1. Présentation
bouddhisme, l'une des grandes religions du monde, apparue au nord de l'Inde au vie siècle avant notre ère, et fondée sur les enseignements du
Bouddha historique.
L’enseignement du bouddhisme repose sur la vie et l’expérience de
Bouddha. Selon la tradition, après avoir passé plus de sept ans à fréquenter les ascètes de son pays, il aurait réfuté les principes philosophiques essentiels de l’hindouisme et aurait fondé une communauté monastique dans le but de partager son expérience d’Éveil.
Héritier des principes essentiels de l’hindouisme, le bouddhisme reconnaît la transmigration des âmes de tous les êtres vivants, selon un cycle infini (samsara) dont la nature dépend des actes accomplis au cours des vies antérieures (karma). Il affirme également que l’expérience de l’extinction du désir et la prise de conscience de l’illusion de l’être sont le chemin qui mêne au terme de l’enchaînement des renaissances (nirvana). Il nie cependant tout caractère individuel à l’âme humaine et refuse donc de l’identifier au brahman (âme universelle) des hindouistes.
Né en Inde au vie siècle avant notre ère dans le bassin moyen du Gange, le bouddhisme a connu une expansion et un rayonnement qui en font aujourd’hui l’une des plus grandes religions du monde. De nombreuses écoles ont vu le jour, définissant au fil du temps trois courants essentiels : le Petit Véhicule (ou
mahayana , resté proche de l’une des plus anciennes sectes bouddhiques, le Theravada), le Grand Véhicule (ou Hinayana) et le Véhicule Tantrique (ou
Vajrayana). Aujourd’hui, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Laos et la Birmanie sont des pays de religion bouddhiste, dans la tradition du Petit Véhicule. Le bouddhisme du Grand Véhicule est répandu dans tout le reste de l’Asie, et notamment au Japon, au Viêt Nam et en Corée. Quant au bouddhisme du Véhicule Tantrique, on le trouve surtout en Mongolie ou au Tibet.
Il y aurait aujourd’hui environ 350 millions de bouddhistes dans le monde. Il ne s’agit là que d’une estimation, l’adhésion religieuse n’étant généralement pas exclusive dans les pays asiatiques, tandis que la vague occidentale d’intérêt pour le bouddhiste reste difficile à quantifier.
2. Les origines du bouddhisme en Inde
L’enseignement de
Bouddha fut uniquement oral, l’écriture n’étant pas encore fixée en Inde à l’époque de sa vie. Son message fondamental, relativement simple, enjoint les hommes qui le désirent à le suivre, et non à le croire.
1. La vie du Bouddha historique
Si personne ne conteste plus l’historicité de
Bouddha, les sources concernant sa vie restent extrêmement fragmentaires. Les premiers textes conservés, héritiers d’une très longue tradition orale, sont des textes en pali, des textes en sanskrit et un texte chrétien, la Légende de Rê ; ils datent du début de l’ère chrétienne.
Les bouddhistes du Petit Véhicule situent la vie de
Bouddha entre 623 et 543 av. J.-C. Gautama est vraisemblablement le nom de naissance de
Bouddha (ce dernier nom, le plus connu, étant son nom posthume signifiant « l’Éveillé »), également connu sous le nom de Siddharta (« celui qui a atteint son but »), ou Shakyamuni (« sage des Shakya »).
Né à Kapilavastu, au sud de la frontière entre l’Inde et le Népal, sur le versant indien de l’Himalaya, Gautama est le fils du roi Shuddhodana du royaume des Shakya et de la reine Mahamaya. Sa naissance est entourée d’événements extraordinaires, et les oracles lui prédisent un avenir exceptionnel : il doit devenir le plus grand des sages ou bien le plus grand des rois. Son père met alors tout en œuvre pour que le jeune prince ne soit pas détourné de la souveraineté, et l’entoure de tous les plaisirs pour qu’il ne ressente aucun désir.
A l’âge de vingt-neuf ans, Gautama quitte pour la première fois le palais en compagnie de l’un de ses serviteurs. Lui qui n’a jamais rien connu d’autre que les plaisirs faciles d’une existence dorée rencontre un vieil homme, un malade, un mort et un ascète. Il comprend alors qu’existent des souffrances contre lesquelles la richesse ne peut rien, mais que certains hommes ont choisi de chercher le chemin spirituel qui mène à leur extinction.
Gautama décide alors de partir, seul, en quête de ce chemin que l’ascète lui a laissé entrevoir. Il fréquente d’abord différentes communautés brahmaniques, mais leur enseignement ne lui suffit pas. Finalement, il rencontre une petite communauté de cinq ascètes. Avec eux, il livre son corps à une ascèse impitoyable, enchaînant exercices spirituels et physiques pratiqués à la limite de la vie, dans le but de percer les secrets de la condition humaine.
Au bout de sept années cependant, Gautama entrevoit la vanité de cette pratique, rompt le jeûne et reprend son errance. Il marche longtemps, avant de s’arrêter à Bodh Gaya, près d’un figuier pipal, sous lequel il entre en méditation. Triomphant des pièges tendus sur son chemin par la déesse de l’illusion Mara, il atteint ainsi l’Éveil (nirvana), la connaissance profonde et infinie du passé, de la vie et de la mort.
2. Les enseignements du Bouddha
Ayant atteint l’Éveil,
Bouddha n’envisage tout d’abord pas d’en partager le chemin, tant celui-ci lui paraît difficile à suivre. Mais Brahma, l’un des dieux les plus importants du panthéon hindou, lui apparaît, et parvient à le convaincre de « mettre en branle la Roue de la Loi ».
Ses premiers disciples sont ses cinq anciens compagnons d’ascèse. Il prononce devant eux son premier sermon, connu sous le nom de sermon de Bénarès ou sermon du Parc aux gazelles, dans lequel il enseigne les « Quatre Nobles Vérités », ainsi que le principe de la « Voie du milieu », qui préconise la modération en toutes choses, y compris en ce qui concerne la quête spirituelle. La première communauté monastique (sangha) est ainsi fondée.
Bouddha reste moine toute sa vie, parcourant le bassin du Gange en prêchant sa doctrine (dharma) à la saison sèche et faisant retraite à la saison humide. Ayant atteint un âge fort avancé, il s’éteint à Kusinagara, connaissant enfin le nirvana complet (parinirvana), c'est-à-dire la cessation du cycle des renaissances. Son corps est brûlé, et ses ossements sont enterrés en divers endroits, là où seront ensuite construites les futures stupa.
2.1. Les Quatre Nobles Vérités
2.1.1. Première vérité : tout est souffrance
Naître, vieillir, être malade, mourir, être séparé de ce qu’on aime, ne pas obtenir ce que l’on désire : la vie humaine s’identifie avec la souffrance (dukkha), et la racine de cette souffrance se trouve dans la conscience de l’impermanence de toute chose.
2.1.2. Deuxième vérité : l’origine de la souffrance est dans le désir
L’homme ne cesse de désirer. Son désir est quotidien et porte sur les objets et les êtres les plus triviaux, mais il désire également ne pas mourir et ne pas renaître. Aucun de ses désirs ne peut être assouvi, mais tous conduisent à des actes, qui eux-mêmes s’inscrivent dans le karma, entraînant rétribution et renaissance.
2.1.3. Troisième vérité : il existe un état de cessation de la souffrance
L’absence de désir entraîne la cessation de l’action, et donc du mécanisme des renaissances : c’est le nirvana (« extinction » en sanskrit).
2.1.4. Quatrième vérité : il existe un moyen d’atteindre cet état de cessation de la souffrance
Faire cesser le désir passe par un chemin spirituel en huit étapes, le Chemin-à-huit-Branches : compréhension juste, pensée juste, parole juste, action juste, moyens d’existence justes, effort juste, attention juste et concentration juste.
De ces quatre nobles vérités, le bouddhisme tire certaines conséquences, qui concernent notamment la nature du Soi, le samsara, le karma, et le nirvana.
2.2. Nature du Soi
L’hindouisme supposait l’existence de l’
atman (souffle vital), terme métaphysique désignant le « Soi » le plus intime de chaque créature, qui la rattacherait à l’universel et qui, captif du monde matériel et des renaissances successives, aspirerait à la délivrance.
Le bouddhisme rejette l’existence de l’
atman, et réduit le Soi à une création momentanée et fortuite, due à la coopération mutuelle des cinq éléments physiques et moraux (
skandha) qui composent l’homme : la corporéité, les sensations, les perceptions, les désirs et les connaissances. Ces éléments étant impermanents, l’homme, qui n’en est que la combinaison temporaire, ne peut être lui aussi que voué à l’impermanence.
2.3. Samsara
Bouddha affirme ainsi que toute existence est conditionnée par le non-soi (anatman), l'éphémère (anitya) et la souffrance (dukkha), ce qui lui impose également une reformulation de la conception indienne du cycle des renaissances : il envisage alors l’existence de douze facteurs interdépendants dont l’enchaînement causal (pratityasamutpada, littéralement « production conditionnée ») est à l’origine de la souffrance : de l'ignorance naissent les formations mentales, d’où naissent les pensées conscientes, d’où naît l’activité physique et psychique, d’où proviennent le fonctionnement des sens et l’activité mentale, d’où naît le contact avec le monde, d’où naissent les sensations, d’où provient le désir, d’où naît l’action, d’où provient le devenir, d’où provient la renaissance, d’où naît ainsi la souffrance.
Cet enchaînement déclenche donc le processus de la renaissance, produisant ainsi un cycle sans cesse renouvelé de naissances et de morts. Par le biais de cette chaîne de causalité, un lien s'établit bien entre l'existence présente et celle à venir, mais cette conception d'un flux d'existences multiples s'oppose en fait à celle de l’existence d'un « Soi » permanent, qui transmigrerait de vie en vie.
2.4. Karma
De même que la flamme d’une lampe n’est jamais la même puisqu’elle se nourrit d’un combustible perpétuellement renouvelé, de même l’âme est-elle constamment recréée par une union nouvelle des cinq éléments, qui s’agrègent selon la loi du karma. Une personne périt, une autre renaît, et la seconde, différente de la première, en dépend pourtant.
Notion fondamentale de la philosophie hindoue, le karma prend ainsi avec le bouddhisme une nuance plus morale : les actions des hommes conditionnent leurs vies futures, les bonnes actions étant source de bienfaits et les mauvaises d’inévitables sanctions. Le karma de chacun détermine ainsi son apparence, son intelligence, sa longévité ou sa richesse, mais surtout son statut : animal, habitant des enfers, dieu du panthéon hindou, ou bien humain — et au sein de cette dernière catégorie, homme, femme, brahmane, guerrier ou sans caste.
Le bouddhisme privilégie d’emblée la naissance humaine, plus particulièrement celle du moine prêt à consacrer sa vie à l’étude et à la méditation. Les dieux ont certes une existence plus agréable que les hommes, mais ils se préoccupent plus de leur plaisir que de l’Éveil, tandis que les autres catégories d’êtres vivants n’ont pas même les moyens d’y penser.
2.5. Nirvana
Selon l’enseignement bouddhiste, le but ultime est la juste compréhension de la nature du monde et des hommes, chemin qui mène à la rupture de la chaîne des existences et de son cortège de souffrances. Ce but est le nirvana, un état d'Éveil où les feux du désir, de la haine et de l’illusion se sont éteints.
Le nirvana n'est pas un néant, mais un niveau « autre » de conscience, qui dès lors se trouve au-delà des définitions et des concepts. Le nirvana complet (parinirvana) n’existe que dans la non-action, elle-même — du point de vue des vivants — relativement proche de la mort. On ne reste donc pas en nirvana, même l’Éveil atteint ; en revanche, on peut choisir de rester « sur terre » pour continuer sa pratique et enseigner la voie, afin également de se débarrasser de ses dernières parcelles de karma et d’entrer, au moment de sa mort humaine, en nirvana complet.
Le nirvana n’est pas un lieu, et n’a rien à voir avec le bonheur ou le plaisir. Cependant la conception primitive, très spirituelle, du nirvana s’est parfois rapprochée, dans les formes ultérieures du bouddhisme, de celle d’un Paradis plus proche de celui des Chrétiens.
3. La doctrine bouddhique
Le bouddhisme ne recherche pas l’adhésion de la masse, puisqu’il suppose, pour être compris et suivi, l’état monastique. Aux laïcs, il conseille une vie simple, dans l’obéissance aux préceptes, et la générosité envers les moines, leur laissant l’espoir d’une meilleure renaissance. Aux moines, il propose une vie de prières et de privations, au sein d’une confrérie de moines mendiants qui n’exercent aucun sacerdoce mais qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin du salut. Le bouddhisme, s’il a connu de nombreuses transformations dans le temps, est d’ailleurs resté, partout et toujours, une pratique de moines.
3.1. La vie monastique
La première communauté (sangha) fondée par
Bouddha n’est pas régie par des règles strictes. Mais, après sa mort, la vie monastique s’entoure rapidement de préceptes et de défenses, qui seront par la suite mis par écrit dans les textes du Sutra Vinaya, l’une des Trois Corbeilles (tripitaka) du canon bouddhiste.
Devenir moine (bhikhu) suppose d’abord d’être accepté par la communauté, puis de recevoir, au terme d’un noviciat plus ou moins long, l’ordination définitive. Le nouveau moine reçoit alors sa robe et son bol, et prononce ses vœux définitifs, par lesquels il s’en remet aux Trois Refuges (triratna) du bouddhisme :
Bouddha, la loi (dharma) et la communauté (sangha). La vie d’un moine s’organise autour de quelques défenses essentielles : ne pas tuer de créature vivante, ne pas voler, ne pas connaître de pensée impure, ne pas mentir, ne pas consommer d’alcool, s’abstenir sexuellement, rester célibataire, ne pas manger après midi, ne pas posséder d’objets précieux, etc.
Traditionnellement, un moine voyage seul ou en compagnie d’un disciple, la tête rasée, vêtu d’une simple robe orangée découvrant son épaule, ne possédant que son bol pour l’aumône de riz quotidienne. Du lever du soleil à midi, il mendie sa nourriture, son après-midi étant consacrée à l’étude et à la contemplation. Il ne rejoint sa communauté qu’à la saison des pluies, lorsque le sol devenu impraticable empêche son errance.
La vie monastique est rythmée par le « rituel de la confession » (uposatha), organisé les jours de nouvelle et de pleine lune. Il s’agit de réciter les règles et de confesser publiquement les manquements. Les moines célèbrent également la fin de la saison des pluies, l’anniversaire de l’entrée en nirvana du
Bouddha et l’anniversaire de sa victoire sur la déesse de l’illusion Mara.
Au fil du temps, les moines se sédentarisent, s’organisant en communautés parfois très puissantes. Vivant d’aumônes et ne payant pas d’impôts, ils seront parfois persécutés, notamment en Chine ou la multiplication des monastères sera à l’origine de la disparition progressive du bouddhisme dans ce pays. Selon les lieux et les époques, les monastères se rapprocheront ainsi de forteresses, d’universités ou de riches exploitations terriennes.
Il est évident que la communauté bouddhique, en faisant l’impasse d’un message spirituel suffisamment simple et fort, ne pouvait qu’éclater rapidement : bientôt les écoles se multiplient, tandis que divers syncrétismes populaires font leur apparition.
3.2. Le bouddhisme laïc
Le bouddhisme laïc est assez éloigné de celui des moines, en ceci qu’il n’est pas fondé sur une pratique, mais plutôt sur l’observance de quelques règles et sur un culte solitaire, qui s’accroche, selon les lieux et les époques, à différents matériels : stupa ou autel des monastères ouverts aux offrandes publiques, autels domestiques, statues, etc.
L’absence de rites laisse la voie ouverte à un culte syncrétique qui prend rapidement des formes très diversifiées, se mêlant aux croyances populaires ainsi qu’aux autres religions. Des pèlerinages s’organisent, vers des lieux tels que ceux de la naissance de
Bouddha, de son Éveil, de son premier sermon, de sa mort, etc.
Les nouvelles formes de bouddhisme, qui s’ouvrent aux classes populaires en leur promettant le salut dans cette vie et se montrent plus proches des préoccupations quotidiennes des hommes du commun, entraînent une vague massive d’adhésions. Le calendrier bouddhique s’enrichit rapidement de très nombreuses fêtes, dont les dates et les objets dépendent des lieux et des époques. Les plus largement répandus sont les rites de protection et les fêtes consacrées aux âmes des morts.
3. Les premiers développements du bouddhisme
Bouddha ayant toujours refusé de se désigner un successeur, la communauté, pour assurer son unité et l’authenticité de son enseignement, entreprend d’emblée de se réunir périodiquement afin de définir les lignes directrices de la doctrine et de la pratique, puis de consigner par écrit la tradition bouddhiste. Ces tentatives pour maintenir l’orthodoxie ne peuvent cependant empêcher le bouddhisme de se diviser, et ce dès les premières années de son développement.
1. Les conciles fondamentaux
Le premier concile a lieu seulement quelques jours après la mort de
Bouddha, à Rajagrha (aujourd’hui Rajgir). Les moines entreprennent de se remémorer l’ensemble des enseignements de leur maître, afin d’en fixer les traditions : c’est de cette façon que les textes seront conservés jusqu’au début de l’ère chrétienne.
Il apparaît pourtant difficile de fonder une réelle orthodoxie en se fondant uniquement sur la mémoire humaine. Ainsi, lors du deuxième concile, qui a lieu un siècle plus tard à Vaishali, une première querelle éclate à propos de la perfection des hommes entrés en nirvana, divisant la communauté entre Mahasamghika (en sanskrit « la grande assemblée ») et Sthaviravadin (en sanskrit « adeptes de la voie des anciens »). D’autres querelles suivent, à propos de la nature du Soi, de l’existence des choses, de l’utilisation de l’argent, de la consommation de vin, etc. Finalement, une vingtaine de sectes sont ainsi fondées, parmi lesquelles l’école Theravada, seule survivante de ces sectes traditionnelles, et d’où provient la quasi totalité des textes de toutes les écoles bouddhiques actuelles.
Le troisième concile, organisé à l’initiative du roi Ashoka, se tient à Pataliputra (aujourd’hui Patna) au IIIe siècle av. J.-C. Les savants du bouddhisme primitif y débattent longuement de certains points de doctrine essentiels, telle que la question de l’existence de l’âme, et définissent une orthodoxie, excluant ceux qui ne s’y conforment pas. C’est sans doute au cours de ce concile également que sont compilés les premiers écrits bouddhiques (tripitaka), et qu’est prise la décision de soutenir l’expansion de la doctrine bouddhiste vers les pays voisins, par l’envoi de moines ambassadeurs.
Un quatrième concile, dont toutes les sources ne font pas mention, et que certaines citent d’ailleurs en lieu et place du troisième, aurait eu lieu au Cachemire ou à Jalandhara, pendant le règne de Kaniska, sans doute aux alentours de l'an 100 apr. J.-C. Il n’est pas reconnu par le Theravada.
2. Naissance et développement du bouddhisme scripturaire
Les traditions du bouddhisme sont finalement consignées par écrit durant le Ier siècle av. J.-C, en sanskrit, ou en pali (un dialecte populaire sans doute dérivé du sanskrit) selon les écoles. Si aucun canon complet en sanskrit n'a survécu à l'usure du temps, il existe en revanche une version en pali, dont la quasi-totalité a été conservée.
2.1. Les textes canoniques
L'ensemble des écrits bouddhistes est rassemblé dans trois recueils distincts connus sous le nom de tripitaka ou Trois Corbeilles : le Sutra pitaka, qui rassemble les prédications du
Bouddha historique ; le Vinaya pitaka, qui rassemble les prescriptions concernant la vie des moines ; et l'Abhidharma pitaka qui rassemble différents exposés concernant la doctrine bouddhique.
Le Sutra pitaka, dont il ne reste qu’une seule version complète, en pali, se présente comme une sorte de dialogue entre
Bouddha et ses disciples et se divise en cinq parties : Digha nikaya (recueil de textes longs), Majjhima nikaya (recueil de textes de longueur moyenne), Samyutta nikaya (recueil de textes variés), Anguttara nikaya (recueil de textes groupés) et Khuddaka nikaya (recueil de textes mineurs). Dans la cinquième partie, les Jakata, récits des vies antérieures du
Bouddha, et les Dharmapada, sentences religieuses, qui proposent un résumé des enseignements du
Bouddha concernant la discipline mentale et la moralité, sont particulièrement populaires.
Le Vinaya pitaka est un ensemble de traités à propos de la discipline, dont il reste six textes complets, parmi lesquels on peut citer Patimokkha (confession publique des péchés), Mahavagga (prescriptions quotidiennes), Suttavibhanga (commentaires des péchés). Il contient plus de deux cent vingt-cinq règles qui déterminent la conduite des moines et nonnes bouddhistes. Ces règles sont accompagnées d'une anecdote qui en expose la raison d'être et sont classées en fonction de la gravité de l'offense qui résulte de leur violation.
L'Abhidharma pitaka est divisé en sept parties qui comprennent des classifications détaillées des phénomènes psychiques, des analyses métaphysiques et un thesaurus de vocabulaire technique. Bien que ces textes fassent autorité, ils ont en vérité peu d'influence sur les laïcs. Le canon complet, très étoffé, existe également en version chinoise et tibétaine.
2.2. Les textes postcanoniques
Le premier et l’un des principaux textes postcanoniques du bouddhisme traditionnel est le Milindapanha (« questions du roi Milinda »), écrit au IIe siècle apr. J.-C, sous la forme d'un dialogue traitant de problèmes fondamentaux de la pensée bouddhiste.
Aux ive et ve siècles de notre ère, Buddhaghosa, Buddhadatta et Dhammapala rédigent un ensemble de commentaires des textes canoniques, parmi lesquels le plus important est le Visuddhimagga (« voie de la purification »).
C’est aussi à cette époque que s’affirme le bouddhisme de l’école
mahayana , du Grand Véhicule. Sont alors tirés de la tradition orale de nombreux textes, parmi lesquels quelques sutras majeurs portant sur les bodhisattvas, l’éveil, la vacuité, la nature des choses, ainsi que les prodiges et les éléments merveilleux de la vie de
Bouddha.
Les adeptes du Theravada considèrent que les textes des Trois Corbeilles constituent l’ensemble fermé de la tradition orale transmise par
Bouddha. Les partisans du
mahayana en revanche se réfèrent à un ensemble de textes beaucoup plus large, parmi lesquels on pourra citer le Saddharmapundarika sutra (sutra du Lotus de la Vraie Loi, communément connu sous le nom de sutra du Lotus), l'Avatamsaka sutra (sutra de la Guirlande des
Bouddha) et le Lankavatara sutra (sutra de la Descente du
Bouddha au Sri Lanka), ainsi qu'un groupe de textes connu sous le nom de Prajnaparamita (Perfection de la Sagesse) et figurant parmi les écrits les plus importants du corpus du
mahayana .
3. Conflits et nouveaux groupements
3.1. mahayana
Des controverses qui surgissent dès la mort du
Bouddha historique, et de la vingtaine d’écoles qui en naissent alors, seule subsiste encore, au début de l’ère chrétienne, le Theravada. À cette époque commence à se développer un mouvement nouveau qui, pour souligner l’interprétation plus large et plus généreuse qu’il souhaite donner de la doctrine, se donne le nom de Grand Véhicule (
mahayana ), par opposition à ce qui devait dès lors s’appeler le Petit Véhicule (Hinayana), limité à la doctrine primitive.
Il n’est pas question de rejeter l’ancienne tradition, mais simplement de la déclarer incomplète : selon les savants de ce nouveau mouvement, les Trois Corbeilles ne représentent qu’une partie de l’enseignement de
Bouddha, et il est temps d’enrichir les textes de toute la tradition orale, c'est-à-dire de toutes les révélations consenties par le maître à certains initiés.
Parce qu’il met l’accent sur le rôle des bodhisattvas, ces êtres appelés à l’Éveil mais désireux de ne pas entrer en nirvana tant que toutes les âmes ne sont pas sauvées, le bouddhisme du Grand Véhicule se répand rapidement, touchant une base populaire beaucoup plus importante que le Petit Véhicule. En exaltant de nouvelles valeurs telles que la compassion, la pitié et le sacrifice, le bouddhisme perd peu à peu sa nature athée et devient une religion populaire.
C’est alors qu’apparaît la doctrine des trois « Corps » du
Bouddha : le Corps de Loi ou Corps Essentiel (essence de
Bouddha, hors de toutes contingences matérielles, spatiales ou temporelles), le Corps de Communion ou Corps de Jouissance (aspect que prend le
Bouddha pour apparaître aux boddhisattvas), et le Corps de Fabrication ou Corps Fictif (aspect que prend le
Bouddha pour apparaître aux humains).
Cette doctrine permet dès lors la déification du
Bouddha historique — en même temps que la relativisation de son rôle —, ainsi que la création d’un panthéon fortement hiérarchisé. Adibuddha, le
Bouddha primitif, est, tout simplement. Sa méditation fait naître le monde et les cinq
Bouddhas de la méditation (dhyanibuddha), dont le plus important est Amitabha (
Bouddha de la parfaite lumière). Leur méditation permet elle-même la naissance des bodhisattvas, dont le
Bouddha historique est le quatrième. Maitreya,
Bouddha de l’avenir, sera le cinquième et dernier
Bouddha incarné.
3.2. Le tantrisme
Avant la fin du VIIe siècle apparaît ainsi, dans le nord de l'Inde, une nouvelle forme de bouddhisme connue sous le nom de tantrisme (voir tantra), sorte de syncrétisme entre les croyances populaires et la tradition du
mahayana . Comparable au tantrisme hindou, né à peu près à la même époque, le bouddhisme tantrique se distingue du
mahayana par la grande importance qu’il accorde à la pratique rituelle et l’interprétation plus radicale qu’il donne de la pensée de la vacuité : également connu sous le nom de
Vajrayana (Véhicule de Diamant), le tantrisme apparaît donc comme une évolution ésotérique de la doctrine primitive.
Le tantrisme utilise des supports de méditation tels que les mandala, représentations symboliques de l'Univers, les mudra, gestes codifiés et symboliques, et les mantra, syllabes sacrées chantées de manière répétitive et servant à concentrer l'attention durant la méditation. Le
Vajrayana se répand rapidement au Tibet, où il devient la forme dominante du bouddhisme, avant d’être transmis à la Chine et au Japon, où sa tradition se perpétue encore au sein de la secte shingon.
4. L’expansion du bouddhisme
Le bouddhisme se répand rapidement en Inde, surtout lorsque le roi Ashoka, au iiie siècle av. J.-C., dépêche des missionnaires afin de faire connaître la nouvelle religion dans l'Inde du Sud et dans le nord-ouest du sous-continent. Les légendes racontent que certaines ambassades auraient été envoyées très loin vers l’ouest, jusqu’en Méditerranée, mais sans succès.
1. Le bouddhisme d’Asie centrale et d’Asie du Sud-Est
En 250 av. J.-C., le moine indien Mahinda se rend sur l’île de Ceylan, et y apporte les enseignements bouddhiques de la plupart des écoles primitives indiennes. Les luttes intestines, les guerres civiles et l’invasion des Tamouls au xe siècle entraînent la décadence de la tradition monastique sur l’île, et se soldent au xiie siècle par la victoire du Theravada sur toutes les autres écoles. De nouveaux problèmes de transmission obligent Ceylan à faire venir de Thaïlande au xviiie siècle des moines régulièrement ordonnés, afin de permettre la renaissance du bouddhisme dans le pays, toujours selon la tradition du Theravada.
Dès le iiie siècle av. J.-C., Ceylan devient donc la plaque tournante de la diffusion du bouddhisme du Theravada en Asie du Sud-Est, qui parvient en Birmanie vers le ve siècle, puis au vie siècle dans la région qui devait être envahie par le peuple Thaï au xiie siècle.
Au xive siècle, l’influence des Thaï permet au Theravada de gagner le Cambodge, jusque-là plus proche de l’hindouisme et du
mahayana . Finalement, la « voie des anciens », dont l’enseignement insiste plus sur l’idéal de l’arhat (le sage qui a éteint son karma et est libéré du samsara) que sur celui du bodhisattva (l’être de compassion qui choisit de ne pas être délivré de la renaissance tant que tous ses semblables ne seront pas sauvés), s’impose dans tout le sud-est asiatique.
2. Le bouddhisme chinois
Le bouddhisme gagne l'Asie centrale au début de l'ère chrétienne, puis l’Asie orientale dès les Ier et iie siècles. Suivant la route des oasis, il pénètre jusqu’en Chine du nord, dans la vallée du Fleuve jaune. Malgré l'opposition du confucianisme orthodoxe et les trois grandes périodes de persécution violentes qu'il subit en 446, 574-577 et surtout en 842-845, qui provoquent la destruction d’un très grand nombre de grands monastères et la réduction de nombreux moines à l’état laïc, le bouddhisme s'implante profondément en Chine, comme en témoignent d’ailleurs les légendes qui racontent l’histoire de son introduction, et qui illustrent par ailleurs comment le bouddhisme, au contact de la civilisation chinoise, a pu influencer profondément celle-ci, et en être influencé à son tour.
La dernière grande persécution marque cependant le début du déclin du bouddhisme chinois : la plupart des chefs-d’œuvre de l’art bouddhiste sont détruits, les monastères sont brûlés et les moines dispersés : un grand nombre de sectes (telles que le Ti’en Tai, l’ésotérisme ou le Ch’an notamment) que cet immense creuset de population — soumis à diverses influences selon les lieux et les époques — a vu naître, perdent de leur importance, même si la plupart survivent aujourd’hui encore au Japon et en Corée — les deux pays devant leur conversion au bouddhisme à l’influence de la Chine —, et que la puissance de leur philosophie continue de marquer la pensée chinoise contemporaine. La situation politique de la Chine actuelle n’améliore en rien la condition du bouddhisme chinois, même si un certain retour à la tolérance semble se faire sentir depuis quelques années.
3. Le bouddhisme tibétain
Là où se trouve aujourd’hui le Tibet, aux confins du Takla-Makan, vit au début de notre ère un peuple de guerriers, qui rapporte de ses contacts répétés avec les caravanes de la route des oasis au Népal, au Cachemire et en Chine, le bouddhisme
mahayana . Une religion moins spéculative et plus pratique se développe rapidement, sous l’impulsion du souverain Songtsen Gampo (viie siècle) et — selon la légende — de ses deux épouses étrangères (une princesse népalaise et une princesse chinoise).
L’empire tibétain connaît alors une expansion très rapide, marquée par des affrontements très durs avec la Chine. La victoire du souverain Trisong Detsen, au milieu du viiie siècle, sur les tenants des croyances anciennes, accélère le développement du bouddhisme tibétain, surtout après l’arrivée de l’érudit indien Padmasambhava, qui s’attache dès lors à répandre au Tibet le tantrisme.
Même si les rivalités se poursuivent entre bouddhistes de la première période, bouddhistes partisans du tantrisme et tenants des croyances anciennes, le tantrisme se développe rapidement et profondément au Tibet. Sept siècles plus tard, les bouddhistes tibétains adoptent l'idée selon laquelle les supérieurs de leurs grands monastères sont eux-mêmes des bodhisattvas, dont le chef spirituel est le dalaï-lama. Dès lors, ce sont les dalaï-lamas qui dirigent le Tibet, qui devient une théocratie à partir du xviie siècle.
4. Le bouddhisme japonais
Le bouddhisme japonais est composé de nombreuses sectes qui cohabitent pour la plupart depuis plusieurs siècles, puisque traditionnellement, au Japon, les nouvelles croyances n’effacent pas les plus anciennes.
4.1. Les origines et les premiers développements du bouddhisme au Japon
En 552, une lettre du roi de Paekche (l’un des royaumes de Corée) fait connaître le bouddhisme au souverain du Japon. La nouvelle doctrine est favorablement accueillie par le gouvernement et se répand parmi les aristocrates de la cour, d’autant que le Japon entre alors dans une période d’ouverture sur les savoirs venus de Chine.
Au début du viie siècle, l’impératrice Suiko (règne : 592-628) et le prince régent Shotoku Taishi (574-622) font du bouddhisme la religion protectrice de l’État : de nombreux temples et monastères sont construits, tandis que sont promulgués différents édits destinés à promouvoir l’influence de la nouvelle religion.
À l’époque de Nara (710-784) sont introduites au Japon les sectes Sanron, Jojitsu, Hosso, Kusha, Kegon et Ritsu (appelées « six sectes de Nara »), dont l’enseignement se développe sous le contrôle de la cour, et qui forme un petit cercle de moines lettrés dont la fonction officielle consiste à prier pour la paix et la prospérité de l’État.
À l’époque de Heian (794-1185) se développent deux écoles dont l’enseignement se révèle moins théorique et plus pratique : le Tendai, introduite par Saicho (767-822), et le shingon, introduite par Kukai (774-835). La pratique religieuse se répand ainsi au sein de l’aristocratie.
4.2. Le renouveau religieux de l’époque de Kamakura
À l’époque de Kamakura (1185-1333), l’État perd peu à peu le contrôle du bouddhisme. Se développe alors une vision pessimiste selon laquelle le monde étant désormais entré dans la période de fin de la loi (mappô), il est devenu impossible aux hommes d’atteindre le salut par leurs propres forces (jiriki) : ils doivent désormais s’en remettre entièrement à Amida (la force de l’autre, tariki), et invoquer son nom (nenbutsu) pour espérer être sauvés et renaître en Terre Pure.
La foi en Amida, l’amidisme, gagne rapidement les couches populaires, porté par les moines Honen (1133-1212), fondateur de la secte bouddhiste de la Terre Pure (Jodoshu) et Shinran (1173-1262), fondateur de la nouvelle secte bouddhiste de la Terre pure (Jodo shinshu).
En réaction à cet abandon à la « force de l’autre » se développe le bouddhisme zen, qui affirme la possibilité d’atteindre l’Éveil par soi-même, « ici et maintenant » : le moine Eisai (1141-1215) crée ainsi la première tradition durable concentrée sur la doctrine enseignée par les disciplines chinois de Lin-Tsi (en japonais Rinzai, mort en 867), qui connaît un développement rapide parmi la classe guerrière. À la même époque est introduite par Dogen (1200-1253) une seconde école zen, la secte Soto.
Le dernier grand réformateur de l’époque de Kamakura est Nichiren (1122-1282), fondateur de la secte bouddhiste qui porte son nom (Nichiren-shu), et dont l’influence politique sera considérable.
4.3. L’évolution du bouddhisme au Japon depuis le xive siècle
L’époque de Muromachi (1338-1573) est marquée par la montée en puissance de la classe guerrière, ainsi que par l’émergence d’une classe urbaine. Les différentes écoles développées à l’époque précédentes se développent, tandis que se forme la « culture des Cinq montagnes » fondée sur l’importance politique et culturelle des moines zen de l’école Rinzai, ainsi que sur leurs relations privilégiées avec la Chine des Song.
Après plus d’un siècle de guerre civile (époque d’Azuchi-Momoyama), le Japon est unifiée sous l’autorité des shogun Tokugawa (époque d’Edo, 1603-1868). Pendant plus de deux siècles, le bouddhisme perd peu à peu de son influence au profit du néo-confucianisme, qui devient l’idéologie officielle.
Le bouddhisme du xxe siècle japonais apparaît comme fortement lié à l’évolution historique du pays : l’engagement du Japon dans la Seconde Guerre mondiale provoque un contrôle très strict des activités bouddhiques par l’État, contrôle qui ne s’allège que dans les années 1960, lorsque se renouent les relations avec les autres pays.
Aujourd’hui, le Japon apparaît comme le seul pays d’Asie qui abrite sur son sol pratiquement toutes les traditions bouddhistes nées en Orient depuis les débuts du bouddhisme.
5. Le bouddhisme aujourd'hui
Une des forces du bouddhisme est d'avoir toujours eu la capacité de s'adapter à la nouveauté des situations et à la variété des cultures, sans jamais étouffer les croyances préexistantes des pays qu’il a conquis. Il a également su se garder d’interférer avec les questions du progrès scientifique, auquel il n’est jamais opposé : les bouddhistes affirment d’ailleurs que le
Bouddha historique aurait adopté une approche qu’il est possible de qualifier d’expérimentale pour appréhender la question essentielle de l’existence ou non des êtres et des choses.
Le bouddhisme demeure aujourd’hui très puissant en Thaïlande et en Birmanie, où les moines s’impliquent largement dans tous les aspects de la vie sociale, notamment depuis qu’il leur a été reproché leur trop grande indifférence. Pratiquement disparu du sous-continent indien, il connaît un certain renouveau depuis les années 1950, notamment grâce à l’influence d’hommes tels que Bhimrao Ramji Ambedkar.
C’est dans les républiques communistes asiatiques que le bouddhisme a rencontré les plus grandes difficultés. Il reste toléré en Chine, mais sous le contrôle étroit du gouvernement, et à condition que les moines exercent un métier en plus de leurs fonctions religieuses. L’invasion chinoise du Tibet s’est soldée par une politique de terreur toujours active à l’égard des dirigeants bouddhistes.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon est le seul pays où de nouveaux mouvements bouddhistes ont vu le jour, parmi lesquels on pourra citer par exemple la secte Sokka gakkai, un mouvement laïc qui promet biens matériels et bonheur terrestre à ses adeptes, associé au bouddhisme de la secte Nichiren (1122-1282), fondateur de la secte bouddhiste qui porte son nom (Nichiren-shu). La Sokka gakkai est connue pour son organisation sans faille, ses techniques agressives de conversion, son utilisation efficace des médias ainsi que pour sa ferveur nationaliste. Depuis 1956, la Sokka gakkai s'est engagée dans la politique japonaise et soutient les candidats du Komeito.
L'intérêt croissant des Occidentaux pour la culture et pour les valeurs spirituelles de l'Asie a favorisé en Occident le développement de nombreux groupes voués à l'étude et à la pratique du bouddhisme. Le zen s’y répand et compte de nombreux centres de méditation ainsi que plusieurs véritables monastères. Le bouddhisme tantrique connaît également une popularité croissante.
Si le bouddhisme a toujours été, et est encore, une philosophie religieuse influente, c’est sans doute en raison de certaines qualités essentielles qu’il a toujours su conserver : sa capacité syncrétique, sa grande tolérance à l’égard des autres croyances, sa puissance intégratrice, mais aussi les questions essentielles qu’il pose (existence individuelle, devenir de l’être humain) et auxquelles il apporte, plus encore qu’une métaphysique, une pratique.