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Méditation sur l'impermanence

 
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Seunam Gyamtso
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09 Jan 2006
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Message Posté le : 09 Avr 2006 18:49  Répondre en citant

Méditation sur l'impermanence

Voyons d'abord la méditation sur l'impermanence, remède à l'attachement aux expériences de cette vie.
D'une manière générale, tout ce qui est composé est impermanent, ainsi que le déclare le Bouddha :
O moines, tous les composés sont impermanents.
Qu'entend-on par là ? Que ce qui est accumulé finit par se disperser, ce qui est construit par s'écrouler, ce qui est joint par se désunir et ce qui est né par mourir. Citons les Chapitres dits intentionnellement :
Tout ce qu'on accumule à la fin se disperse, Et ce qu'on bâtit finit par s'effondrer, Ce qui est assemblé pour finir se sépare, Et ce qui est vivant disparaît dans la mort.
Pour méditer sur l'impermanence, nous considérerons :
1. Les différents aspects de l'impermanence
2. Comment méditer sur l'impermanence
3. Les bienfaits de la méditation sur l'impermanence

1. LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE L'IMPERMANENCE
Nous observerons l'impermanence sous deux aspects : l'impermanence de l'univers et celle des êtres qu'il contient. Dans l'impermanence de l'univers, nous distinguerons l'impermanence grossière et l'impermanence subtile. Dans l'impermanence des êtres, nous envisagerons l'impermanence d'autrui et la
nôtre.

2. COMMENT MÉDITER SUR L'IMPERMANENCE
Nous méditerons sur l'impermanence en considérant d'abord l'impermanence de l'univers et ensuite celle des êtres qu'il contient.
L'impermanence de l'univers L'impermanence grossière
Depuis le mandala du vent, à la base, jusqu'en dessous des dieux de la Quatrième Concentration, en haut, il n'existe absolument rien de consistant ou d'immuable. Parfois, les mondes qui se trouvent au-dessous des dieux de la Première Concentration sont consumés par le feu ; parfois ceux qui se trouvent au-dessous des dieux de la Deuxième Concentration sont emportés par l'eau ; et parfois, tout ce qui se trouve en dessous des dieux de la Troisième Concentration est détruit par le vent.
La destruction par le feu ne laisse même pas de cendres, comme lorsqu'on brûle du beurre. Les ravages de l'eau ne laissent aucun résidu, comme s'ils avaient dissous du sel. Après le passage du vent, il ne subsiste rien, comme lorsqu'une bourrasque balaie la poussière. On lit dans l'Abhidharma :
Il y a sept destructions par le feu Contre une destruction par l'eau.

Quand auront eu lieu sept destructions par l'eau, C'est le vent qui emportera tout.
Le monde de la Quatrième Concentration n'est détruit ni par le feu, ni par l'eau, ni par le vent. Il se détruit de lui-même quand les êtres qu'il contient ne sont plus. L'Abhidharma dit encore :
Ils sont impermanents, car leurs palais,
Ainsi que leurs occupants, paraissent et disparaissent.
Il semble donc évident que notre monde actuel sera détruit par le feu, ainsi que le prédit le Soutra requis par le laïc Viradatta :
Au terme d'un kalpa, notre univers,
Qui a l'espace pour nature, redeviendra espace.
Les monts Mérou eux-mêmes seront calcinés et détruits.

L'impermanence subtile
Celle-ci désigne l'impermanence des quatre saisons, des levers et des couchers de soleil et de lune, ainsi que l'impermanence de chaque instant.
Quand arrive le printemps, le sol s'attendrit, sa couleur vire au rouge, et la végétation bourgeonne. Mais cela ne dure pas. Avec l'été, la terre humide se pare de vert, arbres et plantes se couvrent de feuilles. Mais de nouveau tout change. Avec l'automne, le sol durcit et prend une couleur ocre ; arbres et plantes portent leurs fruits. Puis vient l'hiver, la terre gèle et se fait blanchâtre, les plantes sèchent et cassent. Et tout recommence...
L'impermanence et le changement nous sont encore montrés par le lever et le coucher du soleil : lorsque le soleil paraît, le onde s'illumine et se révèle. Puis la nuit tombe, plongeant putes choses dans les ténèbres.
L'impermanence de chaque instant désigne le fait que, d'instant en instant, l'univers n'est plus le même. La succession 'éléments semblables, comme dans une chute d'eau, donne apparence de la durée.

L'impermanence des êtres qui peuplent l'univers L'impermanence des autres
Tous les êtres des trois mondes sont éphémères. L'Immense Déploiement déclare :
Les êtres des trois mondes sont éphémères comme les nuages dans le ciel.

Notre impermanence personnelle
« Moi non plus, je ne suis pas libre de rester ici à jamais : il faudra bien que je parte. » De cela, prenons conscience en observant ce qui nous arrive et en tirant la leçon de ce qui arrive aux autres.
Examinons-nous en méditant sur notre mort, sur ses signes avant-coureurs, sur la fuite du temps qui nous reste à vivre et sur la séparation.
Méditer sur sa propre mort, c'est penser : « Je ne peux pas rester longtemps dans ce monde, il me faudra partir pour le monde suivant. »
Méditer sur les signes de sa propre mort, c'est penser : « Ma force vitale va s'épuiser, mon souffle s'arrêter, mon corps n'être plus qu'un cadavre et mon esprit errer en d'autres lieux. »
Méditer sur l'écoulement de sa vie, c'est penser : « Depuis l'année dernière, un an a déjà passé ; depuis l'autre jour, un mois, depuis hier, un jour, et ma vie s'est raccourcie d'autant, comme en un clin d'oeil. Un instant vient juste de passer et ma vie s'est encore réduite de cet instant. » La Marche vers l'Éveil insiste :
La vie ne cesse de décroître ;
Jour et nuit elle diminue,
Et rien jamais ne vient l'accroître.
Alors, comment ne mourrai-je pas ?

Méditer sur la séparation, c'est penser : « Je ne pourrai rester pour toujours en compagnie de mes amis, de mes proches, de mes richesses, de mes biens, de mon corps et de tout ce que j'estime tant. Bientôt il faudra que je les quitte. » La Marche vers l'Éveil :
Ignorant que je dois m'en aller En laissant tout derrière moi [...].
Ou encore, méditons sur la mort « de neuf manières », en trois étapes : pensons que la mort est certaine, que son heure est imprévisible et qu'alors rien ne sera d'aucune utilité.
Notre mort est certaine pour trois raisons : parce qu'il n'est personne dans le passé qui ne soit mort, parce que le corps est un phénomène composé, et parce que le temps qui nous reste à vivre diminue à chaque seconde.
Personne n'a jamais échappé à la mort. Ashvaghosha s'exclame :
As-tu trouvé, sur terre ou dans les cieux,
Des êtres qui soient nés mais qui ne meurent point ? L'as-tu entendu dire ? En as-tu même douté ?
Les rishis eux-mêmes, doués de pouvoirs miraculeux et d'une clairvoyance insondable, ne peuvent trouver le moyen de fuir en un lieu où l'on ne mourrait pas. Tous meurent. Alors, que dire de nous ? Ecoutons encore Ashvaghosha :
Les grands rishis doués de quintuple voyance Jusqu'aux confins du ciel peuvent bien s'envoler : Dans un pays sans mort ils ne pourront se rendre.
Mais ce n'est pas tout : les êtres sublimes comme les bouddhas-par-soi, les grands auditeurs et les arhats finissent eux-mêmes par abandonner leur corps. Inutile alors de mentionner les êtres ordinaires que nous sommes. Dans les Chapitres dits intentionnellement, on peut lire :
Si même les bouddhas-par-soi et les auditeurs des bouddhas
Doivent abandonner leur corps,
Que dire des hommes ordinaires ?

Il y a plus convaincant encore : les bouddhas eux-mêmes, qui sont venus sur terre parés des marques majeures et mineures, et dont la nature est indestructible comme le diamant, abandonnent finalement leur corps d'apparition. Une fois de plus, que dire de nous-mêmes ? Ashvaghosha demande :
Puisque même le corps des bouddhas
Sans exception, ce corps adamantin paré
Des marques majeures et mineures, est éphémère, Est-il besoin de mentionner le corps des autres êtres, Aussi creux que le tronc du bananier ?
La mort est inévitable, puisque notre corps est composé et que tout composé est impermanent et destructible, comme on peut le lire dans les Chapitres dits intentionnellement :
Hélas ! Les composés sont impermanents, sujets à la naissance et à la destruction.
Notre corps n'étant guère incomposé, il est éphémère et ne peut échapper à la mort.
Enfin, la mort est inévitable puisque, seconde après seconde, la durée de notre vie et nous rapproche un peu plus de la mort. Même si cela ne saute pas aux yeux, la mort approche inexorablement comme une flèche décochée par un puissant archer, un torrent qui dévale une montagne ou l'exécution à laquelle on mène le prisonnier.
Lorsque l'archer a décoché sa flèche, celle-ci file vers la cible sans marquer la moindre pause. De même, la vie se rapproche rapidement de la mort, sans s'arrêter nulle part un seul instant.
La corde à peine relâchée, La flèche de l'habile archer

Vole vers la cible sans jamais s'arrêter.
Il en va de même pour la vie des hommes.
Ainsi parlent les Chapitres dits intentionnellement.
L'image du torrent qui dévale les pentes sans répit illustre plus clairement encore comment la vie ne peut suspendre son cours un seul instant.
Amis, la vie s'écoule, rapide
Comme un torrent de montagne,
Mais les êtres puérils* en sont inconscients
Et s'enivrent, arrogants, de leurs sottes richesses,
lit-on encore dans la Dharani du précieux pinacle de la grande assemblée.
Et, toujours dans les Chapitres dits intentionnellement :
Comme le courant d'un grand fleuve, La vie s'écoule sans retour.
La troisième image est celle du condamné que chaque pas vers le lieu du supplice rapproche de la mort. Citons le sublime Soutra de l'arbre :

Tels les pas du condamné qui marche au supplice, Chacun de nos pas nous rapproche de la mort.
Et les Chapitres dits intentionnellement :
Comme le condamné qui est sûr de mourir Et dont chaque pas est un pas vers la mort, Ainsi l'homme va sa vie.
A présent, voyons l'incertitude de l'heure de la mort. Elle a trois causes : la durée de la vie n'est pas fixe, le corps n'a aucune consistance et les causes entraînant la mort sont foison.
Alors que la vie a une durée fixe chez les êtres humains des autres continents, la durée de la vie est incertaine sur notre continent de Jambudvipa.

Ici, elle n'est pas fixe : à la fin elle sera de dix ans, Alors qu'au début elle était incalculable, explique l'Abhidharma.
Les Chapitres dits intentionnellement décrivent cette incertitude
:
Certains meurent dans le ventre de leur mère,, D'autres meurent en naissant,
Certains quand ils savent tout juste ramper, Et d'autres quand ils peuvent courir,
Certains jeunes, d'autres vieux,
Et d'autres encore dans la force de l'âge, Mais peu à peu tous disparaissent.
« Le corps n'a aucune consistance » : uniquement composé de trente-six matières immondes, il ne possède rien de consistant, de ferme et de solide, comme l'explique la Marche vers l'Éveil :
Je détache d'abord, Mentalement, la peau.
Puis, avec l'épée de connaissance,
Je sépare la chair des os. J'ouvre ensuite les os, J'en scrute la moelle, Et me demande alors :
Y a-t-il là quelque chose de consistant ?
Les facteurs de mort, disions-nous, sont nombreux. En fait, il n'est rien qui ne puisse se transformer en cause de mort pour soi ou pour autrui, comme on peut le lire dans la Lettre à un ami :
Si cette vie que bat le vent de mille maux
Est plus précaire encore qu'une bulle sur l'eau, Il est miraculeux, après avoir dormi,
Inspirant, expirant, de s'éveiller dispos.
Rien ne sert à personne au moment de sa mort : ni la nourriture, ni les richesses, ni la famille, ni les amis, ni même le corps.

Ni la nourriture ni les richesses, dit la Marche vers l'Éveil.
Ayant acquis de nombreux biens
Et savouré de longs délices,
Comme un homme dépouillé par les voleurs, Nu et les mains vides, je m'en irai.
Les richesses sont non seulement inutiles au moment de la mort, mais elles sont nuisibles pendant cette vie et dans les vies suivantes. Pendant notre vie, elles nous font souffrir, car nous devons nous battre pour elles, les protéger contre les voleurs, et nous en devenons esclaves. Et dans les vies suivantes, la pleine maturation des actes auxquels elles nous ont contraints nous poussera dans les mondes inférieurs.
Les amis et la famille ne sont guère plus utiles alors. La Marche vers l'Éveil le dit bien :
Quand vient l'heure de la mort, Nul enfant ne te protège ;
Nul père, nulle famille
Ne peuvent t'offrir refuge.
Non seulement nos proches ne nous aident pas au moment de mort, mais ils nous nuisent dans cette vie et dans les suivantes. Dans cette vie, la crainte qu'ils meurent, qu'ils tombent malades, qu'ils échouent nous tourmente. Dans les suivantes, la pleine maturation des actes que nous aurons accomplis pour eux nous poussera dans les mondes inférieurs.
Quant au corps, il ne vaut plus rien. Ni par ses qualités, ni par
lui-même, il ne nous servira au moment ultime. Pour ce qui est
des qualités, comprenons que, même forts et braves, nous ne pourrons pas repousser la mort ; même rapides à la course, nous
ne pourrons la fuir ; même savants et beaux parleurs, nous ne pourrons nous tirer d'affaire par de brillants discours. La mort
est pareille au soleil qui se couche derrière les montagnes : nul ne peut l'arrêter ni la différer. Le corps est par lui-même inutile, comme la Marche vers l'Eveil le rappelle :
Ce corps, que tu avais à grand-peine formé, Que tu avais couvert et nourri avec soin, Les chiens et les rapaces le dévoreront, Il sera calciné, il pourrira dans l'eau
Ou enfoui dans un trou : il ne te suivra pas.
Non seulement le corps est inutile au moment de la mort, mais il est source de problèmes dans cette vie et dans les suivantes. Dans cette vie, nous ne supportons pas de tomber malades, d'avoir chaud, froid, faim ou soif ; nous craignons d'être battus, enchaînés, écorchés, massacrés, et tout cela nous cause de grandes souffrances. Dans nos vies futures, le karma que nous aurons créé pour notre corps nous plongera dans les mondes inférieurs.
Voici les leçons à tirer de l'impermanence qui frappe les autres :
Chaque fois que nous voyons mourir quelqu'un, chaque fois que nous entendons parler d'un décès ou que nous y pensons, méditons sur cette mort comme si c'était la nôtre.
Imaginons d'abord que nous sommes témoins de la mort d'autrui, d'un être proche par exemple. Il est vigoureux, il a le teint éclatant, il se sent bien et ne pense pas à la mort, mais voici qu'une maladie mortelle le frappe et que sa vigueur l'abandonne. Il ne peut plus même s'asseoir, son visage perd tout éclat, ses joues sont livides, ses sensations douloureuses, et rien n'arrête sa maladie ni ne soulage sa souffrance. Sa douleur est insupportable et ne s'atténue pas. Remèdes et traitements restent sans effet ; rituels et cérémonies ne l'aident guère plus. Il sait qu'il va mourir, qu'il n'y a rien à faire. Autour de lui se presse une dernière fois le cercle de ses proches. Il prend son dernier repas, il dit ses derniers mots. Rendez-vous compte alors que vous êtes identique à cette personne, que vous avez la même nature, que vous possédez les mêmes caractéristiques, que vous obéissez aux mêmes lois.

Dès que le moribond a rendu son dernier souffle, peu importe qu'on l'ait aimé, qu'il ait été indispensable, il n'est même plus digne de rester dans sa maison un jour de plus. On le ligote sur une civière, on le cale fermement et les croque-morts l'emportent. Alors, certains de ses proches étreignent le cadavre et se cramponnent à lui, certains fondent en larmes face contre terre, certains s'évanouissent, pendant que d'autres les sermonnent : « Vous avez perdu la raison, ce n'est plus que de la terre et des pierres ! » Prenons acte de ce que le cadavre a franchi la porte et ne reviendra plus jamais, dans quelque circonstance que ce soit, et réfléchissons comme au paragraphe précédent.
Procédons de la même manière en imaginant que, une fois le corps déposé dans un charnier, nous le voyons rongé par les vers, dévoré par les chiens et les chacals, les os éparpillés.
Que ces mêmes pensées nous viennent chaque fois que nous entendons parler de la mort des autres, lorsqu'on nous apprend qu'Untel a rendu l'âme ou qu'il y a un mort quelque part.
En pensant à la mort d'autrui, souvenons-nous de tous ceux, jeunes ou vieux, de notre région, de notre ville ou de notre demeure, avec qui nous avons vécu et qui à présent ne sont plus.
Procédons de nouveau comme nous l'avons vu en nous rappelant que, sous peu, nous subirons le même sort. On peut lire dans un outra :
Puisque, du jour ou du monde suivant, Nul ne sait lequel viendra le premier, Mieux vaut se consacrer à la vie prochaine Que de faire des plans pour le lendemain.

LES BIENFAITS DE LA MÉDITATION SUR L'IMPERMANENCE
comprendre que tous les composés sont éphémères, cela renverse notre désir immodéré de cette vie, ravive notre foi, soutient notre courage, nous délivre vite de l'attachement et de la haine, nous aide à réaliser l'égalité de toutes choses.


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