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Le bardo du devenir

 
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Auteur Message
Seunam Gyamtso
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09 Jan 2006
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Message Posté le : 23 Avr 2006 22:20  Répondre en citant

Sujets sur les six bardos dans l'ordre :
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Science de l'esprit

Les 6 bardos #14

Bérou Khyentsé Rinpoché

Le bardo du devenir

Nous avons vu que le méditant excellent qui, s'étant entrainé de son vivant à la méditation, avait reconnu la Claire lumière du chemin et pouvait se libérer dans le meilleur des cas au moment de la mort. Le méditant un peu moins qualifié se libèrera au moment du bardo de la Claire lumière du dharmata. Le méditant de capacité moindre pourra se libérer durant le bardo du devenir. Pour la majorité des êtres, ordinairement, la Claire lumière fondamentale n'apparait que pour un temps très bref et n'est pas reconnue comme telle, l'esprit demeurant comme aveugle, fermé à sa reconnaissance.
La conscience, dès lors, tombe dans une sorte de coma dépourvu de tout phénomène mental, un peu comme le sommeil très profond, état qui peut durer de quelques instants à quelques jours en fonction des individus. Puis on va émerger de cet état d'inconscience, ce qui marque l'entrée dans le bardo du devenir. La durée de ce bardo varie selon les individus : certains peuvent demeurer prisonniers de cet état intermédiaire pendant très longtemps, étant bloqués pour une raison ou une autre ; pour d'autres, c'est un passage qui dure simplement quelques instants ou quelques jours. On considère traditionnellement que la durée maximum du bardo du devenir est de quarante neuf jours.
II existe des signes extérieurs qui indiquent que la personne a quitté le bardo du dharmata et est entrée dans le bardo du devenir. Il se produit en général un écoulement au niveau des narines ou de l'orifice sexuel. Ceci n'a rien à voir avec le relâchement des sphincters qui se produit au moment de la mort ; c'est un phénomène qui se produit beaucoup plus tard, à l'issue du bardo du dharmata, donc jusqu'à deux ou trois jours après le moment de la mort selon les individus.
L'apparition de ces signes marquent donc l'entrée dans le bardo du devenir qui se termine au moment où la conscience entre dans un nouveau processus de renaissance, à travers une matrice ou autre.

Le corps mental

Dans le bardo du devenir, on est doté de ce qu'on appelle un "corps mental". Ce corps mental est en fait le reflet de nos tendances inconscientes ; tout comme celui auquel on s'assimile dans le rêve, il est le fruit de nos expériences, de notre vécu, et ressemble donc en tous points à celui que nous avions de notre vivant, à la seule différence qu'il apparait comme parfaitement complet : même si l'on était sourd, aveugle, infirme ou estropié en cette existence, le corps mental du bardo du devenir apparait tout à fait complet et opérationnel. Tout comme notre individualité psychophysique en cette vie était formée des cinq agrégats, cristallisation de nos tendances profondes, de la même façon ces tendances inconscientes vont dans le bardo réunir les loungs, les éléments subtils et mentaux qui créent l'illusion d'un corps semblable à celui qu'on expérimente dans le rêve, base d'expériences sensorielles.
Ce corps mental peut se déplacer sans aucun obstacle, traversant porte, mur ou montagne sans difficulté ; on se rend instantanément là où nous portent nos pensées. Il est dit de ce corps mental qu'il génère sa propre lumière. En effet, ordinairement, pour percevoir ce qui nous entoure, nous avons besoin non seulement de nos yeux mais aussi d'une lumière naturelle ou artificielle qui se réfléchisse sur les objets ainsi perceptibles par l'intermédiaire de l'organe visuel. Le corps mental, quant à lui, est dépourvu de matérialité et ne possède
donc pas d'organe visuel. Lorsqu'on dit qu'il génère sa propre lumière, cela ne signifie pas qu'il rayonne comme une lampe, mais qu'il n'a pas besoin d'une source de lumière extérieure pour percevoir les objets ; c'est un peu comme dans le rêve où la lumière extérieure n'est pas nécessaire pour percevoir les objets oniriques.
Dans le bardo, il est impossible de se nourrir de substances matérielles. Néanmoins les êtres du bardo expérimentent la faim et la soif qui peuvent toutefois être apaisées par l'odeur d'aliments si ceux-ci leur sont spécialement dédiés, sinon cela n'a aucun pouvoir de les soulager. Lorsqu'on évolue avec ce corps mental, on possède d'une manière erratique et limitée certaines facultés supra-normales comme la clair-audience, la clairvoyance, la télépathie, etc…, qui apparaissent de façon fragmentaire et instable au gré des circonstances. Les êtres du bardo qui sont karmiquement très proches les uns des autres ont la possibilité de se percevoir.
Une autre caractéristique du corps mental est son extrême instabilité : actuellement, notre principe conscient est ancré, circonscrit à un corps physique qui assure une certaine stabilité relative. Débarrassé de ce corps physique, la conscience du corps mental est extrêmement mouvante et volatile. Il suffira de penser à quelqu'un, par exemple, pour se trouver instantanément en face de cette personne, sans que celle-ci puisse évidemment nous percevoir. Puis, dès que la pensée vacille un peu et qu'on perd sa concentration, on se retrouve en face de quelqu'un d'autre ou dans un lieu totalement différent; on est ainsi constamment projeté d'une situation à une autre au gré des fluctuations mentales. La réalité dite "objective", considérée comme extérieure, s'exprime d'une manière tout à fait chaotique reflétant directement l'agitation de nos pensées. Ceci n'apparait pas comme étant extraordinaire au départ, mais finit par se révéler progressivement et être reconnu comme "état post-mortuaire".


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