ont pour vertu
De nous lasser, de chasser notre orgueil,
De nous rendre compatissants avec les êtres du samsara,
De nous garder des mauvais actes et de nous faire aimer le bien.
On parle donc de quatre mondes d'existence privés de liberté. Par ailleurs, chez les êtres humains, sont privés de liberté ceux qu'on appelle « barbares », car ils ont peu de chances de rencontrer des êtres sublimes ; ceux qui entretiennent des croyances erronées, car ils ne voient pas dans le bien la cause des mondes supérieurs* et de la libération ; ceux qui sont nés dans un monde sans bouddha, car ils n'ont personne pour leur enseigner ce qu'il convient de faire et de ne pas faire ; et les idiots, car ils sont incapables de comprendre par eux-mêmes les enseignements qui montrent où est le bien et où est le mal.
N'être assujetti à aucune de ces huit servitudes, c'est disposer de ce qu'on appelle les « libertés parfaites ».
2. LES RICHESSES
On distingue cinq richesses intrinsèques et cinq richesses extrinsèques.
Les cinq richesses intrinsèques
Être humain, né au centre, avec toutes ses facultés, Un karma non contraire, et foi en l'objet juste.
Être « humain », c'est partager la condition de tous les êtres humains, hommes et femmes.
Être « né au centre », c'est être né dans un lieu où l'on a la possibilité de suivre des êtres sublimes.
Posséder « toutes ses facultés », c'est ne pas être débile mental, et donc pouvoir pratiquer le Dharma bénéfique.
Avoir un « karma non contraire », c'est ne pas avoir commis dans cette vie l'un des crimes à rétribution immédiate.
La « foi en l'objet juste », c'est la confiance dans la discipline enseignée par le Bouddha comme source de tout bien.
Les cinq richesses extrinsèques
Ce sont la venue d'un bouddha dans le monde, le fait qu'il ait enseigné le Dharma, que ce Dharma existe encore, qu'il soit pratiqué et qu'il y ait des êtres pleins d'amour pour les autres.
Jouir des dix richesses intrinsèques et extrinsèques, c'est ce qu'on appelle « posséder les richesses parfaites ».
La somme des libertés et des richesses constitue ce qu'on appelle une « précieuse existence humaine ». Pourquoi « précieuse » ? Parce que, difficile à obtenir et d'une grande utilité, elle est comparable au précieux joyau magique.
Pour ce qui est de la difficulté de l'obtenir, on lit dans la Corbeille des bodhisattvas :
Il est rare de devenir un être humain ;
Il est même rare d'obtenir une simple vie humaine; Il est rare de recevoir le Dharma,
Ét il est même rare que paraisse un bouddha.
Et encore, dans le Soutra du lotus blanc de la compassion :
Rare est la naissance humaine, rares les libertés parfaites, rare la venue d'un bouddha dans le monde, rare l'aspiration au bien et rares les prières pures.
Dans le sublime Soutra en forme d'arbre :
Il est rare d'échapper aux huit servitudes, rare de renaître homme, rare de jouir des huit véritables libertés parfaites, rare qu'un bouddha paraisse, rare de posséder toutes ses facultés, rare d'écouter l'enseignement d'un bouddha, rare de se trouver en compagnie d'êtres sublimes, rare de rencontrer des maîtres spirituels authentiques, rare de pratiquer la voie de manière authentique et conformément aux enseignements, rare de vivre de façon correcte, et rare, dans ce monde humain, de pratiquer consciencieusement ce qui est conforme au Dharma.
La Marche vers l'Éveil le dit aussi :
Ces libertés et ces richesses sont extrêmement rares.
Quelle image pourrait illustrer la difficulté d'obtenir pareille existence humaine ? La Marche vers l'Éveil répond :
Én conséquence, dit le Bouddha, il est aussi difficile de devenir un homme que pour une tortue de passer sa tête Dans un joug ballotté sur les flots de l'immense océan.
D'où vient cette comparaison ? Du Bouddha lui-même :
Supposez que cette terre se transforme toute en eau et qu'un joug percé d'un trou unique y soit jeté et ballotté au gré des vents dans toutes les directions. Imaginez encore qu'une tortue aveugle vivant plusieurs milliers d'années [...].
Pour qui cette existence humaine est-elle difficile à obtenir ? Pour les êtres des trois mondes inférieurs*.
Pourquoi une existence dotée des libertés et des richesses est-elle difficile à obtenir ? Parce qu'elle résulte d'une accumulation d'actes positifs*. Or, si l'on naît dans les trois mondes inférieurs, on passe tout son temps à accumuler des actes négatifs sans savoir comment faire le bien. En conséquence, pour obtenir une précieuse existence humaine après avoir repris naissance dans les mondes inférieurs, il faut avoir un karma où la part des actes négatifs ne domine pas et ne portera ses fruits que plus tard, au cours d'autres vies.
Une existence humaine riche et libre est extrêmement utile, car, dit la Marche vers l'Éveil :
Élle permet à l'être humain d'atteindre son but.
« Être humain » traduit le sanskrit purusha, où se trouve une idée de force, de capacité. On emploie ce terme parce qu'une existence libre et riche donne la force, ou offre la capacité, de parvenir aux formes de vie supérieures, ainsi qu'au bien ultime*.
Dans la mesure où cette capacité est grande, moyenne ou faible, on distingue trois sortes d'êtres humains. Le Flambeau de la voie de l'Éveil déclare :
Sachez qu'il existe trois genres d'hommes : Les médiocres, les moyens et les supérieurs.
Les êtres humains qualifiés de médiocres ont la capacité de ne pas tomber dans les mondes inférieurs et d'atteindre la condition d'homme ou de dieu.
L'être humain qui, de quelque façon que ce soit, Recherche, pour son bien personnel,
Le simple bonheur du samsara
Ést qualifié de médiocre.
L'être humain moyen a la capacité de se libérer seul du samsara et d'atteindre ainsi un état de bonheur et de paix.
L'être humain qui, tournant le dos au bonheur du devenir* Ét se gardant des actes négatifs,
Ne recherche la paix que pour lui-même
Est qualifié de moyen.
L'être humain supérieur a la capacité de devenir bouddha pour le bien de tous les êtres.
Quiconque, en ressentant sa propre souffrance, Désire intensément mettre fin
A toutes les souffrances d'autrui
Est le meilleur des êtres humains.
Pour montrer à quel point la précieuse existence humaine est utile, maître Chandragomin déclare :
Lorsqu'un être humain, l'ayant obtenue, sème des mérites,
Ces graines de la libération de l'océan des renaissances et de l'Éveil suprême,
Ses vertus surpassent de loin celles du joyau magique.
Qui peut détruire le fruit qu'il récoltera ?
Le chemin que prend l'homme de grand courage
N'est pas à la portée des dieux, des nagas, des demi-dieux*, Des garudas, des vidyadharas, des kinnaras ni des uragas.
Une existence humaine dotée des libertés et des richesses per-met de renoncer au mal, de faire le bien, de traverser l'océan du samsara, de progresser vers l'Éveil et d'atteindre la bouddhéité parfaite. Elle est donc de loin supérieure à l'existence des dieux, des nagas, et ainsi de suite. Elle est même supérieure au précieux joyau magique. Comme il est difficile de l'obtenir et qu'elle pro-cure de grands bienfaits, on la qualifie de « précieuse ».
Bien que rare et bénéfique, cette existence est toutefois extrêmement fragile, car personne ne peut prolonger la durée de sa vie ni restaurer son principe vital, les causes de mort sont nombreuses et la vie ne cesse de filer un seul instant. On lit dans la
Marche vers l'Éveil
Il est inepte de se réjouir en pensant Qu'on ne mourra pas aujourd'hui même, Car le moment où l'on disparaitra Viendra un jour sans le moindre doute.
Puisque cette existence est à la fois si utile, si difficile à trouver et si facile à détruire, considérons-la comme un navire sur lequel nous nous emploierons à traverser l'océan du samsara.
Sur le navire de l'existence humaine,
On peut traverser le grand fleuve de la souffrance. Comme vous aurez du mal à le retrouver,
Ignorants que vous êtes, quand il est là, ne vous endormez point !
Ou bien, considérons ce corps humain comme une monture et fuyons à tout prix le périlleux sentier des souffrances du samsara.
Sur le cheval d'une existence humaine pure,
Fuyez le redoutable et douloureux sentier du samsara.
Ou encore, pensons que notre corps est un serviteur et attachons-le au service du bien.
Ce corps humain qui est le nôtre Ést juste bon à nous servir.
Néanmoins, pour suivre ces conseils, il est nécessaire d'avoir la foi. Sans la foi, est-il dit, il ne peut rien se produire de positif dans le continuum de l'esprit. Le Soutra des dix dharmas précise :
Les hommes sans foi
N'acquièrent pas de qualités, Comme d'une graine brûlée Il ne sort point de pousse.
Et le Soutra de l'Avatamsaka :
Les êtres de ce monde à qui manque la foi
Ne peuvent pas connaître l'Éveil du Bouddha.
Ayez donc foi, ainsi que l'Immense Déploiement le recommande :
Le Bouddha déclara : « Aie foi, Ananda ! C'est la prière que t'adresse le Tathagata. »
Comment décrire la foi ? On en distingue trois formes : la foi convaincue, la foi désirante et la foi inspirée.
3. LA FOI CONVAINCUE
Cette foi a pour objets la causalité karmique, la vérité de la souffrance et la vérité de l'origine de la souffrance. C'est la certitude que les actes positifs engendrent le bonheur dans le monde du Désir, que les actes négatifs aboutissent aux souffrances de ce même monde, que les actes immuables produisent le bonheur des deux mondes supérieurs, et que le karma et les émotions négatives
(qui constituent l'origine de la souffrance) engendrent les cinq agrégats* pollués* (la souffrance).
4. LA FOI DÉSIRANTE
C'est la foi de celui qui, ayant constaté le caractère éminemment précieux de l'Eveil insurpassable, désire faire avec respect l'apprentissage de la voie dans le but d'atteindre l'Eveil.
5. LA FOI INSPIRÉE
Cette foi a pour objet les Trois Joyaux*. C'est un sentiment d'intérêt, de respect et de joie à l'égard du Bouddha qui enseigne la voie, du Dharma qui est la voie, et de la Sangha* que constituent les compagnons dans la pratique de la voie.
On lit dans l'Abhidharma * :
Qu'est-ce que la foi ? La foi est une confiance, un désir et une joie intenses à la pensée du karma, de ses fruits, de la vérité et des Trois Joyaux.
Et dans la Guirlande de joyaux :
Celui qui ne renonce pas au Dharma Par désir, par colère, par peur
Ou par ignorance est dit avoir la foi.
Il est, pour sûr, le meilleur des réceptacles.
Ne pas renoncer au Dharma par désir, c'est ne pas l'abandonner, même lorsqu'on vous offre en contrepartie nourriture, argent, femmes, royaumes ou tout autre cadeau somptueux.
Ne pas renoncer au Dharma par colère, c'est ne pas l'abandonner même lorsqu'un être qui vous a déjà nui vous fait de nouveau beaucoup de mal, de quelque façon que ce soit.
Ne pas quitter le Dharma par peur, c'est ne pas l'abandonner même sous la menace de se faire découper chaque jour cinq onces de chair par trois cents guerriers.
Ne pas renoncer au Dharma par ignorance, c'est ne pas l'abandonner, même si l'on vous dit que le karma, le fruit des actes, les Trois Joyaux, tout cela est faux, qu'il est inutile de pratiquer le Dharma, et qu'il vaut mieux y renoncer.
Qui se comporte ainsi dans ces quatre situations a la foi et constitue un excellent réceptacle pour réaliser le bien ultime.
Les trois formes de foi recèlent d'incommensurables vertus : elles permettent d'engendrer l'attitude d'esprit des êtres sublimes, de s'émanciper des états d'existence où l'on ne jouit d'aucune liberté, de posséder des facultés sensorielles et mentales aiguës et claires, d'éviter les infractions à la discipline, de mettre fin aux émotions négatives, de se préserver des forces malveillantes, de trouver le chemin de la libération, d'accumuler d'immenses mérites, de rencontrer de nombreux bouddhas, d'être béni par eux, et bien d'autres choses encore. Les bienfaits engendrés par ces trois types de foi sont proprement inconcevables.
On lit dans le Flambeau des Trois Joyaux :
La foi dans les Vainqueurs et dans leur Dharma, La foi dans l'activité des bodhisattvas
Et dans l'insurpassable Éveil,
C'est l'attitude d'esprit des grands êtres.
En outre, les bouddhas apparaissent et enseignent à ceux qui ont la foi, comme l'affirme la Corbeille des bodhisattvas :
Quand les bodhisattvas ont la foi, les bouddhas savent qu'ils sont de dignes réceptacles pour leur enseignement, ils leur apparaissent et leur montrent parfaitement la voie des bodhisattvas.
Ainsi, l'être doté d'une précieuse existence humaine, c'est-à-dire d'un corps possédant les libertés et les richesses et d'un esprit empreint des trois formes de foi, constitue le « support » favorable à la réalisation de l'Eveil insurpassable.
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