Il faut comprendre l'intérêt pour la philosophie bouddhiste dans le contexte trés critique dans lequel se trouve actuellement la philosophie en Occident. Depuis deux siècles, en effet, toutes les grandes catégories autour desquelles la philosophie occidentale s'était structurée ont été battues en brèche. Ce que Kant appelle les trois idées transcendantales ont été laminées : le sujet comme moi substantiel, le monde comme organisation des phénomènes dans le temps et dans l'espace. Dieu comme pensée organisatrice de l'ensemble du réel. Ayant rongé ses propres racines, la pensée philosophique européenne se trouve aujourd'hui dans une grande détresse. Elle a développé un complexe d'infériorité par rapport aux sciences positives auxquelles elle a abandonné l'effort d'interprétation du monde. D'un côté elle a évolué vers un certain nihilisme, de l'autre elle s'est repliée vers des questions modestes et techniques, comme l'analyse du langage. Voilà, à côté de bien d'autres aspects, l'une des raisons pour lesquelles la philosophie bouddhiste exerce un grand attrait actuellement en Occident. Le bouddhisme échappe en effet à ces critiques démystifiantes : pour lui, il n'y a pas de sujet substantiel (l'homme est en devenir permanent) ; il se place dans une échelle de temps et d'espace illimitée ; il est sans l'idée d'un Dieu créateur. De plus, il ne prétend pas fournir une explication globale et totalisante du monde. D'une certaine manière, le bouddhisme permet de recontacter l'interrogation philosophique avec les questions du sens et du salut, questions délaissées par la pensée philosophique occidentale contemporaine. |