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Scientologie

 
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Toupten Zangpo
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Message Posté le : 05 Juin 2006 18:54  Répondre en citant

Scientologie, par Ralph Hilton


Bob Minton, riche américain ayant pris un jour fait et cause dans la lutte anti-scientologie - il n'en connaissait rien jusqu'à ce qu'il en découvre quelques crimes sur Internet - a décidé voici quelques temps d'aider un peu plus encore, en ouvrant un concours doté de 10000 dollars qui récompenseraient le meilleur des articles de 10-15000 mots écrits sur la secte, sous certaines conditions préétablies (nouveauté du point de vue, possibilité de le faire lire à des scientologues et de les convaincre, etc).

Les gagnants sont connus depuis aujourd'hui 30 septembre 1999... Bob Minton, très généreux, a décidé en définitive de leur offrir à CHACUN 10000 dollars, et 20000 $ (plus de 120000 F) au grand vainqueur! Rappelons qu'il avait déjà largement participé auparavant (en versant une dizaine de millions de F à divers organismes ou individus présents sur la scène anti-scientologique). Sachant la détermination dont il a fait preuve face aux ignobles attaques des scientologues fantaisés, je ne doute guère de l'issue du combat.

Le grand gagnant est Joe Cisar; son texte. Les autres gagnants sont:

Scott Mayer
Arnie Lerma
Jeff Jacobsen
Warrior (celui-ci)
Konchok Penday
Ralph Hilton: ci-dessous

Leurs articles traduits pour le public francophone seront publiés au fur et à mesure et l'ensemble sera zippé pour en faciliter le chargement et la lecture via Internet.

Bravo aux vainqueurs.

Bien longtemps avant qu'il soit question de scientologie, L. Ron Hubbard, écrivain de science-fiction, conçut un plan mondial destiné à lui permettre de contrôler un empire. De ce trône, il espérait recevoir les honneurs dûs à Dieu seul.

Le schéma comportait deux étapes: d'abord, créer une technologie capable d'induire des modifications chez bon nombre de gens, en leur permettant d'augmenter leurs aptitudes, mais de façon telle qu'Hubbard acquière un contrôle sur eux, sans que cela leur permette toutefois de devenir plus puissants que lui. Il fallait aussi que la technologie en question lui fournisse un flot d'admiration continu de la part de ses adeptes.

Il s'agit là d'une des conclusions possibles quant à un homme qu'on a décrit comme étant schizophrène paranoïaque... ou dieu!

Nombreux sont ceux qui croiront abusive cette description de celui qu'ils considèrent comme le Sauveur de l'humanité. Pour d'autres, cela ressemblera plutôt à un euphémisme sur celui qu'ils croient être un charlatan complet.

J'imagine plutôt qu'il s'agit d'une carcature simpliste. Le raisonnement sous-jacent supposerait que la scientologie n'est qu'une machine à fric, ce qui paraît exagéré.

L'altrusime n'est pas davantage la motivation acceptable ici.

On a beaucoup écrit sur les activités hubbardiennes, on l'a critiqué en utilisant les déclarations de tierces personnes; je préfère évaluer ici les mots et actions d'Hubbard en direct, et démontrer son caractère d'après ces données. Personne ne pourra prétendre ensuite que je me fie à des on-dit.

Hubbard a d'ailleurs dit qu'il fallait juger quelqu'un en fonction de ses résultats, plutôt qu'en fonction de ses paroles.

Allons-y donc pour l'examen de ses résultats, comparons-les à ses dires et à ses motivations. C'est ainsi qu'on pourra analyser ses attributs essentiels et mieux comprendre son existence, ses intentions et sa philosophie.

On ne sait pas grand chose de sa première oeuvre non publiée, Excalibur: il l'aurait écrite dans les années 30. Il en parle dans un bulletin du 17 mars 69:

"Je ne parlerai pas de ce qu'on peut trouver au-dessus de la démocratie; mais l'homme essaie surtout de résoudre un problème de succession en se servant d'idéologies. On a vu de bien meilleures formes de gouvernement que ceux d'aujourd'hui, mais aucun n'a pu fournir de garantie de perennité lors de successions. On peut conduire les adeptes de toutes les formes idéologiques à penser qu'une "monarchie bienveillante" serait une excellente pratique de gouvernement, pratique qu'ils refuseront néanmoins, du fait que le successeur d'un monarque bienveillant ne le sera pas nécessairement."

On peut donc constater qu'Hubbard croyait en la dictature avant la naissance de la scientologie. Nous verrons ensuite que cette opinion se reflète dans l'organisation de la Sea Org (corps d'élite de la scientologie). On observe aussi un contraste important entre ses idées antérieures sur l'auto-déterminisme et la liberté et la façon dont il a mené les organisations. Il choisissait les cadres de la Sea Org en fonction de leur obéissance aveugle aux règlements, comme le prouve l'enquète de "leadership" utilisée: l'enquète démontre que l'intelligence du chef est moins prisée que son adhésion stricte aux règles.

La Sea Org est une organisation para-militaire dotée d'une hiérarchie rigide dont chaque maillon doit obéir aux instructions provenant de l'échelon supérieur. Le commodore - décédé - dominait l'ensemble, image idéalisée d'un chef parfait dans ses moindres pensées. Toute altération même mineure d'une de ses règles était punissable et qualifiée de crime capital pouvant mener à l'expulsion de la scientologie. (Bulletin HCO du 15 février 1979, Pénalités pour la Tech Verbale).

Je ne peux que conclure à partir de ses actions et de ses dires, qu'il était persuadé que la meilleure façon de gérer une organisation se trouvait être une dictature extrèmement rigide et tout entière dévouée à ses ordres.

Le premier ouvrage qu'il a publié sur sa nouvelle technologie est "Dianétique, Science moderne de la santé mentale" (retitré en français, pour cause légale, "Dianétique, la puissance de l'esprit sur le corps"). L'ouvrage prétendait dévoiler une science capable d'élever toute l'humanité au niveau de "Clair" - un tel être ayant un souvenir complet de toute son existence. Son auteur disait avoir effectué des recherches scientifiques, mais il ne mit que quelques semaines avant d'en rabattre sur ses prétentions de souvenirs complets. En quelques années, il abandonna le concept d'une technologie uniquement basée sur cette vie-ci pour s'aventurer dans l'exploration de la "Piste du Temps" - c'est à dire les trillions d'années d'existence antérieure des êtres spirituels, disait-il, où se serait selon lui trouvé le secret de l'esclavagisme humain actuel, et la voie pour rendre à l'homme ses pouvoirs surnaturels incommensurables.

Lors de chacun des développements, Hubbard affirmait que la dianétique était science achevée; on le vit lors de la sortie du Cours de Classe VIII en 1969, pour le retrouver quelques dix ans plus tard à la sortie du nouveau concept de "clair dianétique", qui fit abandonner la dianétique au profit d'une nouveauté "la NED, ou Dianétique pour OTs" [qui n'a d'ailleurs aucune ressemblance de fond avec la première dianétique, ndt].

On peut dès lors penser que l'homme faisait sans cesse des affirmations sans preuves quant à l'efficacité de sa technologie. Chacune de ces techniques fournissait certains résultats, qui n'étaient jamais ceux qu'il avait promis. Question cruciale dès lors: croyait-il lui-même ce qu'il racontait?

Nombreux sont les critiques d'Hubbard qui firent le lien avec ses expérience de magie antérieures à la scientologie, en particulier auprès du groupe d'Aleister Crowley, ou d'autres gens. Il est possible qu'on ait exagéré, mais je vois pourtant la trace de cet engagement chez lui.

Voyons ce qu'il a dit à ce propos:

Conférence n° 18 du PDC - Philadelphia Doctorate Course.

"Un magicien, euh, les sectes de magie des 8e, 9e, 10e,11e et 12e siècle au Moyen-Orient étaient tout à fait fascinantes. Les seules études connues sont en des endroits surprenants, mais c'est un travail fascinant, qu'Aleister Crowley, feu Aleister Crowley, un bon ami à moi, heu... il en a fait une oeuvre esthétique très splendide, de ces, euh, sectes de magie. Euh, c'est très intéressant de trouver un exemplaire de son livre, vraiment rare, THE MASTER THERION, T-h-e-r-i-o-n, par Aleister Crowley. Il signe du pratonyme "La Bête", la marque de la bète, 6-6-6. Très, enfin très; - Crowley a exhumé là des tas de données sur ces anciennes sectes de magie."

[Il parle probablement ici du livre "Magick in theory and practice"]

De la conférence 35 du PDC:

"Un type, Aleister Crowley, euh, s'est intéressé à un niveau d'adoration religieuse tout à fait intéressant, mon vieux! La Presse n'a pas arrèté de lui taper sur les doigts. La Grande Bête, 6-6-6 - c'était une autre manière religieuse d'adorer".

D'autres ont cité et commenté ses relations avec Jack Parsons. On a assez de données conflictuelles quant aux descriptions pour se trouver en difficulté sur les jugements à porter. Mais l'étude qu'Hubbard fait de Crowley est suffisamment significative de sa façon de voir les choses.

Bien qu'il annonce que la scientologie serait très proche du Bouddhisme, on ne trouvera rien dans ses oeuvres qui indiquerait une vraie compréhension du Bouddhisme.

Hubbard écrivit ses axiomes peu après avoir étudié Crowley. Ce dernier décrivait la Magie comme l'art et la science de provoquer des changements en accord avec la volonté. Il annonce très tôt qu'au fond, la vie est un statique est capable de postuler et de percevoir.Les deux auteurs ont cette notion en commun: ce qui importe en tout premier lieu, c'est l'aptitude à décider de quelque chose et de faire que ça arrive. Hubbard le dit clairement dès le PDC, conférence 19:

"Bon, on a ici le magicien, il fait, euh, il sort et il dit - Bon, balançons donc quelques crânes d'araignées et des fils, mélangeons ça à quelque bave de crapaud, qu'on va gentiment exposer à ce coeur de noirceur de Diogène. On scande trois incantations, et voyons, qu'est-ce que je faisais, déjà? Ah oui; on va en répandre un peu sur le sol, ah la! imaginez ça, il pousse un arbre ici, et il commence à tout avaler aux alentours. Bon, c'est intéressant, hein? Et soudain, bon, il dit "mais ça commence à s'assombrir, par ici, qu'est-ce qui peut bien se passer? Pffuii! c'est cet arbre qui pousse dans toutes les directions et qui cache la lumière. Vaut mieux que je rejoigne ma caverne, mais zut, il n'y a plus de caverne, et cet arbre, il est partout, et ainsi de suite". Et il continue; et il commence à rouspéter vers l'arbre: regarde-moi ça, ce qu'il me fait? Quelle saleté, cet arbre, quel malade, regarde un peu toutes les vacheries qu'il fabrique. Et un second magicien s'approche, il le voit ruiné, en train de mendier le long des routes, et de se plaindre amèrement de ce qu'a fait l'arbre. Il a commis plusieurs erreurs. La première, c'était de mélanger toute sorte de choses sans postuler d'abord le résultat qu'il désirait avoir. Il n'a pas exprimé ce que devait être le produit final. La seconde, euh, il n'a pas dit ce qu'était le produit final, quel but il voulait atteindre, pourquoi il voulait atteindre ce but - il a immédiatement abandonné le sommet-cause, et s'est laissé glisser dans la vallée-effet. Au moment où il s'est trouvé côté effet, il a vu la cause enfler, prendre la lumière, et il a dit "Bon, je ne suis pas le responsable de ce truc, et euh, je suis drôlement affecté... et il a continué à dégringoler."

L'emphase, mise ici sur le fait que la personne serait la seule cause de ce qui lui arrive dans l'existence, a perdu du terrain pendant quelques temps, puis a refait surface vers la fin des années 50, par exemple dans le bulletin HCO du 15 octobre 58, "Procédure de Mise au Clair ACC", où on lit:

"La procédure de base de mise au Clair en se servant de la responsabilité est la suivante: "vous pouvez faire une image dont vous êtes tout à fait responsable". Une fois que vous avez aplani (achevé ça jusqu'à ce que ça ne donne plus de réactions, ndt), ça peut faire un clair. Ca utilise le fait que la personne fait son bank elle-même, et ça la persuade de s'en rendre compte. Il faut une version ou l'autre de la responsabilité pour réaliser la mise au clair. L'assignation de la responsabilité est à la base de la recherche des phénomènes, elle est magique dans la mise au clair."

Le principe continue ensuite, servant de thème essentiel aux actions sous-jacentes en dianétique et scientologie. S'il peut être tout à fait intéressant d'encourager les gens à agir de façon responsable dans leurs vies, ça peut être tout à fait mal pris de jeter les gens à la porte des organisations sous prétexte qu'ils sont malades et qu'ils ont de mauvais résultats statistiques. Cette assignation totale de la cause aux individus provoque une absence totale de responsabilité de la part des organisations de scientologie. Ca a permis à Hubbard de rester sur son trône, hors d'atteinte des reproches alors que tout allait mal, puisque les erreurs provenaient des overts et retenues de ceux qui avaient failli à appliquer sa technologie parfaite et idéale.

Par opposition, les niveaux supérieurs de scientologie n'ont pratiquement affaire qu'à des histoires d'entités spirituelles différentes de l'individu proprement dit. Depuis OT 2 jusqu'à OT 7, on ne s'occupe que des effets provoqués par ces êtres de classe inférieure. On passe des milliers d'heures à resoudre le problème qu'ils causent. C'est en totale opposition avec les hypothèses antérieures de responsabilité totale.

On a donc depuis 1967 l'étrange dichotomie d'une religion qui défend la responsabilité totale mais délivre au contraire une "approche thérapeutique" où la personne est totalement effet d'êtres parasitaires, les "Thétans de Corps".

Nous allons aborder l'aspect suivant du caractère d'Hubbard en nous servant de ce qui est certainement la lettre de règlements -"policy"- la plus connue de toute la scientologie, puisqu'on la trouve au début de chacun des cours des organisations.

Il s'agit de "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner", du 7 février 1965.

"Durant toutes ces années de recherche, j'ai laissé mes lignes de communication ouvertes aux données de recherche. J'avais eu l'impression qu'un groupe pouvait élaborer la vérité. Un tiers de siècle d'expérience m'a profondément désabusé à ce propos. Alors que j'étais désireux d'accepter les suggestions et les données, il n'y en eût qu'une poignée de valables dans le temps - moins d'une vingtaine - et aucune n'était réellement importante. Lorsque j'ai accepté des suggestions importantes et que je m'en suis servi, ça a déraillé, nous en sommes revenus et avons parfois dû manger de la vache enragée."

Ce passage fait transition dans la pensée hubbardienne. Il avait en effet parfois accepté et accusé publiquement réception de procédés créés par d'autres gens, comme par exemple celui d'Evans Farber "Essaie de ne pas être un mètre derrière ta tête".

Mais en 1965, il affirmait être l'unique source de la tech, disant qu'aucun autre n'avait fait de contribution importante. Ce fut aussi une période de changements dans les organisations de scientologie. C'est semble-t'il alors qu'il commença à imposer lourdement ses croyances aux autres. En mars, il écrivait "Offenses et Pénalités", en Mai, "Rapports des Membres du Staff" - une règle exigeant que tout staff rapporte par écrit les manquements des autres staffs - quelque chose qui nous rappelle assez les épisodes de l'ex-URSS durant la Guerre Froide.

Nous observons donc qu'il croyait s'être élevé au-dessus de la condition mortelle de ses semblables. Dans cette même lettre de règlements, il parle de l'état dégradé de l'humanité: "Un individu doit s'élever au-dessus du désir d'admiration et d'accord de la part d'un groupe d'humanoïdes pour pouvoir réaliser quelque chose de décent". Il démontre aussi son mépris pour la démocratie: "Et je ne crois pas que les mesures populaires, la self-abnégation et la démocratie aient jamais fait quoi que ce soit pour l'humanité, sinon l'enfoncer un peu plus profondément dans la boue."

Et d'ajouter vers la fin: "C'est une activité mortellement sérieuse"... phrase que nous pouvons comparer avec ce qu'il disait 13 ans plus tôt dans la conférence PDC n° 26: "Plus vous prendrez le jeu sérieusement, moins vous aurez de chances de le gagner".

Il existe en scientologie une échelle de base sur l'affinité, la réalité et la communication, nommée "échelle des tons". Hubbard a émis l'opinion qu'il serait possible de déterminer le niveau d'une personne sur cette échelle pour prédire son comportement et déterminer son potentiel de survie. Les gens se trouvant en haut seraient enthousiastes, amicaux, attirant les autres, appelant à la joie et à la raison. Plus bas, l'appel doit être imposé. En-dessous, la survie est en réalité inhibée par la personne elle-même.

Il semble bien que le virage ait été pris en 1965: c'est alors qu'Hubbard a commencé à imposer la scientologie aux autres. Il est ensuite tombé plus bas - inhibition de la survie - en augmentant énormément les tarifs et les obligations préalables, et en supprimant la libre pensée chez ses staffs.

Examinons maintenant l'aspect suivant: son désir d'admiration. En avril 1953, il écrivit les "Facteurs" (résumé de considérations et recherches sur l'esprit humain et l'unvers matériel, entre 1952 et 53). Il s'agit d'une dissertation sur la nature de la création et de l'existence.

Le point 29 : "Dans l'opinion du point de vue, tout état d'être, toute chose, est meilleur que pas de chose, tout effet meilleur que pas d'effet, toute particule meilleure que pas de particule, mais la particule d'admiration est la meilleure de toute."

Il achève sa dissertation ainsi: "Grâcieusement offert à l'homme, par L. Ron Hubbard, 23 avril 1953".

Il a inclut son nom dans presque chacun des titres de cours de scientologie. Sa photo se trouve exposée dans les salles de cours des orgs de scientologie. Toute organisation possède un bureau qui lui est réservé et ne peut servir à qui que ce soit d'autre. Ce sont généralement les plus beaux bureaux de l'organisation - on y trouve même un paquet de cigarettes Kools.

Il n'a pas souvent rendu son désir d'admiration public, mais le fit dans une policy du 12 février 1967, "La Responsabilité des Leaders" dont voici un passage révélateur:

"7: Enfin, et c'est peut-être le plus important, car nous ne sommes pas tous sur scène avec nos noms en haut de l'affiche, propulsez toujours la puissance/le pouvoir en direction de celui qui détient le pouvoir dont vous dépendez. Cela peut se traduire par davantage d'argent pour la puissance, par la défense virulente de la puissance face à la critique, ou même, par le bruit sourd du corps d'un ennemi tombé dans l'ombre, ou la flambée glorieuse du camp ennemi en cadeau d'anniversaire.

Si vous travaillez à cela et que la puissance dont vous êtes proche ou dont vous dépendez ait la moindre idée sur ce que c'est qu'être une puissance, si vous poussez les autres à faire de même, le facteur de puissance ne cessera d'augmenter et d'amplifier, et vous acquerrez également une sphère de puissance plus large que si vous aviez travaillé seul. Les puissances réelles sont élaborées par de fortes conspirations qui propulsent en avant celui en qui elles ont foi. Si de surcroît elles sont justes, qu'elles ont raison, et qu'elles s'arangent pour empècher leur chef de succomber par suroccupation, mauvais caractère ou fausses données, une sorte de Djaggernaut se produira. Ne vous sentez pas faible sous prétexte que quelqu'un est plus fort. Le seul échec possible arrive lorsqu'on affaiblit le pouvoir dont on dépend. Tous les échecs à rester en place en tant que pouvoir d'un pouvoir ne sont qu'échecs d'avoir contribué à renforcer ce pouvoir, à faire durer son oeuvre, à l'aider. La dévotion exige une contribution active aussi bien hors de la sphère du pouvoir qu'à l'intérieur".

On trouve là l'image d'admiration et d'adoration ayant présidé à la fondation de la Sea Org. Hubbard, en promenade sur le pont, entouré de jolies jeunes filles, l'une tenant ses cigarettes, l'autre le briquet, la troisième le cendrier tendu avant même que les cendres ne tombent, pendant que Monsieur se pavane sous le regard admiratif de ses adeptes adorateurs, qui le croisent avec un respectueux "Bonne Soirée, Sir"...

Autre aspect inhabituel chez lui: le nombre d'ennemis qu'il croyait avoir. C'est ainsi qu'il a inventé l'expression "Personne Suppressive" pour désigner toute personne agissant surtout négativement, ou dangereuse pour ses semblables en raison d'activités et intentions néfastes continuelles. La scientologie s'en sert pourtant essentiellement pour désigner quiconque s'oppose aux règles absolues d'Hubbard - ou de ses successeurs. Certes, il eut des ennemis par milliers, mais le fait qu'on ait étiquetés "suppressifs" des milliers des scientologues sous sa houlette ne colle pas du tout avec l'idée que seuls 2,5 % de la population seraient composés d'êtres nuisibles.

Il considérait que certaines catégories de la population étaient essentiellement composées de suppressifs: psychiatres, journalistes, agents du FBI etc.

On a déjà largement exposé la façon dont il entendait qu'on traîte ses ennemis, dans la "policy du gibier de potence - Fair Game". J'ajouterai ce qui suit aux diverses choses qui ont été dites au sujet de sa manie de croire en des conspirations, (extrait d'un ordre de GO 060571 du 6 mai 71, intitulé "Théorie Efficace").

"Les nazis avaient trois canaux essentiels dans le monde.

Le renseignement (intelligence). Leurs services de renseignements étaient les meilleurs et les plus efficaces que le monde ait jamais connu. On en a de nombreuses preuves. Ils cachèrent leurs dossiers après la première guerre mondiale, puis les mirent à jour en 1928 et poussèrent Hitler au pouvoir. Ils avaient des milliers d'agents dans chaque pays et firent crouler l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la France , tout cela "en partant du sommet". Hitler gagna ces pays après que les services secrets les aient conquis (géo-politique).

Les drogues: les allemands dominaient l'industrie mondiale du médicament; leurs chimistes couvraient le monde entier; ils cherchèrent même à obtenir des ouvertures politiques en usant de nouveaux traîtements chimiques.

La psychologie et la psychiatrie. Leipzig est la base d'où sortirent les théories sur les réflexes et les animaux, désormais répandues. La pureté raciale etc. sortit de la psychologie et psychiatrie allemandes. Avant Hitler, les psys allemands avaient passé 300 000 malades mentaux dans les chambres à gaz, ce fut ensuite le tour des juifs sur ordre d'Hitler, qui n'avait plus qu'à les accepter. Toyt cela a fait ensuite tache d'huile: la théorie des gènes équivaut à "on doit stériliser et tuer". Les atrocités psychiatriques qu'on découvre de nos jours en Angleterre et ailleurs ne sont que des pratiques nazies. Les pratiques utilisées dans les camps de la mort sont psychiatriques à l'origine.

NOUVELLE HYPOTHESE DE TRAVAIL

Il semble qu'existe donc un memorial nazi ou un plan destiné à conquérir le monde. Un groupe utilisant l'infiltration des gouvernements, les drogues et la toxicomanie, et la psychiatrie pour éliminer les indésirables et les minorités, se trouve dès lors sur la bonne voie de conquète politique de la planète".

Voyons comment il a traîté ses amis, ces gens qui l'ont aidé à bâtir son empire. On a des quantités de témoignages sur le destin des cadres scientologues les plus en vue et de leur expulsion de la secte.
Curieusement, Hubbard semblait injoignable et sorti des lignes scientologiques à chaque fois que les opérations de basses-oeuvres avaient lieu. C'est arrivé tant de fois que je suis sûr qu'il en tenait les rènes, même si l'on ne trouve pas des quantités d'évidences pour supporter cette hypothèse. Il n'est simplement pas pensable qu'un paranoïaque de ce calibre, désireux de tout contrôler, ait pu laisser éxécuter des activités de cette timportance sans en avoir conscience. On en eut quand-même quelques preuves, comme le message d'Alan Walter que voici:

" <3.0.4.32.19990816101329.009b17a0 (at) cyberstation.net> -posté dans alt.clearing.technology

Pendant que j'étais sur la bateau, Hubbard ordonna une vaste campagne menée par le Commandant de la Zône Pacifique. Hannah Eltringham, le GO Jane Kember, l'assistant GO legal John Parcell et Lensworth Small devaient "informer" l'IRS et le FBI à mon sujet.

Ce qu'ignorait Hubbard, c'est que ma copine travaillait à l'IOC de Flag (centre de communications), c'est de ce centre secret-là que partaient les ordres d'Hubbard vers les orgs et les staffs du commodore.

Elle vint donc à ma cabine m'apporter l'ordre écrit d'Hubbard disant à Brian Livinsgton de dire au GO LEGAL etc d'informer l'IRS de mes "tricheries sur les impôts" (il n'y en avait pas la moindre). "

"Mais si vous ne trouvez pas, fabriquez-en" dit Hubbard; c'est la règle même du Fair Game! ce fut le début de 28 ans de bagarres entre l'IRS et moi."

Quant à la démolition survenue dans les années 82 - 83, sous contrôle des quelques scientologues fanatiques, elle fut de telles proportions qu'il est impossible qu'Hubbard ne l'ait pas apprise.

J'ai examiné ici les aspects négatifs d'Hubbard; certains prétendent qu'ils sont plus que largement compensés par les bons côtés. Il aurait travaillé énormément pour publier ces millions de mots et ces milliers de conférences qui servent de bases à la scientologie. Les adeptes donnent aussi toute sorte de témoignages des profits qu'ils ont retiré de la "technologie".

On le considérait souvent comme bon conférencier: on aimait son humour, son aptitude à capter l'attention, sa connaissance du sujet.

A côté des récits de ses exactions ignobles, on entend des contes où il tient le rôle d'humaniste généreux.

Il est probable que nul n'est entièrement bon ou entièrement mauvais sur terre.

Nous savons donc désormais qu'Hubbard croyait être au-dessus du reste de l'humanité, et pensait être Le leader spirituel. Il pensait que la dictature était la meilleure méthode pour conduire une organisation. Il avait un besoin maladif d'admiration et une peur paranoïde d'ennemis secrets. Il travaillait beaucoup plus que la moyenne. Il s'en prenait à ceux qui semblaient capables de pouvoir ou menaçaient de conduire son empire, détruisant du même coup certains de ceux qui avaient été parmi ses meilleurs amis.

J'ai déjà posé cette question: croyait-il ce qu'il disait? Nous touchons là le point le plus intérieur de ce que fut véritablement Hubbard. Je suppose qu'une majorité de ceux qui lui sont opposés n'en croient rien. Je suggérerais une réponse tout à fait opposée. Qu'en dépit de ses illogismes, Hubbard ait pu croire en lui et en sa création scientologique bien plus à fond que ses adhérents... Il fut peut-être le plus piégé de ses adeptes! Tout autre pouvait quitter la scientologie, mais lui, il ETAIT la scientologie: il ne pouvait donc la quitter.

Si l'on admettait qu'il croyait ses histoires, on pourrait être amené à supposer que ses continuelles affirmations d'efficacité et de résultats viennent non pas de mensonges, mais d'une forme d'optimisme purement maniaque et complètement dissocié d'observations possibles dans l'univers réel.

Il pouvait croire que ses activités étaient essentielles à la survie de l'humanité. Dans le "Journal de Ron n° 67, on lit ainsi:

"Dans l'univers tout entier, il n'existe nul autre espoir pour l'homme en dehors de nous. C'est là une responsabilité terrible. J'ai trop longtemps été seul pour la tenir. Vous la partagez dsormais avec moi."

Il considérait toute critique de son activité comme une tentative d'arrèter le salut de l'humanité; voici ce que dit la suite du même texte:

"Les suppressifs risquent de peser sur notre oeuvre ; si l'on permet qu'ils pénètrent nos organisations et qu'ils détruisent nos plans et activités, nos buts et nos gains, nous perdrons autant. Nous nous devons donc d'avoir une éthique très rigide dans les organisations: toute personne qui fait des remarques amoindrissantes sur ce qui s'y passe essaie seulement de bloquer la roue."

D'où les activités du GO (devenu ensuite OSA), l'éthique lourde de la Sea Org, les conditions basses assignées au staff, tout cela pouvant passer pour une conséquence de sa croyance fanatique que la planète serait attaquée par des êtres nuisibles et que ses organisations et sa technologie seraient seuls à fournir la solution: sans lui, la planète serait vouée à la misère éternelle.

J'aimerais examiner maintenant les effets de ses excentricités individuelles sur le développement de la scientologie et sur la secte. Il faut pour cela observer d'autres éléments de sa création, comme son irrespect complet pour les développements scientifiques des autres dans cette société, et son refus de laisser tester ses techniques par les autres, qui ne sont que de vulgaires "préclairs".

Il dit ainsi dans une conférence du 4 juillet 1958 "Les libertés du Clair", à propos du Q.I.:

"Si vous testez une bonne audition, ça peut faire grimper le Q.I. à raison d'un point à l'heure. Certaines parties de la techniques n'ont pas trait au clearing en soi, mais aux retenues, au fait de retenir. Et si vous les faites sur des gens, vous pouvez obtenir jusqu'à 5 points de mieux par heure."

Certains diront qu'on n'a pas de preuves d'observations statistiques de l'augmentation du QI, ni de vérification de ce qu'il prétend. Cela prétend qu'on pourrait passer de 100 à 200 de QI en quelques 100 heures - c'est à dire qu'on parvient au rang des génies. Des milliers de scientologues sont pourtant très en deça de ces QI, bien qu'ils aient reçu largement plus de 20 heures d'audition. Je n'ai trouvé aucun exemple de ce qu'il annonce.

Autre exemple: regardons ce qui se passe dans le niveau secret d'OT 3 - l'un des niveaux supérieurs de la scientologie, censé être le point d'orgue de l'aberrations humaine.

Le scénario du film "Révolte dans les étoiles" devait paraît-il révéler ces évènements à la population terrestre, afin d'envoyer les spectateurs tout droit dans les filets scientologues. Il expliquait que la confédération galactique était composée des étoiles suivantes:


"Sirius, Canopus, Alpha Centauri, Vega, Capella, Arcturus, Rigel, Procyon,
Achernar, Beta Centauri, Altair, Betelgeuse, Acrux, Aldebaran, Pollux,
Spica, Antares, Fomalhaut, Deneb, Regulus et Sol"

Ce sont justement une bonne partie de celles qu'on retrouve parmi les étoiles les plus brillantes du guide Hamlyn d'Astronomie, de David Baker, en 1978:

"Sirius, Canopus, Alpha Centauri, Arcturus, Vega, Capella, Rigel, Procyon,
Achernar, Betelgeuse, Beta Centauri, Altair, Aldebaran, Acrux, Antares,
Spica, Fomalhaut, Pollux, Deneb, Beta Crucis"

Divers types d'étoiles existent. Arcturus et Aldebarran sont du type K0 et K5, c'est à dire si froides qu'il faudrait qu'une planète se trouve dans leur zône de captation de la rotation par la force d'attraction pour que la vie y soit possible: cela veut dire qu'elle présenterait sans cesse la même face vers l'étoile. Acrux est à l'opposé: c'est une étoile double si riche en UV qu'aucune vie ne pourrait subsiter dans ses parages, et qu'aucune planète ne pourrait y être stable. Les distances auxquelles ces étoiles se trouvent varient énormément; une fédération en construction n'irait pas choisir de s'éloigner à ce point pour le seul plaisir de choisir des étoiles brillantes. Conclusion inévitable: la liste des étoiles en question ne provient pas d'un souvenir de la piste du temps, mais d'une lecture distraite d'un ouvrage d'astronomie...

Hubbard disait l'électromètre scientifiquement exact pour dater des incidents; mais il a changé ses propres datations dans des proportions fantastiques à plusieurs reprises. L'implant dont il est question dans le Clearing a d'abord été estimé vieux de trillions d'années, puis c'est devenu 75 millions d'années, en 1967... Puis en 1978, c'est devenu quatre quadrillions d'années. Avec datation par son instrument scientifique dans chaque cas!

On trouvera des pléthores d'exemples de cette approche non-scientifique, inutile donc d'insister.

De ce qui précède, on peut déduire que la scientologie serait issue des croyances d'un seul homme. Il a manifestement inclus des études faites par d'autres, mais a pris seul ses décisions d'emprunts. On peut aussi constater qu'il a refusé de tester les produits dans un environnement qu'il n'aurait pas choisi lui-même. Seuls ses propres critères pouvaient être utilisés pour en juger, ce qui amène à juger d'un sujet en utilisant les critères établis par le sujet lui-même.

Je n'aborderai pas l'efficacité de la scientologie. Un système usant de ses propres outils de test basés sur ses propres théories peut difficilement échouer, si l'on accepte le sujet d'emblée. Si l'on accepte les prémices, on finira par estimer que tout échec provient de mauvaises applications du sujet ou d'une prédisposition individuelle empèchant le sujet de fonctionner.

Quelqu'un qui observerait au contraire le sujet depuis l'extérieur et en usant de ses propres critères n'arriverait forcément pas à ces mêmes résultats; c'est l'unique méthode pour effectuer des observations objectives.

Pour examiner les effets individuels de la scientologie, on utilisera séparément deux phénomènes . L'un est la technologie utilisée, l'autre l'impact de cette technologie.

Je suggère que la scientologie peut marcher ou pas: ce n'est pas ici le fond de la question: l'essentiel, c'est que la scientologie implique un endoctrinement graduel.

Les novices peuvent ne pas s'apercevoir qu'ils ont été choisis en raison de leur receptivité individuelle aux procédures d'endoctrinement scientologues - celles qui servent de cadre à la technique.

Deux critères de sélection sont utilisés ici:

1. La personne croit que quelque chose ruine sa vie

2. Elle croit qu'il est possible de changer ça.

A la première étape, on dirige fortement son attention sur cet aspect de ruine de l'existence, et quand l'attention est bien fixée, on suggère que la scientologie y peut quelque chose.

Dans les processus de lavage de cerveau, on sait très bien user d'une confusion chez quelqu'un pour en profiter et lui faire gober une donnée.

Hubbard savait inutile de créer la confusion: le seul rappel d'une confusion suffit en effet à pouvoir utiliser profitablement la suggestion.

Chaque membre du staff et du public scientologue reçoit un entraînement à cette procédure afin de l'appliquer aux nouveaux.

Si vous êtes scientologue et que vous lisiez cela, vous pourriez ignorer que cela sort tout droit de la lettre de règlements de HCO du 23 octobre 1965, "EXERCICE DE DISSEMINATION", dont voici les étapes:

1. Contacter la personne.
2. Manier toute attaque ou hostilité de sa part.
3. Découvrez chez la personne ce qu'elle croit en train de ruiner sa vie.
4. Faites-lui comprendre que la scientologie est en mesure d'en venir à bout.

Le scientologue qui s'en sert ne le considère pas comme une technique de sélection, puisqu'il a déjà accepté le fait que n'importe qui a une ruine, et que quiconque n'en est pas conscient n'est pas prèt pour la scientologie!

L'étape suivante est une série d'exercices nommés les TRs (routines d'entraînement). Il y a de longues périodes d'interaction avec une autre personne; au départ, on se contente de regarder l'autre personne.

Les scientologues diront que c'est profitable. Il suffira d'essayer avec un ami pour s'apercevoir que cela induit un changement psychologique, parfois une euphorie, au bout de quelques heures.

La scientologie pousse les étudiants à faire part de leur expérience - de leurs gains - à chaque étape. Le groupe approuve en applaudissant. Cela renforce les impressions positives des uns et des autres tout en estompant le négatf.

Etape importante qui vient ensuite: la personne commence un cours important. On l'y endoctrine alors à l'infallibiité hubbardienne- contenue dans la lettre de règlements "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner" - précédemment abordée ici.

Points essentiels sur lesquels on met alors fortement l'accent:

1. Il existe une technologie du mental infaillible
2. C'est un être exceptionnel qui l'a créée, et a réussi à atteindre des états d'êtres supérieurs par des voies mystérieuses.
3. La personne a un mécanisme mental nommé mental réactif pouvant inciter à des désaccords irrationnels avec Hubbard
4. Si l'individu tient à manier sa ruine, il doit être sans pitié et dévoué.

Les gens qui travaillent sont sous la surveillance constante d'un autre qui croit tout cela, ou doit agir comme s'il le croyait. Chaque désaccord rencontre un maniement automatique de la part du superviseur, qui poussera l'étudiant à trouver dans le sujet des mots mal compris et à les définir.

Il est possible qu'un des mécanismes principaux de contrôle soit induit lors des étapes initiales; il fait en tout cas partie de la vie de tous les jours pour les employés. On le trouve dans la lettre de règlements "Récompenses et Pénalités" du 6 mars 1966.

Hubbard condamne Pavlov et ses enseignements, les qualifiant de méthodes de contrôle, mais il utilise lui-même la méthode:

"Nous récompensons la production et les statistiques qui montent et nous pénalisons la non-production et les statistiques en baisse. Dans tous les cas."

Ca tient debout. Mais dans une organisation strictement hiérarchisée, ça fournit un puissant mécanisme de contrôle . Les ex-scientologues racontent très souvent que la balance pèse plutôt vers la non-production et les pénalités, les évaluations étant souvent basées sur l'accord entre subalternes et supérieurs, plutôt que sur un examen de la vraie production.

Un autre facteur augmente considérablement la portée du système:

Quelqu'un qui travaille en scientologie peut soit être un "technicien", soit un administratif.

Les exigences envers le personnel technique sont très précises. L'auditeur doit accepter de ne jamais évaluer ou invalider le patient qu'il "conseille". Il faut aussi qu'il soit tout à fait certain que la scientologie marche. D'après moi, un auditeur qui est désireux d'aider quelqu'un, qui accuse réception à ce que dit la personne et la comprend, parviendra à des résultats même sans procédés, tandis que les meilleurs processus ne donneront pas grand chose si l'auditeur n'a pas cet état d'esprit.

Je pense donc que ceux qui y croient doivent devenir techniciens. Sinon, qu'ils aillent dans l'administration. Ce que j'avance est peut-être très général. Disons alors que les gens disposant des postes d'encadrement sont souvent ceux qui ont le moins d'affinité naturelle et qui feront de mauvais auditeurs. J'ai pu constater que c'était la plupart du temps vrai au cours de mes dix années de scientologie.

Ce sont donc surtout ceux qui ont la moins bonne expérience du sujet "scientologie à visage humain" qu'on retrouvera aux postes de commandement.

Autre pensée qui m'est venue à ce propos: j'ai observé que beaucoup de cadres de scientologie déclarant leur dévotion à "la cause" avaient reçu fort peu d'audition et d'entraînement en scientologie. Je suis donc très méfiant quant à leurs motivations. On pourrait les comparer à ces "vrais croyants" que décrit Eric Hoffmann dans l'ouvrage "Le Vrai croyant".

Du fait de son organisation, la scientologie est presque intégralement gérée par du personnel administratif.

Ce que je mets ici en lumière, c'est le fait que la scientologie est un phénomène agissant sur l'individu selon la façon et l'environnement où on le présente, en même temps qu'un ensemble de techniques d'amélioration capable de fonctionner - ou non. Pour en évaluer les effets, la personne doit clairement différencier les deux aspects.

Je renforcerai cette différentiation des deux influences comme suit: les techniques et la façon dont elles sont présentées sont deux créations hubbardiennes. L'usage de l'électromètre en conjonction avec des séries de processus très détaillés n'avait jamais été pratiqué dans le passé. Il peut très bien avoir emprunté une part des techniques, mais la présentation est sa création. Freud, Jung et d'autres ont découvert l'essentiel des bases, Hubbard a compilé l'ensemble à sa façon.

La méthodologie de l'organisation et le cadre de présentation sont en fait deux techniques anciennes. Elles sont présentées dans un environnement qu'on retrouve dans la plupart des systèmes de croyance de masse.

On dira au scientologue à quel point la sciento est unique. Ce pourrait fort bien être une nouvelle technologie utile. Peut-elle avoir été élaborée par un homme se croyant infaillible, au sein d'un environnement où il était vénéré comme Dieu en personne? Il pourrait avoir créé toutes ces organisations en fonction de son propre "cas", mais cela pourrait-il être la solution finale aux problèmes de l'humanité?

Son cas est aussi complexe que celui de tout messie - chez bien des grands hommes ayant entraîné leurs adeptes à une guerre sainte.

Il se croyait le Messie.
Il croyait enseigner le seul chemin de la vérité.
Il croyait que ceux qui n'étaient pas de son avis avaient des déficiences mentales.
Il croyait que quiconque désertait la "cause" était un traître ne méritant pas la justice
Il croyait que tous ses adeptes devaient vivre dans la pauvreté et le dévouement absolu.
Il n'y voyait aucune contradiction avec sa propre existence, où chacun de ses souhaits était exaucé.

Il croyait que tous ceux s'opposant à sa règle suprème étaient des traîtres à la vraie cause.

Il croyait que la fin (le produit final) justifiait les moyens.

C'est peut-être là qu'on trouve la partie la plus scandaleuse de son système de croyances: il estimait normal d'utiliser des implants pour restimuler les gens afin de les faire entrer en scientologie! Je n'ai pas accès aux matériaux en question, que j'aurais aimé citer aussi. La seule preuve tangible se trouve sur les couvertures d'ouvrages de la fin des années 60, où l'on découvre que les "troupes d'implantation" portent des uniformes assez similaires à ceux de la Sea Org. Les détails sont dans l'Ordre de Flag intitulé "Operation Digest" et dans une conférence intitulée "Symboles". Je n'ai pas d'exemplaires de ces documents.

Je pense donc que la scientologie pourrait avoir un intérêt réel, mais que l'environnement sectaire au sein duquel cela se déroule n'est pas bon.

A ses débuts, Hubbard semblait moins fanatique à propos d'ennemis et plus intéressé par la technologie. Il écrivit en 1959 dans le magazine "Ability":

"Les données sont vos données pour autant que vous les ayiez évaluées. Ce sont vos données "par autorité", ou ce sont "vos" données. Si ce sont vos données "par autorité", quelqu'un vous les a donc imposées, et au mieux, c'est une légère aberration. Il est évident que si vous posez une question à un professionnel et qu'il vous réponde, la donnée ne vous est pas imposée. Mais si vous prenez ce qu'il vous dit pour argent comptant sans chercher à l'évaluer par vous-même, sans le mettre en parralèle avec les faits réels, vous n'achevez pas vraiment le cycle de l'apprentissage."

Ce sera remplacé esnuite par: "Comment faire en sorte que la scientologie continue à fonctionner."

Il semblait bien plus fort dans ses premières oeuvres : plus tard, il a glissé vers les méthodes totalitaires. Chacun devra se faire son opinion pour décider si ces changements sont dûs aux échecs de la technologie, ou à l'accroissement des pressions venant de l'élargissement de son organisation qui ne comportait, de son point de vue, pas de vrais hommes de confiance .

Le portrait que je fais ici d'Hubbard a des points communs avec ceux de gens particulièrement nuisibles, comme Hitler. C'est la portrait d'un homme de changements, mais les changements que ces gens créent s'accompagnent toujours de violence et de sang. Ils ont provoqué des modifications réelles au sein de la société.

Ils avaient violence et force de volonté pour dire leurs désaccords et entamer le changement, mais semblent avoir manqué de la dose d'amour et de compassion nécessaire à un équilibre prometteur d'une société meilleure.

La tâche incombe ensuite à ceux qui réviseront leurs oeuvres et jugeront de leur valeur sociale. Ces critiques ne seront probablement pas des gens disposés à jouer les héros immenses, ou les gentils garçons.

Que devrait-on dire à ceux qui cherchent dans les oeuvres d'Hubbard ou qui se font racoler par les "routeurs de corps" de la scientologie?

Parlez-leur des leçons du passé. Demandez-leur de comparer les grands hommes du passé qui furent simlaires à Hubbard, et ceux qui furent différents. Faites de même pour les créations de l'un et des autres. Faites-leur observer les caractéristiques de groupes créés par des hommes de tempérament similaire à celui d'Hubbard.

Faites-leur lire des ouvrages de philosophie et de psychologie.

Faites-leur visiter Internet et lire les critiques d'Hubbard et les "lettres de succès".

Montrez-leur qu'ils ne sont pas les premiers dans l'histoire à croire avoir découvert La Vérité - et faites-leur observer les conséquences qui s'en sont suivies.

Donnez-leur un détecteur de crétineries pouvant résister à la bombe H.

Ca pourrait être la meilleure contribution à donner à un étudiant en sciences humaines.




Dernière édition : Toupten Zangpo le 05 Juin 2006 19:07; Edité 1 fois
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Message Posté le : 05 Juin 2006 19:05  Répondre en citant

La Scientologie qu'est-ce que c'est ?
par le Dr. Jürgen Keltsch - Ministère de I'Intérieur de I'Etat de Bavière - Munich, le 4 août 1999


La fabrication de I'homme-machine dans le laboratoire d'apprentissage cybernétique
1. L'évaluation de l'organisation de la Scientologie par l'Etat en Allemagne
2. Les principes de la psychologie du comportement dans les techniques sociales de Hubbard
3. Les fondements cybernétiques de la théorie technologique de Hubbard
4. La théorie organisationnelle empruntée à l'ingénierie cybernétique

a) Third dynamic Technologie
b) La théorie de la technique de contrôle empruntée à l'ingénierie cybernétique
c) L'entraînement des fonctionnaires, l'apprentissage du nouveau langage
d) Désapprendre les sentiments
e) Inflexible exigence de rendement par la mesure permanente de la capacité de performance de " l'homme machine " et de ses " agrégats "
f) Le potentiel de survie de " l'homme machine " et de ses " agrégats "
g) L'obligation de " produire " par la mise en œuvre de l' Ethique "

5. La Scientologie, le pouvoir de psychodiagnostic cybernétique total

a) Dianométrie
b) Sur le chemin de la société de tests
c) Protection de la personnalité insuffisante vis à vis des " pouvoirs fondés sur les tests "

6. De la fabrication de " l'homme machine " à la dictature cybernétique

a) L'audition, un jeu de marionnettes
b) Plan et pratique d'expansion selon les règles d'un jeu de stratégie

7. Le technototalitarisme, un danger pour l'ordre de valeurs démocratique au XXIe siècle
Bibliographie.


1 - L'évaluation de l'organisation de la Scientologie par l'Etat en Allemagne

Fondée en 1953 aux Etats-Unis par l'auteur de science fiction Lafayette Ronald Hubbard (1911 - 1986), la " Church of Scientology " est une organisation internationale ayant son siège aux Etats-Unis et opérant dans le monde entier la vente de développement de personnalité et de techniques d'organisation et de management.

Elle utilise la forme d'organisation et de distribution d'une entreprise commerciale de formation sur le marché de la formation professionnelle continue, tout en s'attribuant la qualité de religion dite nouvelle. Ses activités ont entraîné et entraînent dans le monde entier des conflits avec les sociétés démocratiques. Après examen approfondi, la Commission d'enquête sur lesdits " sectes et psychogroupes " instituée par le Deutscher Bundestag (parlement allemand) a évalué l'organisation, dans son rapport final déposé en 1998, comme étant une structure criminogène poursuivant des buts anticonstitutionnels. Cette évaluation rejoint celle des services de sécurité allemands.

Sous le manteau d'une nouvelle religion, cette organisation qualifiée par la Commission d'enquête non pas de communauté religieuse mais de psychogroupe a su, jusqu'à une date récente, dissimuler avec adresse ses caractéristiques structurelles essentielles : structure organisationnelle et logistique de groupe industriel ; stratégie expansionniste de structure commerciale opérant avec agressivité (entraînement à la vente sur base de franchising par la formation de chaînes de sous-entreprises) ; procédures dures de conduite et de conditionnement des êtres humains sous la forme du social engineering, ce qui signifie : mise en œuvre brutale de techniques psychologiques et sociales empruntées à la psychologie du comportement pour le recrutement de collaborateurs, de clients et d'adeptes ; utilisation d'une technique d'organisation totalitaire pour la mise au pas et l'instrumentalisation des collaborateurs par un contrôle temporele et local sans failles.
2 - Les principes de la psychologie du comportement dans les techniques sociales de Hubbard

Selon une expertise séparée rendue dans le cadre du rapport final de la Commission d'enquête, l'organisation de la Scientologie appartient à la catégorie des fournisseurs commerciaux de prestations de services intervenant sur le marché de la psychologie sous la rubrique " mind machines et nouvel apprentissage ".

Ce secteur de prestations de services d'un nouveau type se caractérise par la tentative de modifier durablement l'être humain, dans son comportement extérieur et intérieur, dans le laboratoire d'apprentissage, par des moyens appartenant à ladite psychologie du comportement, c'est-à-dire par l'apprentissage et le conditionnement programmés.

Ce courant scientifique de la psychologie et de la pédagogie est qualifié de béhaviorisme. A partir du début du XXe siècle, les psychologues étudiant l'apprentissage dans une approche béhavioriste (Watson, Pavlov, Skinner) ont cherché, en s'appuyant sur des expériences d'apprentissage menées en laboratoire sur des animaux et des êtres humains, à établir des lois générales d'apprentissage et ont développé à partir de celles-ci des programmes d'entraînement (technologie d'apprentissage) visant à modifier le comportement humain.

Ce procédé technologique appliqué à l'être humain trouvant son point de départ dans la possibilité d'influencer les organismes de sorte qu'ils réagissent à certains stimuli et modifient leur comportement, c'est-à-dire apprennent, est qualifié de conditionnement, lorsque de nouveaux types de comportement sont inculqués dans le laboratoire d'apprentissage de telle sorte qu'ils peuvent se déclencher après l'envoi d'un signal clé. Pour promouvoir l'apprentissage de tels schémas d'impulsions et de réactions, on utilise un système raffiné de récompenses et de punitions, appelé 'feedback training' (= utilisation du principe de la rétroaction, c'est-à-dire du renvoi d'informations sur le comportement d'un système, tel que l'organisme humain par exemple, dans ce même système de sorte qu'elles influencent le comportement futur du système) ainsi que d'autres méthodes de modification du comportement. Les facultés cognitives de l'hommes peuvent également être influencées par conditionnement (béhaviorisme cognitif).

Ces techniques d'apprentissage évoquent souvent le dressage. En dépit de succès remarquables, ces procédés d'apprentissage technologiques ont vite été l'objet de la critique car ils ne furent pas seulement utilisés pour modifier l'homme à son avantage, mais aussi à son désavantage (p. ex. : déclenchement par Watson d'une névrose due à l'insuccès de schémas de conduite sous la forme d'une phobie à l'égard des chats chez un enfant en bas âge). Les expériences de la psychologie du comportement ont également établi que leur stratégie de modification du comportement permettait de modifier la volonté et les convictions d'une personne par un contrôle systématique de l'information et de la communication dans l'esprit de l'expérimentateur et même de provoquer des troubles psychiques par un usage paradoxe du langage (p. ex. " la douleur est le bonheur ") (technique du double bind).

Lorsque de tels procédés sont utilisés de manière ciblée pour manipuler et nuire à une personne (cf. " Neusprache " dans Orwells " 1984 "), la connaissance psychologique perd son caractère d'instrument pédagogique thérapeutique apportant une aide et devient une arme perfide. L'efficacité des méthodes de la psychologie du comportement se manifeste de la manière la plus spectaculaire lorsque les convictions politiques et philosophiques d'une personne internée sont modifiées contre sa volonté, selon le programme du tortionnaire, en lui infligeant des tortures ne laissant pas de traces sur le corps (torture dite psychologique).

Il est bien connu que, pendant la guerre de Corée, des prisonniers de guerre américains ont ainsi été " convertis " à l'idéologie communiste et que des fidèles de Staline tombés en disgrâce ont été amenés, avant d'être liquidés, à s'accuser en public d'un sentiment antinational n'existant pas en réalité et à " reconnaître leur faute ".

Mais les personnes jouissant de leur liberté peuvent également être agressées par l'utilisation systématique de méthodes empruntées à la psychologie du comportement et s'en trouver affaiblies dans leur volonté ou même anéanties dans leur personnalité. Cela a été montré par le combat mené contre les dissidents par la Stasi (services de sécurité de l'ex-RDA), qui s'est inspirée à cet effet d'un programme scientifique de " désagrégation de l'âme " développé par des psychologues du comportement.

Les victimes de ces méthodes de torture psychologique souffrent encore plus ou moins de leurs séquelles. Il est prouvé que la Scientologie utilise des procédés (" techniques ") semblables, d'une part, pour rendre ses adeptes dociles et pour leur appliquer une pédagogie leur inculquant une discipline, d'autre part, dans le cas d'attaques contre ses critiques considérés comme des ennemis, pour les réduire au silence et pour les paralyser dans leurs activités contre l'organisation.

Les préjudices résultant de l'utilisation de telles méthodes, qui ont déjà pénétré le monde des affaires, sont aujourd'hui étudiés par les sciences humaines et sociales sous le concept de " mobbing ". Il est particulièrement inquiétant, car inconciliable avec l'ordre de valeurs démocratique, que de telles méthodes soient enseignées dans leurs cours par certains formateurs en management prônant une philosophie entrepreneuriale et sociale darwiniste et visant à faire de leurs clients des " managers de combat " entraînés pour la " guerre économique ".

Lorsqu'il n'est pas donné d'éclaircissements sur les effets principaux ou accessoires de stratégies modifiant le comportement ou bien lorsqu'il y a même, comme c'est le cas avec la Scientologie, tromperie intentionnelle à leur sujet, les individus ont généralement de la peine à faire la distinction entre pédagogique normale, pédagogique coercitive visant à manipuler ou lavage de cerveau.

Il est particulièrement condamnable de camoufler sous le manteau de " mesures curatives " des techniques de répression que l'utilisateur applique de manière ciblée avec la volonté de causer un dommage ou en en acceptant l'éventualité. Les recherches de la Commission d'enquête l'ont amenée à constater que, dans des soi-disant camps de rééducation, appelés " rehabilitation project force (RPF) ", les membres de l'unité d'élite de la Scientologie SeaOrg ayant commis des erreurs sont soumis, pour leur rééducation, à des techniques classiques de lavage de cerveau. La description du " brainwashing " donnée par Hubbard dans le dictionnaire du management dont il est l'auteur prouve qu'il possédait d'excellentes connaissances psychologiques sur l'utilisation des techniques du lavage de cerveau. Il y classe les procédés de conditionnement selon Pavlov dans la catégorie du lavage de cerveau et décrit comment celui-ci a déclenché des psychoses, dans des expériences sur des animaux, au moyen de sa technologie de dressage.

Dans une conférence tenue en 1951, Hubbard a rapporté que ses techniques lui permettaient de rendre les gens malades. Il qualifiait ces méthodes de " black dianetics ". Le fait que des psychoses et névroses dues à l'insuccès de schémas de conduite peuvent également être déclenchées chez l'homme par le conditionnement appartient depuis longtemps à l'inventaire des connaissances acquises dans les sciences humaines.
3 - Les fondements cybernétiques de la théorie technologique de Hubbard

L'étude de l'apprentissage de caractère naturaliste a reçu une nouvelle impulsion par la mise en évidence, à la fin des années 40, par le mathématicien Norbert Wiener, de la similitude des lois régissant la commande, la régulation et la transmission de l'information dans l'être vivant et dans la machine (ordinateur, robot) qui a conduit à la naissance d'un nouveau paradigme commun aux sciences naturelles et aux sciences humaines et d'une nouvelle science cadre, la systémique et la cybernétique (art de la navigation).

C'est le retour à l'image matérialiste de l'être humain, " l'homme machine ", formulée à l'époque des Lumières. Aujourd'hui, les ordinateurs et la construction de robots se pilotant eux-mêmes permettent la simulation mécanique de l'intelligence (artificielle) et de la vie (artificielle). La nouvelle théorie assimile les processus mentaux et psychiques internes à l'homme aux propriétés fonctionnelles cybernétiques d'un système (cognitivisme). Certains chercheurs croient que la preuve est ainsi apportée que le cerveau humain n'est rien d'autre qu'une machine du type calculateur à électrons. La théorie technologique de Hubbard pour la modification de l'être humain, telle qu'il l'a décrite dans son ouvrage fondamental intitulé " Dianétique " (1950), n'a pas seulement le béhaviorisme cognitif comme point de départ, mais se rattache également directement à la technique de communication et de commande de la cybernétique. Cela est étayé par les indices suivants : le fait que Hubbard conçoive le cerveau humain/la raison humaine comme une machine traitant des données (cf. Dianetics, Le développement d'une science, 1959, 1972), le fait qu'il se qualifie lui-même d'" ingénieur ", le langage emprunté aux sciences de l'ingénieur, évoquant un code mécanique, la redéfinition de toutes les aptitudes mentales et sociales de l'homme par des centaines de notions fonctionnelles empruntées à l'ingénierie, la recommandation d'utiliser des ingénieurs comme " auditeurs " pour la reprogrammation du cerveau humain/de la raison humaine, les méthodes de mensuration et d'évaluation psychométrique (cf. Séries sur le Management, vol. 1-3), l'utilisation de procédés de feedback lors de la mise en œuvre d'un détecteur de mensonges (" électromètre ", abréviation : " é-mètre "), le fait de croire à la " programmabilité " et à la " productibilité " d'un Homme Nouveau (" valuable final product ") dans le laboratoire d'apprentissage. Conformément à cela, Hubbard a défini l'utilisation de sa technologie comme étant l'utilisation de règles éducatives naturelles (The logics of Dianetics are the science of education. These are the axioms of education, Dictionnaire du Management, mot-clé: Axioms of Education).

De même, les méthodes à première vue incompréhensibles de la dianétique et la scientologie (" technologie ") peuvent être expliquées de manière plausible par le paradigme cybernétique. Par de nombreux exercices répétitifs (" trainings "), on inculque à " l'homme-machine ", comme à un robot qu'il s'agit de programmer entièrement, par des procédures éprouvantes durant souvent des heures et des heures, une manière d'agir dans et en rétroaction avec le monde extérieur prétendument (selon Hubbard) plus précise, ou plutôt on la lui fait intégrer par programmation (lesdits 'objective process'). On apprend en même temps au sujet (" Préclair ", " PC ") à obéir aveuglément à tous les ordres du formateur, c'est-à-dire à se comporter comme une marionnette. C'est seulement après que le sujet a appris cette obéissance consistant en des réactions à des stimuli que son psychisme est soumis à une exploration visant à détecter les troubles de fonctionnement et procédant par interrogatoires excessifs et inquisitoires (" audition ").

L'audition trouve également son point de départ dans la théorie cybernétique. Faisant abstraction des facultés acquises par hérédité, Hubbard supposait manifestement que tous les troubles psychiques, ainsi d'ailleurs que tous les troubles physiques, étaient causés par une " mauvaise programmation ", à savoir par la mémorisation de vécus douloureux sous la forme d'un enregistrement de données (" engramme ") dans le cerveau/la raison, lui-même/elle-même conçu(e) sous la forme d'une banque de données (" mental réactif "). Pour essayer de détecter une éventuelle " erreur de programmation ", on utilise l'électromètre auquel le sujet est relié pendant l'interrogatoire mené au moyen de listes de questions standardisées, à la manière d'une recherche par quadrillage dans la mémoire, ainsi que de jeux raffinés de questions mécaniques suivant la dite " piste du temps " (" Timetrack "). La présence d'un " engramme " est signalée par un certain mouvement de l'aiguille de l'électromètre.

Le sujet doit ensuite revivre l'événement douloureux dans son imagination jusqu'à ce que l'aiguille de l'électromètre ne bouge plus lors de l'interrogation (" null needle "). Cette pratique rappelle les exercices de déconditionnement par abréaction utilisés par la thérapie comportementale. Selon la théorie thérapeutique de Hubbard, l'engramme est alors " effacé " et ne doit plus avoir d'effets préjudiciables sur l'individu ainsi traité. Hubbard n'a jamais apporté la preuve que la " charge " électrique (corporelle) indiquée par l'électromètre pouvait être provoquée par le souvenir visuel de l'événement douloureux ou bien que le souvenir visuel même pouvait nuire à la santé du sujet.

L'augmentation du bien-être ressentie après la " décharge " de l'" engramme " n'en constitue pas une preuve car cet état peut être provoqué par suggestion ou par effet placebo. Lorsque tous les engrammes sont effacés, la cause dite réactive est considérée comme " éliminée ". Cet état est défini comme étant " clair ". La possibilité de pénétrer dans la conscience au moyen d'un appareil à biofeedback et de l'influencer à des fins thérapeutiques a été étudiée expérimentalement par la recherche psychologique (psychométrie, psychophysique) longtemps avant que Hubbard s'empare de cette méthode. L'effet et la valeur de ces méthodes sont contestés et souvent critiqués en tant que réductionnisme biologique. Même si, jusqu'à ce jour, il n'a pas encore été élucidé dans le détail par les méthodes des sciences humaines ce qui se passe avec les personnes qui se soumettent aux méthodes de Hubbard, il y a lieu de supposer que la " technologie dianétique " n'est pas une simple thérapie de soutien ou un jeu symbolique, mais que le comportement extérieur et intérieur du sujet est durablement modifié au moyen de techniques psychologiques et sociales d'une grande efficacité (conditionnement opérant, induction de transe, suggestion, régulation du comportement social par la psychométrie et la sociométrie et contrôle systémique du groupe).

Dans ce contexte, les exercices induisant l'expérience dite de la séparation d'avec le corps (extériorisation) (" état d'OT ") semblent être particulièrement problématique. L'expérience bien étudiée par les sciences humaines de ce phénomène survenant lors de certains exercices de méditation est utilisée par Hubbard pour étayer sa théorie dualistique paranormale de l'âme et du corps. Il affirme que l'esprit, dont il est postulé qu'il s'agit d'un champ d'énergie (" thêtan "), peut quitter l'" homme-machine ". La prétendue preuve en serait, là encore, fournie par un certain déplacement d'aiguille (" thêta bop ") de l'électromètre. Chez de nombreux clients, de tels exercices entraînent des phénomènes psychiques singuliers pouvant aller jusqu'à des troubles psychiques à caractère morbide.

Un désir à caractère addictionnel de poursuivre ces exercices naît rapidement et les clients ne reculent devant aucune dépense et aucune peine pour y être soumis. Dans son rapport final, la Commission d'enquête a confirmé que dans le cas de personnes plus fragiles, l'audition peut conduire à des maladies psychiques sérieuses pouvant aller jusqu'au danger de suicide. La Commission a également critiqué le caractère agressif des méthodes de vente (hard sell) employées pour faire acheter par les clients ces exercices extrêmement coûteux.
4 - La théorie organisationnelle empruntée à l'ingénierie cybernétique

La forme d'organisation choisie pour la Scientologie par Hubbard, afin de vendre son développement de personnalité technicisant et ses méthodes de gestion d'entreprise, éveille à première vue l'impression qu'il s'agit simplement d'un groupe industriel international à la gestion très stricte offrant divers services aux particuliers sur le marché de la formation professionnelle continue. (Narconon : " réhabilitation des drogués " ; Criminon : " réhabilitation de délinquants "; Applied Scholastics: " amélioration de la formation"; Fondation Le chemin pour être heureux : " amélioration de la morale dans la société " ; Commission contre les manquements de la psychiatrie dans la société : " protection des patients contre les empiétements de la psychiatrie ").

Les scientologues convaincus opposent toutefois que la vente de ces prestations de services n'est que le moyen permettant d'atteindre le but qui est de " soigner " tout le monde et, ainsi, de " créer une civilisation sans maladie mentale, sans criminels et sans guerre ". C'est pourquoi ils considèrent la Scientologie comme un " mouvement de réforme de la société ".

Au-delà de son but consistant à d'offrir des thérapies individuelles, but qu'elle poursuit au moyen de la " first dynamic tech ", la Scientologie prétend également détenir une nouvelle technologie d'organisation, d'administration et de management, qu'elle nomme " third dynamic technologie " et qui permettrait d'améliorer les structures et les fonctions de tous les groupes, organisations et administrations.
a) Third dynamic technologie

L'organisation vend cette technologie, dans le cadre de contrats de franchise, à des entreprises industrielles qu'elle fait adhérer au " World Institute of Scientology Enterprises " (WISE), organisation couvrant toutes les branches d'activité. La diffusion de cette technologie de management et l'intégration des clients acteurs de la vie économique dans la structure du WISE sont directement liées à un objectif d'accumulation du pouvoir économique et, dans le cadre de la stratégie à long terme cependant, à la volonté de prise d'influence sur les événements concernant l'ensemble de la société et le monde politique dans le but final d'une prise de pouvoir. Il n'est pas difficile de conclure à ce dessein dans le programme de réforme sociale poursuivi par la Scientologie et décrit par elle sous le terme de " Planète claire ". L'influence de la Scientologie sur l'économie est aux Etats-Unis déjà d'une telle force que, dans le cadre de la coopération avec les industriels allemands, certaines grandes entreprises américaines refusent souvent d'accepter que leurs partenaires contractuels allemands se protègent par contrat contre l'utilisation de technologies Hubbard dans leur entreprise.

La " third dynamic tech " et les instructions relatives à sa mise en œuvre ont été couchées par écrit par Hubbard dans les trois volumes des " Management Series " (Séries sur le Management). Le contenu de ces prescriptions organisationnelles et de ces instructions opérationnelles ainsi que les effets sociaux et psychologiques en résultant dans le cas de leur mise en œuvre n'ont fait jusqu'à ce jour l'objet d'aucune étude scientifique du point de vue organisationnel et social. De ce fait, l'examen des buts du système de la Scientologie et la possibilité d'évaluation du potentiel de dangerosité pour les fonctionnaires et les clients d'une part, pour l'Etat et la société d'autre part, sont donc très difficiles.

Actuellement, il est seulement possible de faire une description et une évaluation provisoires de cette théorie organisationnelle et sociale et de ses techniques. Dans les Séries sur le Management, l'appellation " third dynamic tech " recouvre la théorie sociale d'une société contrôlée par l'ingénierie cybernétique, entièrement décrite sous la forme d'un système biotechnologique comparable à un superorganisme, ainsi que la description des techniques sociales nécessaires à la génération et la conservation d'un tel système, techniques spécifiques à un engineering social technocratique, et la formulation voilée de l'objectif poursuivi consistant à créer, au moyen de ces techniques sociales, un grand nombre de petits " superorganismes " scientologiques permettant à terme d'absorber les démocraties dans un " superorganisme " global sous commande scientologique (cf. " The Ideal Org " dans HCO PL du 12 mars 1975). Les techniques sociales dont l'utilisation est proposée reposent sur des lois de régulation et de communication biotechnologiques.

Les qualités dont un fonctionnaire scientologique idéal a besoin dans le nouveau système social et qu'il convient donc d'inculquer aux néophytes sont celles d'un parfait technocrate ayant la faculté d'obéir aveuglément aux ordres de commande émanant du système ainsi que la capacité de corriger impitoyablement les plus infimes déviations par rapport au règlement technique et d'imposer l'obéissance absolue aux subordonnés. Le but à atteindre par l'éducation scientologique pour les fonctionnaires correspond donc au type de personnalité de la personnalité autoritaire ainsi que T. W. Adorno et d'autres l'ont constaté, en 1950, dans le cadre d'une étude clinique sur la réceptivité pour les idéologies fascistes autoritaires.
b) La théorie de la technique de contrôle empruntée à l'ingénierie cybernétique

Une technologie de contrôle raffinée doit permettre de contrôler sans faille tous les " processus de production " de toute organisation scientologique (" Org ") selon un système parfait de management total de la qualité où il est indifférent de savoir si les parties du système dont le fonctionnement correct est testé avec minutie lors de ce contrôle sont inorganiques ou organiques. Si les membres du personnel de l'exploitation, à leurs " postes " respectifs, sont qualifiés par Hubbard de parties d'une " live organization ", ils sont cependant strictement soumis aux processus de production et aux mécanismes de commande du système, sans aucun égard pour les besoins et la liberté personnels, et traités comme des parties d'un ensemble mécanique (HCO PL du 2 novembre 1970, réédité le 10 octobre 1980).

Emprunté par Hubbard à la théorie et à la technique cybernétiques de Norbert Wiener, dont il n'a conservé que l'aspect technologique, promu au rang de prétendue " loi naturelle " s'appliquant à toute production, qu'il s'agisse de reproduction biologique ou de production effectuée par la main humaine, ce principe a pour corollaire que la fourniture de prestations de service par la Scientologie dans les domaines de la " pédagogie " et de la " thérapie " est considéré comme un processus de fabrication portant sur des choses et, donc, assimilé à la production de marchandises. Selon la philosophie entrepreneuriale de Hubbard et de la direction actuelle de l'organisation, les " organismes de production " scientologiques fabriquent le scientologue, " produit fini de valeur ". Dans les Séries sur le Management, l'" homme nouveau " de Hubbard, n'est donc pas une personne libre de disposer d'elle-même mais un objet, un organisme dont on prétend qu'il fonctionne mieux après le " traitement ", et qui est intégré au superorganisme de la Scientologie en tant que partie du système.

Pour détourner le client de cette réalité, on lui promet " l'acquisition de la liberté " (HCO PL du 24 janvier 1969, corrigé et réédité le 6 octobre 1985). Dans les Séries sur le Management, la dimension spirituelle et psychique de l'homme est absolument ignorée. De même, les qualités de l'" organisme de production", l'" Org ", ne sont pas traitées dans une optique spirituelle mais uniquement dans une optique purement technique et fonctionnelle. Par conséquent, une " bonne Org scientologique " doit son existence et son efficacité, selon Hubbard, à l'interaction correcte des trois facteurs d'organisation " naturels " suivants :

1) Ethique (" Ethics ") ;

2) Technique (" Tech ");

3) Administration (" Admin "), les lois " naturelles " suivantes s'appliquant alors : quand l'Ethique a été " apportée " dans un groupe - traduit dans le langage quotidien, cela signifie : tous obéissent à tous les ordres du système mécaniquement et sans protestation. (cf. 4 d)) - c'est alors seulement qu'il est possible de passer à la mise en œuvre de la " Technologie de la Scientologie " (c'est-à-dire à la pédagogie d'entraînement répétitif à caractère militaire (cf. 4 c)), laquelle est elle-même la condition permettant d'imposer le règlement d'administration. Celui-ci repose sur le principe de l'ordre et de l'obéissance strictes à la manière d'un système de commandement militaire.

C'est seulement lorsque ces trois facteurs fonctionnent tous d'une manière optimale que l'on a une organisation " saine " en expansion (HCO PL du 16 octobre1997). Cette " loi fondamentale " de " l'art du management " scientologique est développée et illustrée de manière concrète dans des centaines de lettres de directives harmonisées les unes avec les autres, émanant du bureau de communication d'Hubbard (" HCO PL "), réglant la fondation et la constitution d'organisations scientologiques, la formation du personnel, la conduite interne et externe de l'organisation, dans un langage froid, technocrate et souvent cynique. Ce faisant, c'est son modèle d'organisation et de management développé pour l'organisation de la Scientologie que Hubbard propose en tant que modèle type idéal pour la constitution et la conduite de toutes les organisations dans tous les domaines de la future société globale. Pour son modèle organisationnel, Hubbard part visiblement de la conviction, élevée par lui-même au rang de " loi naturelle ", que la stricte application de ses technologies permet d'améliorer l'homme et la société, comme pour le moteur d'une voiture de sport par exemple, et d'en faire un " produit de pointe " en le soumettant à un processus d'optimisation continu.

Conformément à cela, les règles organisationnelles pour la constitution et le contrôle d'organisations scientologiques rappellent les plans de construction et les instructions de service tels qu'en produisent les ingénieurs du domaine des techniques de communication et de la robotique lorsqu'ils prévoient l'installation d'une unité de production entièrement automatisée grâce à l'utilisation d'ordinateurs et de robots. Dans ces prescriptions organisationnelles interviennent, d'une part, des collaborateurs désignés par le terme de " terminaux ", c'est-à-dire des points de départ et d'arrivée pour la transmission d'informations et d'ordres de contrôle, d'autre part, des collaborateurs désignés par le terme de " machines ", pour la " production " de " machines " qui devront elles-mêmes produire des " machines " aptes à produire (HCO PL du 29 octobre 1970) ainsi qu'un système très hiérarchisé d'instances de contrôle et de commande menant constamment des procédures de mesure psychotechniques et sociotechniques.

Aussi Hubbard considère-t-il les prestations de service de ses organisations, dans les Séries sur le Management, comme une véritable fabrication. Ainsi, il qualifie les clients et le personnel à former de " matière brute " (" raw meat ", " raw public ", " particles "). Il s'agit de les " optimiser " afin d'obtenir un " produit final de valeur " (" valuable final product ") à l'issue d'une procédure de travail " mécanique " se déroulant selon un modèle prédéterminé (" séance type ") et selon des procédés techniques prédéterminés à appliquer avec précision, qui rappellent des règles de déroulement de séquences mécaniques, c'est-à-dire des algorithmes. Ce n'est pas par hasard que Hubbard parle de " réparation de vie " (HCO PL du 20 août 1979 ; HCO PL du 21 septembre 1980). Cette conception biotechnologique d'un " Homo sapiens " modifiable par les méthodes de l'engineering social présentée dans les Séries sur le Management ne permet de reconnaître aucun des traits inhérents à l'idée d'un homme religieux, philosophique ou psychologique. Le modèle humain de Hubbard incarne ainsi la négation totale de l'idée de l'homme véhiculée non seulement par les religions mais aussi par les démocraties.

Selon l'ordre de valeurs des démocraties, l'homme est une personne, c'est-à-dire un sujet se déterminant lui-même et possédant la dignité humaine, et non pas un objet qu'il s'agirait de fabriquer, qui serait doté d'une capacité de fonctionnement plus élevée seulement après son passage dans un laboratoire d'apprentissage évoquant le " New Brave World " d'Huxley et auquel le chef de laboratoire attesterait la qualité de " produit fini " utilisable à l'issue d'un contrôle final mené dans le cadre d'un processus de management total de la qualité.
c) L'entraînement des fonctionnaires, l'apprentissage du nouveau langage

Ces règles d'organisation et de contrôle sont d'ailleurs appliquées avec minutie par les dirigeants de la Scientologie. Pour assurer le fonctionnement de l'organisme de production d'une " Org ", le personnel est soumis au dressage du " Tech ", c'est-à-dire à l'apprentissage programmé et à l'entraînement répétitif à caractère militaire en vue d'assurer son fonctionnement parfait pour le " traitement ", c'est-à-dire l'entraînement de sa clientèle (" educating people with drills until they can think ", HCO PL du 26 avril 1970 R, revu le 15 mars 1975; cf. également la méthode d'entraînement " Chinese School ", HCO PL du 13 mai1972). Ceci implique notamment l'apprentissage du " nouveau langage " créé par Hubbard pour ses " hommes machines ", avec lequel il a imité, à la manière des sciences de l'ingénieur, les relations de communication physiques de la communication humaine selon la théorie et la technique cybernétiques. Ce nouveau langage rappelle donc le jargon technique des techniciens des télécommunications, ingénieurs de la communication et programmeurs informatiques (cf. " formule de communication ", HCOB du 5 avril 1973).

Pour les profanes, qui ne comprennent pas cet arrière-plan emprunté aux sciences de l'ingénieur et qui prennent pour de l'argent comptant l'idéologie pseudo-religieuse sous le manteau de laquelle les rusés scientologues, professionnels du travail de relations publiques, dissimulent le système, ce nouveau langage ainsi que les textes rédigés dans ce langage sont totalement incompréhensibles et ne sont donc pas soumis à discussion. Avec ce nouveau langage, Hubbard a créé pour les " terminaux " et les " machines de production " utilisés dans son système d'ingénierie cybernétique un code machine parfait permettant à ses " hommes machines " de communiquer sur le monde (" MEST ") et sur eux-mêmes sur un mode technologique. Ils appellent des " données " dans leur " banque de données ", dans leur cerveau/leur mental (HCO/PL du 12 mai 1970), ils les envoient comme message à un autre " terminal " ou se font reprogrammer par " False Data Stripping " (HCO PL du 7 août 1979) lorsqu'il a été constaté, lors d'un contrôle, des erreurs dans leur programme ou dans leur banque de données (" Data Series "). Les Séries sur le Management se présentent donc dans une conformité absolue avec une théorie et une technique inspirées de l'ingénierie cybernétique et se trouvent, de ce fait, en contradiction avec la théorie spéculative du Thêtan exposée par Hubbard dans d'autres écrits.
d) Désapprendre les sentiments

Le nouveau langage cybernétique de Hubbard, en tant que code de représentation du monde physique, ne connaît aucune expression pour les sentiments et les états d'âme. Dans l'ordre de valeurs scientologique, la compassion est même un défaut. Selon Hubbard, la compassion (" sympathy ") réduirait le " potentiel de survie ". Dans son tableau d'évaluation des émotions à 40 niveaux (" échelle des tons "), tableau permettant de mesurer le " potentiel de survie " par des tests, la compassion a une valeur de 0,9, indice d'une dépréciation totale.

Conformément à cela, Hubbard refusait également la charité et l'Etat-providence. Il n'est donc pas étonnant que Hubbard ait inventé des exercices visant à réprimer systématiquement l'expression d'émotions, tels que, par exemple, la procédure appelée " bull baiting ", au cours de laquelle le sujet soumis à une procédure de stimuli doit apprendre à rester impassible même sous la torture, ou que l'entraînement répétitif et mécanique à un langage corporel de marionnette applicable à la mimique, au contact visuel, aux mouvements des bras et des jambes, au corps en ce qui concerne la proximité et l'orientation vers d'autres personnes, à la manière de parler en ce qui concerne l'élocution, le rythme et la mélodie. Ces exercices divers de communication non verbale (" TRs ") visant à acquérir un langage corporel artificiel font penser à des cours d'art dramatique mais sont toutefois du domaine d'une pédagogie de dressage.

L'usage permanent du langage technique emprunté à l'ingénierie et cette culture de communication non verbale artificielle dans la vie sociale devraient conduire peu à peu, chez les fonctionnaires et les clients de longue date, à l'extinction de la vie émotionnelle et, donc, également du sentiment moral allant de pair avec la vie émotionnelle. Il se pourrait que cela conduise, chez les sujets, au développement d'un " homme unidimensionnel ", tel que H. Marcuse l'a présenté et critiqué, en tant que nouveau type de personnalité technoïde, dans ses études sur l'idéologie de la société industrielle avancée (1964). Quant aux dirigeants supérieurs et aux membres de la SeaOrg, " aristocratie " de l'organisation, qui sont soumis à l'entraînement le plus intensif, il est sans doute plus pertinent de les ranger sous le type voisin de l'homme technologique destiné à fonctionner et à combattre, tel que E. Jünger a prévu son avènement dans son étude " Le Travailleur "(1932), comme nouvelle étape dans l'évolution d'une humanité de plus en plus technicisante (cf. 5b).

Selon l'étude sur la " Personnalité Autoritaire " menée par T. W. Adorno et ses collaborateurs, à la fin des années quarante, à Berkley, il est aujourd'hui du domaine des connaissances considérées comme acquises par la recherche sociale que la réification du psychisme et la technologisation des relations humaines, but sciemment poursuivi par l'entraînement scientologique, constitue une condition essentielle pour la formation de ce type de personnalité. Dans sa forme la plus achevée, ce type présente les caractères suivants : il fonctionne, dans les systèmes totalitaires, de manière absolument mécanique ; lorsqu'il s'agit de la conservation ou de l'élargissement du pouvoir du système, il ordonne sans scrupules, même des mesures inhumaines, ou exécute de telles mesures avec précision lorsque l'ordre lui en est donné. La question de savoir si ces mesures sont contraires aux droits de l'homme ou à la loi morale lui est en règle générale indifférente. Pour justifier ses actes, il lui suffit que ceux-ci soient utiles au système et / ou soient approuvés par le système.

Le modèle humain autoritaire est donc en contradiction fondamentale avec le modèle humain démocratique. Longtemps encore après leur sortie de l'organisation, les anciens membres ayant été pendant de longues années fonctionnaires ou clients permanents de l'organisation se plaignent parfois de froideur intérieure et d'absence d'émotion. Les proches de membres de la Scientologie constatent déjà la modification de leur personnalité souvent peu après la prise de contact avec l'organisation. Ils décrivent leur comportement en des termes tels que " froidement calculateur ", " comme un robot ", " mécanique ", ou se plaignent d'un comportement social " cynique " ou même " sadique ".

On décrit des comportements semblables même après leur sortie de l'organisation. La question de savoir s'il est permis de s'appuyer sur un tel comportement pour en conclure à une maladie sous forme de névrose reste à examiner. Le phénomène difficilement explicable concernant la plupart des anciens fonctionnaires et clients permanents et résidant dans la question de savoir pourquoi, pendant la durée de leur adhésion, ils considéraient les auteurs de critiques du système comme de véritables ennemis, même lorsqu'il s'agissait de personnes parmi les plus proches, et cherchaient à éliminer ces facteurs perturbateurs par tous les moyens, ne peut cependant pas résulter uniquement du développement d'une structure de personnalité autoritaire. Certains anciens adeptes font remarquer qu'ils considéraient le fait de devoir rompre leur lien avec l'organisation pour se conformer au désir de leurs proches comme une menace pesant sur leur propre bien-être, leur " survie " selon la doctrine du système. La génération de cette attitude fait partie de la stratégie de manipulation du système qui immunise ainsi ses adeptes contre la critique extérieure. Il s'agit là d'une technique sociale éprouvée à de nombreuses reprises par les régimes totalitaires, consistant à dogmatiser le lien étroit avec le régime et sa pérennité en tant que bien nécessaire à la survie, afin d'acquérir des défenseurs, mais aussi des combattants pour la protection et l'expansion du système.
e) Inflexible exigence de rendement par la mesure permanente de la capacité de performance de " l'homme machine " et de ses " agrégats "

Lorsqu'une " Org opérationnelle " a été créée, les clients sont " amenés " dans l'" Org " et " traités " avec les méthodes exposées au point 3. Le processus de formation et d'éducation auquel sont soumis les collaborateurs n'est, à ce moment, aucunement achevé. Toutes les prestations des collaborateurs, qui, tels des ouvriers à la chaîne, sont mis au contact du client conformément à un règlement technique prédéterminé, font l'objet de minutieuses et continuelles mesures sur lesquelles sont fondés le contrôle et la commande de l'individu ainsi que de l'" Org ". Cette mesure de l'" outflow " sert à évaluer la capacité de performance de chacun des collaborateurs ainsi que, indirectement, celle du management. En outre, Hubbard a élevé la statistique au rang de théorie biologique du salut. Car elle permet en même temps de mesurer le " potentiel de survie " des collaborateurs concernés ainsi que celui de l'" Org ". La statistique est donc le pivot et la charnière de tout le système de la Scientologie.

Elle décide à elle seule du sort du plus petit fonctionnaire comme de celui du manager haut placé. Sur la base du résultat de la statistique, chacun des collaborateurs, jusqu'au haut manager, ainsi que les organisations se voient attribuer, dans le cadre d'un système d'évaluation à douze degrés (" Confusion, trahison, ennemi, doute, liabilité, non existence, danger, urgence, normale, affluence, changement de puissance, puissance "), une condition dite d'éthique déterminant sa valeur et sa réputation à l'intérieur de l'" Org " ou vis à vis des autres " Orgs ".

Si le résultat de la statistique est mauvais (p. ex. " non existence "), des sanctions extrêmement dures sont prononcées pour l'amélioration de la capacité de performance personnelle. Dans ce contexte, la maladie ne constitue pas une raison d'excuse car, selon la théorie, les scientologues parfaitement entraînés ne peuvent jamais être malades. Une mauvaise statistique ayant la maladie pour cause est donc une raison justifiant tout particulièrement une " mesure de correction ", à savoir des exercices difficiles. Selon les rapports d'anciens adeptes, la statistique est abusivement utilisée pour la mise au pas et l'exploitation impitoyables des collaborateurs, afin de les pousser à la " production ", sur laquelle est fondée l'" expansion " du système. La mesure de l'expansion dans un système de coordonnées espace-temps sert d'indicateur pour la force d'une " Org " (HCO PL du 4 décembre 1966).
f) Le potentiel de survie de " l'homme machine " et de ses " agrégats "

Par " potentiel de survie ", Hubbard entend une fonction de vitalité mesurée au moyen de la statistique de production (HCO PL du 6 juillet 1976). La mise en œuvre de sa " technologie " vise à augmenter cette fonction de vitalité, c'est-à-dire la capacité de fonctionnement de l'être humain dans sa totalité, dans les domaines physiques, intellectuels et spirituels, jusqu'à lui faire atteindre une dimension surhumaine, tous les troubles du fonctionnement, parmi lesquels figurent également les maladies psychosomatiques, devant être éliminés sur le " Pont ", à savoir ce long parcours d'exercices au coût incroyable. Les organisations se voient également attribuer un potentiel de survie.

Le surhomme biologique à la parfaite fonctionnalité et à la force biologique la plus grande possible (" puissance ") de Hubbard n'appartient donc pas au domaine des religions au sens occidental, non plus qu'à celui du bouddhisme, comme l'organisation le prétend, mais à celui d'une doctrine naturelle biologique à la superstructure fantastique (scientisme utopique). Par la condition " puissance " qui, ainsi que mentionné plus haut, constitue le degré le plus élevé dans le " système d'éthique " gradué et, donc, la valeur la plus élevée pour le système, Hubbard n'entend en premier lieu rien d'autre que la capacité de rendement la plus élevée dans le processus de travail, qu'il s'agisse d'un individu ou d'une organisation, mais c'est aussi la puissance la plus élevée pour une humanité biologique composée de surhommes qu'il s'agit de créer au moyen de sa " technologie " et grâce à laquelle se fera jour la " volonté de puissance " (" will power ") de l'humanité tout entière. Dans " Scientology 0-8. Das Buch der Grundlagen ", Hubbard se réfère expressément à Nietzsche comme source de la Scientologie.

Le concept de puissance biologique, mais aussi le modèle de l'homme machine qui n'attribue plus qu'une valeur d'usage à l'homme, montrent que Hubbard voulait réaliser les idées de Nietzsche. Les exigences technologiques de Nietzsche en appelant à un social engineering contraire à la dignité humaine ne le cèdent en rien au cynisme de Hubbard : " La tâche consiste à rendre l'homme aussi utile que possible et de le rapprocher, autant que cela peut se faire, de la machine infaillible : à cette fin, il faut le doter de vertus propres aux machines (- il doit apprendre à considérer les conditions dans lesquelles il travaille avec une utilité mécanique comme celles ayant la plus grande valeur : à cette fin, il est nécessaire de le dégoûter des autres autant qu'il se peut, de lui en présenter le danger et de les déconsidérer autant que possible) " (Nachlaß, dans: Werke III, p. 630).

Ainsi, le premier axiome de la doctrine de Hubbard " Survis! " n'a sans doute pas été conçu en tant que concept philosophique, mais au contraire en tant que concept biologique dans le cadre d'une théorie biologique procédant du darwinisme social. La réflexion philosophique sur la Scientologie néglige souvent le fait que la plupart des concepts scientologiques ont un fondement matérialiste, c'est-à-dire biotechnique, sur lequel Hubbard appuie sa connaissance du comportement actif (" technologie "). Pour Hubbard, il ne s'agissait donc jamais de l'exercice de la puissance spirituelle, mais toujours et uniquement de la puissance biopolitique telle que la définit l'analyste de la puissance M. Foucault.
g) L'obligation de " produire " par la mise en œuvre de l' Ethique "

Cependant, la logique de fonctionnement de la doctrine totalitaire d'organisation et de production du système est constituée de règles technocrates s'appliquant non seulement à la construction de l'organisation (" Admin ") et à la formation des collaborateurs (" Tech "), mais aussi, comme déjà indiqué plus haut, à la direction des collaborateurs (" Ethique "). Ce règlement est également l'expression du principe de contrôle total du comportement par la mise en œuvre de mesures pédagogiques coercitives. Les moindres transgressions au règlement de rôles orienté vers la " production " imputables aux fonctionnaires auxquels il a été inculqué par entraînement répétitif (ideal scene, HCO PL du 5 juillet 1970) sont relevées au sein de l'" Org " par un système raffiné de contrôle et de sanctions (" Ethics "). Dans ce contexte, le système ne connaît pas de sphère intime. Tous les moyens sont donc permis pour soumettre chaque membre à un examen total, c'est-à-dire pour en faire " l'homme de verre " total. Le but du contrôle " éthique " est de constater les " intentions contraires " et " intentions étrangères " des fonctionnaires afin de les éradiquer ensuite par les moyens d'une pédagogie coercitive.

Pour permettre la détection de quelconques intentions constituant une transgression, des " rapports de connaissance " sur les erreurs commises par des collaborateurs et s'avérant contraires au but d'exploitation doivent être envoyés aux officiers dits d'éthique. Il est également exigé, le cas échéant, de se dénoncer soi-même.

Tous les " rapports de connaissance " sont réunis dans des dossiers dits d'éthique afin de pouvoir les utiliser pour justifier une sanction plus sévère pour la mise au pas du fonctionnaire en cas de défaillance renouvelée. L'" évaluation " s'effectue aussi à partir des dossiers personnels et des statistiques ainsi que de la " condition d'éthique " précédente. Etant donné que l'éthique scientologique porte sur le comportement productif et, donc, utile à l'expansion des collaborateurs, il n'est pas étonnant que Hubbard pardonne généralement même des crimes, comportement donc amoral, à des collaborateurs ayant une statistique élevée (doctrine dite de Khan Khan, HCO PL du 1er septembre 1965 VIII).

Il est manifeste que le système applique aujourd'hui encore cette éthique finale, utilitariste et amorale lorsqu'il réprime systématiquement toute critique justifiée, diffuse de la propagande mensongère, fait suivre des " entraînements au mensonge " à ses collaborateurs, attaque les auteurs de critiques avec les méthodes de la terreur psychique ou contraint ses anciens membres à la docilité en les menaçant de publier les données de leurs auditions. La Scientologie agit donc selon une double morale ayant pour principe que " la fin justifie les moyens ".

En outre, le système s'assure en permanence du non déviationnisme de ses collaborateurs par des interrogatoires sévères, à caractère inquisitorial, menés dans le cadre desdites " vérifications de sécurité ", au moyen de listes de questions et avec le secours du détecteur de mensonges (" E-mètre "). Cependant, les clients sont également soumis à de telles " vérifications " afin de détecter d'éventuelles " intentions contraires " ou " intentions étrangères ". Les transgressions soi-disant indiquées par un certain déplacement d'aiguille de l'électromètre sont aussitôt " réparées ". Parmi ces " mesures de réparation " figurent en premier lieu les procédures dites de clarification des mots. Son objectif est de consolider le nouveau langage - et donc, en même temps, l'orientation idéologique du déviant - par l'étude des définitions propres au système.

Il n'est pas donné d'éclaircissements sur le but et l'effet de ce programme de dressage linguistique. Le fait que cet arsenal de techniques d'éducation répressives comporte également l'éducation en camp de travail est bien dans la logique du système. Hubbard a manifestement trouvé le modèle du " RPF " dans la " pédagogie des camps " des dictatures communistes et fascistes.

Les individus troublant la fabrication de l'homme nouveau de l'intérieur ou de l'extérieur font l'objet d'un traitement éducatif spécial particulièrement sensible appliqué par la machinerie d'éducation technologique de la scientologie. Ces gêneurs qui freinent la " production " (" personnes suppressives ", HCO PL du 16 octobre 1967), sont " maniées " au moyen de " mesures d'éducation " extrêmement douloureuses jusqu'à ce qu'ils ne freinent plus la machinerie. Le cours PTS/SP " Comment confronter et briser la suppression "