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La mort éveillée

 
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Seunam Gyamtso
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Message Posté le : 23 Avr 2006 22:15  Répondre en citant

Sujets sur les six bardos dans l'ordre :
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Science de l'esprit

Les 6 bardos #7

Bérou Khyentsé Rinpoché

La mort éveillée

Celui qui a poursuivi durant son existence un entraînement intensif fera en sorte de s'asseoir en posture de méditation lorsqu'il sentira venir le moment de la mort. Si ce n'est pas possible, on se couchera en adoptant la posture d'entrée en parinirvana du Bouddha : allongé sur le flanc droit, la main droite est glissée sous la joue, l'annulaire obturant la narine droite de façon à établir une circulation subtile qui favorise les dispositions positives et apaise l'esprit ; le bras gauche est posé sur le flanc gauche. Entrer ainsi dans la mort aide à dissiper les obstacles éventuels.

Rinpoché évoque la mort de Kalou Rinpoché : au moment où celui-ci est entré dans le processus de mort, il a manifesté le désir de s'asseoir en posture de méditation. Son entourage l'a aidé et a récité pour lui "les instructions qui permettent de voir clairement son yidam". Kalou Rinpoché est demeuré sept Jours durant parfaitement droit dans la posture. Lorsque le temps fut venu, lui furent données les instructions appropriées, qui disent : "Maintenant, fils de bonne famille, il te faut choisir entre te rendre dans les Terres Pures et y demeurer ou bien revenir pour le bien de tous les êtres. Il te faut désormais abandonner cette enveloppe charnelle afin de poursuivre ton chemin". A ce moment, la tête de Kalou Rinpoché a basculé sur le côté, et se produisit un écoulement de sérum d'une narine et d'un liquide rougeâtre de l'autre : ce sont les signes précis indiquant l'instant où la conscience individuelle quitte le corps, qui se sont donc manifestés très clairement.

Rinpoché raconte aussi l'histoire d'un de ses maîtres, Khempo Chimé, qui est mort seul à l'hôpital. Il demeurait dans une chambre individuelle et un serviteur s'occupait de lui. Peu de temps avant, le médecin lui avait dit ; " Il faut vous amputer les deux jambes, sans quoi je ne réponds de rien." Khempo Chimé répondit : "Non, je suis vieux maintenant, cela ne servirait à rien ; laissez-moi comme cela." Il demanda à son serviteur de l'habiller, puis, s'étant assis sur son lit, lui dit que tout allait très bien et qu'il pouvait vaquer à ses occupations. Se retrouvant seul, il fit "Ah, Ah" et expulsa son principe
conscient dans le Dharmakaya ; il demeura ensuite trois jours durant assis en méditation, immobile.

Il y a aussi l'histoire d'un Mahasiddha, yogi accompli, nommé Djamyang Tenpel, qui vivait au 19è siècle et fut disciple d'un des premiers Djamgœun Kongtrul. A l'origine, il était marchand, puis il réalisa subitement qu'il perdait son temps à parcourir le monde pour acheter et vendre des marchandises. Il conçut une profonde aversion pour le cycle des existences et demanda à recevoir des instructions. Les ayant reçues, il les mit en pratique, tant et si bien qu'il manifesta des accomplissements : il apparaissait à cheval dans l'espace en des endroits isolés ; c'était vraiment des productions miraculeuses. A la fin de sa vie, il souhaita demeurer en retraite dans une grotte ; il s'installa, continuant à méditer. Au moment de sa mort, on aurait dit quelqu'un de complètement malade et décrépi ; cependant, comme dernière preuve de sa réalisation, il griffa la roche, y laissant l'empreinte de sa main. Cette empreinte est toujours présente : Rinpoché l'a vue, étant lui-même allé méditer dans cette grotte. On raconte aussi qu'il avait une chèvre apprivoisée qui a laissé les empreintes de ses cornes sur le plafond de la grotte... Elle devait elle aussi voler quelque peu !

Rinpoché a connu un autre yogi de ce niveau, mort il y a seulement trois ou quatre ans, qu'il a rencontré lorsqu'il était retourné au Tibet. Ce yogi pratiquait une forme d'ascèse qui lui permettait de ne se nourrir chaque jour que d'une pincée de farine d'orge grillée et d'un peu d'eau. Il subsista ainsi pendant plus de vingt ans, méditant à plus de quatre mille mètres d'altitude, vêtu simplement d'un vêtement de coton blanc. Il vivait dans une sorte de hutte faite de rochers assemblés les uns contre les autres, y demeurant tout à fait serein et en parfaite santé.

Il existe beaucoup d'autres grands lamas comme cela. Notamment dans le monastère de Rinpoché en Inde, se trouve un lama qui peut s'il le désire arrêter de respirer pendant trois ou quatre heures, ou bien demeurer en méditation sans interruption et sans dormir : il n'a jamais sommeil ! Il y a deux ans, ce lama annonça à son entourage qu'il avait vu des signes de mort prochaine. Il est entré dans le processus de la mort, et au moment où il allait passer la limite au-delà de laquelle on ne revient pas, il a entendu une voix féminine qui lui a dit que ce n'était pas encore le moment de mourir et qu'il fallait attendre. Le processus s'est interrompu et il est revenu de l'"au-delà". Il vit toujours dans un monastère de Rinpoché.




Dernière édition : Seunam Gyamtso le 24 Avr 2006 11:23; Edité 2 fois
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Seunam Gyamtso
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Message Posté le : 23 Avr 2006 22:15  Répondre en citant

Science de l'esprit

Les 6 bardos #8

Bérou Khyentsé Rinpoché

QUESTIONS/REPONSES

- Est-il plus souhaitable pour un pratiquant d'être enterré ou incinéré ?

Cela ne fait pas de différence.

- Est-il préférable de réserver la lecture des Prières du Bardo aux mourants pour les personnes connectées au Dharma ou ayant pris refuge ? Peut-on les utiliser dans le contexte d'une grande catastrophe, par exemple ?

Dans tous les cas, on peut utiliser les Prières du Bardo pour accompagner une personne dans la mort, qu'elle soit bouddhiste ou non. puisque ces prières sont une incitation à la reconnaissance de la nature propre de son esprit et de ses projections.

- Est-ce que le bardo est propre à l'humain, ou bien est-ce qu'on le retrouve chez les animaux, dans le règne végétal, minéral, dans des entités comme la terre, les planètes ?

Tous les êtres vivants (tout ce qui possède un esprit, une conscience) passent dans le bardo. II y a deux exceptions à cela.
Les êtres qui ont accumulé un karma extrêmement négatif, à l'instant de leur mort renaissent directement dans les états infernaux sans passer par le bardo, du fait de la puissance de leur karma qui court-circuite pratiquement toutes les phases du processus. L'autre exception s'applique aux êtres qui à l'opposé, sont extrêmement purifiés et qui sont libres de toute trace de karma qui les maintiendrait dans l'illusion du bardo ; au moment de la mort, ils passent donc directement dans les Terres Pures.

- Dans notre état d'ignorance, il nous est impossible de savoir si nos actions sont vraiment justes et donc si, dans le bardo, on bénéficiera de bonnes conditions. Quelles "garanties" peut-on avoir par rapport à cela ?

La seule chose que nous puissions faire de notre vivant c'est nous efforcer d'observer une éthique correcte, d'appliquer la pratique juste qui nous est enseignée, de développer une bonne motivation ; si nous nous y appliquons sincèrement, sans aucun doute, dans le bardo nous bénéficierons de bonnes conditions. Il n'y a pas d'autre garantie possible ! Durant notre existence, si nous pouvons nous entraîner à reconnaître la véritable nature des phénomènes, par exemple dans le rêve, il est évident que cela nous sera d'une grande aide dans le bardo.

- On peut établir un parallèle entre le bardo du rêve et le bardo du moment de la mort. Est-ce que notre comportement au sein des rêves peut être une indication sur notre attitude au moment de la mort ? Par exemple, on peut dans le rêve rencontrer des situations très douloureuses et réagir instantanément — dans le rêve même — en récitant certains mantras ou en appliquant certaines pratiques ; ceci peut-il être la preuve d'uneévolution de la pratique ayant établi des tendances suffisamment profondes dans l'inconscient pour y retrouver une aide dans le bardo ? Ainsi, malgré la peur, on serait enclin à prier Tchenrézi par exemple...

Effectivement, le comportement dans le rêve face aux circonstances encourues peut donner une indication assez précise du comportement que l'on pourrait avoir dans le bardo, puisque ce sont des tendances spontanées, inconscientes qui vont se manifester ; ainsi, réciter des mantras est positif. Mais c'est encore mieux si, dans le rêve même, se trouvant par exemple dans une situation périlleuse, on se dit : "C'est une illusion, quelque chose qui va se dissiper" ; alors, le danger dans le rêve se dissout effectivement. C'est excellent parce que cela induit dans l'esprit une tendance à considérer la réalité extérieure comme illusoire et, dans le bardo où l'on se trouve soumis à de grandes terreurs, cette tendance va resurgir et nous permettre de reconnaître en fait les apparences du bardo pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire des créations de notre propre esprit par exemple, reconnaissant les lumières aveuglantes et effrayantes du bardo comme étant la luminosité de l'esprit même, on pourra s'en libérer et les dissoudre au moment où elles apparaissent.

- Est-ce que le fait de ne pas rêver peut être considéré comme quelque chose de positif ou non ?

Il faut faire une distinction : le fait de ne pas rêver lorsqu'on est un bodhisattva parvenu à la deuxième terre d'Eveil est excellent, car cela signifie que l'on a déjà grandement purifié le voile des tendances inconscientes ; quant à un être ordinaire, en général cela signifie simplement qu'il ne se souvient pas de ses rêves.


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