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La dent du Bouddha, une histoire de dévotion

 
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Seunam Gyamtso
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Message Posté le : 03 Juil 2006 17:20  Répondre en citant

La Dent du Bouddha


Une vieille tibétaine avait pour fils un commerçant qui se rendait souvent en Inde pour vendre et acheter de denrées. La vieille femme avait une foi très profonde dans le Bouddha, si bien que son vœu le plus cher était de posséder une de ses reliques. A l'occasion d'un de ses voyages en Inde, le fils, décrivant son itinéraire à sa mère, mentionna qu'il passerait à Bodh-Gayâ. Bodh-Gayâ ! Le lieu de l'Eveil du Bouddha !

* Puisque tu te rends dans un endroit si sacré, dit la mère, essaye de me rapporter une relique du Bouddha ou du moins quelque chose qui lui aurait appartenu.
* Promis ! répondit le fils.

Le marchand prit donc la route de l'Inde, fit son commerce dans les différentes villes où il avait prévu de se rendre, passa par Bodh-Gayâ et...pris par les soucis de l'achat et de la vente, du marchandage, du calcul du bénéfice et de l'évaluation de la qualité des denrées, oublia complètement la relique du Bouddha.
Dès qu'il rentra dans son village, c'est pourtant la première question que lui posa sa mère :

* As-tu pensé à ma relique ?

Hélas, non. Le fils n'avait pensé à rien !
L'année suivante, le fils entreprit un nouveau voyage en Inde ; la mère lui renouvela sa demande de manière pressante, pour le voir revenir quelques mois plus tard les mains aussi vides que la première fois. Les affaires étaient si pressantes !
Troisième voyage en perspective, troisième requête de la mère qui, poussée autant par la dévotion que par le désespoir d'avoir un fils aussi négligent, lui dit :

* Si tu oublies cette fois-ci encore de me rapporter ce que je t'ai demandé, quand tu reviendras, je me tuerai devant toi.

Et le fils, fort impressionné, de promettre plus que jamais.
Sur les routes de l'Inde, il pensa bien à sa promesse, mais les jours passant et la fièvre du commerce le prenant chaque semaine davantage, il se retrouva au Tibet sans s'être soucié de la moindre relique. N'étant qu'à un jour de marche de chez lui, il était en train de prendre son repas de midi, lorsque, horreur ! Il se souvint de la promesse faite à sa mère. Il savait qu'elle était capable de la mettre à exécution. Que faire ?
Soudain son regard se porta sur le cadavre d'un chien en décomposition qui se trouvait non loin. Un éclair jaillit dans son esprit : dent de chien, dent d'homme, la différence n'est pas si grande ; il rapporterait à sa mère une "dent du Bouddha" !
Un objet si sacré ne saurait être présenté sans un emballage qui en souligne la grandeur. Aussi notre commerçant l'enroba-t-il d'un brocart blanc très précieux, puis d'un jaune, puis d'un rouge. La merveille était prête.
Lorsqu'il se présenta devant sa mère, il attendit sa question avec une joie non dissimulée :

* Alors, as-tu fait bon voyage ? N'as-tu pas oublié encore ma demande ?
* Mère, comment l'aurais-je oubliée alors que ta vie en dépendait ? Je t'ai rapporté une dent du Bouddha. Regarde !

Les yeux brouillés de larmes, la vieille femme reçut le précieux paquet et, avec un respect infini, défit les brocarts un par un jusqu'à ce qu'apparaisse cette chose si extraordinaire, incroyable, inouïe : une dent du Bouddha !
Elle s'empressa de placer la dent sur un autel, fit ciseler une châsse en or pour la contenir, puis, chaque jour, récita des prières et disposa des offrandes devant le saint objet. Les gens des environs ne manquaient pas de se joindre à elle en grand nombre pour témoigner leur dévotion.
Tant et si bien que la vulgaire dent de chien, au bout d'un certain temps, se mit à produire des perles saintes (tib. ringsels). Quant à la vieille femme, lorsque son temps fut venu, son corps disparut dans un arc-en-ciel en même temps qu'une pluie de fleurs tombait du ciel.

La dent n'était qu'une dent de chien, la vieille femme était dans l'erreur, mais la puissance de sa dévotion était si grande qu'elle put donner lieu à de tels prodiges.

Amicalement,


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