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Court historique du Dharma au Tibet

 
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Toupten Zangpo
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Message Posté le : 26 Juil 2006 17:11  Répondre en citant

INTRODUCTION AU BOUDDHISME TIBETAIN

Rappel historique
On peut distinguer dans le bouddhisme deux grands courants : le Véhicule Individuel et le Véhicule Universel (Hinayana, Mahayana ). Cette division est à la fois doctrinale, historique et géographique .
Sur le plan doctrinal
Le Véhicule Individuel vise la libération personnelle (Nirvana) et l’état de réalisation d’Arhat, c’est à dire d’une personne qui dans cette vie a atteint cette libération au terme d’une voie progressive basée essentiellement sur l’éthique, l’absorption méditative et la sagesse (shila, dhyana, prajna). Selon cette lignée, un Bouddha n’existe plus après sa disparition (parinirvana), ou plus exactement on ne peut plus dire qu’il existe ou n’existe pas ! La motivation principale est donc le renoncement au cycle des existences (samsara).
Le Véhicule Universel vise l’Eveil Parfait et Complet (Samyaksambodhi), à savoir l’état de Bouddha, à travers la pratique des six perfections (paramita) que sont, par ordre de difficulté, le don, l’éthique, la patience-endurance, l’effort-vigueur, la concentration et la sagesse. Le pratiquant encore sur la voie (mais qui est entré sur cette voie) est appelé un Être dédié à l’Eveil (Bodhisattva). Selon cette lignée un Bouddha existe toujours après le parinirvana et possède trois corps :
un Corps Universel (Dharmakaya), qui est l’esprit omniscient et omniprésent (mais pas omnipotent).
Un Corps de Félicité (Sambhogakaya), qui est un corps subtil qui n’est visible que pour des bodhisattvas, le plus souvent dans des terres pures.
Un Corps de Manifestation (Nirmanakaya) qui est visible pour tous en général. Le Bouddha historique est apparu, selon cette lignée, dans un tel corps. Cela signifie qu’il était en fait éveillé dès sa naissance et que sa vie au palais, son retrait du monde et l’ascèse, l’éveil sous l’arbre, sont juste une manière de montrer la voie.
Sur le plan historique
Il faut savoir que les adeptes orthodoxes du Véhicule Individuel n’acceptent pas le Véhicule Universel comme une voie authentique enseignée par le Bouddha . En effet certains points doctrinaux fondamentaux du Véhicule Universel n’apparaissent pas dans les écritures (agama) les plus anciennes. Les enseignements du Bouddha n’ont été porté par écrit que quatre cents ans après le parinirvana. Le canon bouddhique le plus ancien est en langue pali, proche du sanskrit, et concerne exclusivement la voie individuelle. Entre temps, la transmission fut uniquement orale. Certains érudits et adeptes, grâce à des techniques particulière de mémorisation basées sur l’absorption méditative, étaient capables de mémoriser des milliers de stances . Des conciles se réunissaient pour unifier l’ensemble et garantir l’orthodoxie des compilations.
Plus tard, un autre canon, mahayaniste cette fois, est apparut graduellement. Les écritures qui le composent sont d’avantage disparates et posent de difficiles problème d’exégèse. Il est possible d’y sentir une certaine influence hindouisante mais les adeptes du Mahayana s’en défendent. Ils disent que le Bouddha à toujours enseigné cette voie mais de façon plus cachée. Les écritures ont simplement été plus longues à « remonter » à la surface. On peut lire une telle défense dans La Marche vers l’Eveil » de Shantideva . Le Soutra paradigmatique du Mahayana est le PrajnaparamitaSoutra en 8000 stances. Il est aussi certainement le plus ancien .
Les choses se complique encore un peu plus avec l’apparition des tantras. Le Mahayana est en effet divisé en deux véhicules : Paramitayana (ou Soutrayana) et Tantrayana. Les textes du Tantrayana sont plus tardifs et d’une teneur assez différente des soutras.

Sur le plan géographique
Le Hinayana est présent sous sa forme Théravada (la seule parmi les dix-huit et quelques qui ait survécu) en Asie du Sud-Est : Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, et dans une moindre mesure Laos, Cambodge, Vietnam, Indonésie. Certaines lignées hinayanistes sont préservées en Chine. De façon générale les traditions du Hinayana sont « enveloppées » par celles du Mahayana, qui les intègre principalement au niveau de la discipline et de l’éthique mais aussi au niveau de l’Abhidharma (Doctrine supérieure, traitant des nombreux états de conscience ; la partie proprement philosophique, la « vue » n’étant intégrée que pour certains aspects).
Il ne faut pas oublier l’Inde et de nombreux pays occidentaux (surtout l’Angleterre et les États-Unis), où la pratique du Théravada, parfois sous une forme épurée et insistant sur les techniques du Vipassana, est aussi représentée.
Le Mahayana est surtout dominant dans les contrées du nord de l’Asie : le Népal, le Tibet (ou ce qu’il en reste, en fait l’essentiel des lignées est en exil en Inde), la Chine, la Corée, le Japon, la Mongolie, certaines républiques de l’ancienne Union Soviétique, certaines provinces autonomes chinoises et des pays sous influence directe de la culture chinoise comme Taiwan, Hong-kong, la Malaisie, etc, l’Inde et de nombreux pays occidentaux et l’Amérique Latine.

Le bouddhisme tibétain
Il est a noté que le « bouddhisme tibétain » est quasiment la seule tradition bouddhique à être identifiée (par les occidentaux) par son appartenance géographique et nationale. Cela peut être trompeur puisque ce type de tradition est présent sous la même forme en Asie centrale, en Inde, au Népal et dans les petits pays himalayens (Bhoutan, Ladhak, Sikkhim). En fait la forme de bouddhisme pratiquée au Tibet était déjà présente en Inde et dans les pays sub-himalayens au environ du Xème siècle.
Le bouddhisme tibétain est d’obédience mahayaniste. Mais plus spécifiquement il est un bouddhisme tantrique. Du point de vue doctrinal et historique, les formes tantriques du bouddhisme ne sont jamais exclusivement tantriques. Elles intègrent pleinement les enseignements du Hinayana et du Paramitayana comme base à la pratique tantrique. Isoler les pratiques tantriques des pratiques de base est un non-sens complet. C’est comme donner les clefs d’une Ferrari à un enfant de dix ans qui a déjà conduit dans sa vie une bicyclette.
Quelques mises au point d’usage
J’en profite pour rappeler l’usage de certains termes dont j’ai eu la fréquente occasion de noter à quel point ils prêtent à confusion.
Les moines dans le bouddhisme tibétain font voeux de célibat, selon l’acceptation commune occidentale. Le problème est qu’au Tibet les habitudes vestimentaires peuvent prêter à confusion. Il n’est pas rare qu’un Lama (maître) laïque porte des robes « quasiment » monastiques. Sa Sainteté le Dalai Lama a dû récemment attirer l’attention sur cette source de confusion et généralement ses conseils sont respectés.
Un moine est une personne qui a reçu l’ordination. Il y a aussi des moines apprentis, des novices et la différence porte sur les voeux, plus ou moins élaborés. Techniquement un moine est un bikkhsou pleinement ordonné. Les tibétains font souvent la différence en terme de vocabulaire. Il y existe aussi des moniales.
Un moine n’est pas nécessairement un Lama. Lama est la traduction tibétaine du sanskrit Guru. Est guru, ou maître, celui ou celle qui possède des qualités particulière et qui d’autre part est vénéré par des disciples. Si une personne sans qualité et au motivations douteuses est vénérée par des disciples il s’agit d’une déviance sectaire. Traditionellement ce phénomène est aussi mal vu que chez nous actuellement.
D’autre part un Lama n’est pas nécessairement un moine. De grands maîtres sont des pratiquants laïques, c’est à dire non-ordonnés. Par contre ils ont pris les 5 préceptes bouddhiques de base et pratiquent les voeux de bodhisattvas et les voeux tantriques.
Un Toulkou est une réincarnation reconnue. Toulkou est la traduction tibétaine de Nirmanakaya, c’est à dire Corps de Manifestation (voir plus haut). Les procédures de reconnaissance des Toulkous sont complexes et variables. Il n’y a pas de méthode unique. Les grands Lamas dignitaires (Dalai Lama, Panchen Lama, Karmapa, etc) sont reconnus pas des procédures renforcées et nécessitent de nombreux observateurs. Les enjeux sur le plan politique et économique ne sont pas triviaux !
Mais tout Toulkou n’est pas nécessairement un Lama, quoique que ce soit le plus souvent le cas. Et si un Lama n’est pas forcément un Toulkou, c’est néanmoins la situation la plus courante car les Toulkous reçoivent une éducation et un entraînement « intensif » pour les préparer. Certaines exceptions notoires de « Grands Lamas » qui ne furent pas des incarnations reconnues furent Lama Yeshé et Kalou Rimpoché. Ce qui nous amène tout naturellement au terme de Rimpoché.
C’est un terme très usité. Il marque le respect du à un maître et signifie « précieux ». La plupart du temps il indique un Toulkou, mais pas toujours. En fait des disciples peuvent appeler leur maître « Rimpoché » sans que celui ci ne soit un Lama reconnu et la dénomination passe dans l’usage. De plus les appellations varient avec le temps et la « carrière » d’un maître, éventuellement dans son existence post-mortem. La tradition tibétaine est assez friande de qualificatifs élogieux et ce phénomène est observable en Occident où au cours des années les titres s’ajoutent graduellement au noms des maîtres par une sorte de surenchère. Sa Sainteté le Dalai Lama a souvent mis en garde contre certains abus et préconise que les qualités soient réellement observées chez les personnes avant de s’y fier sans se laisser abuser par les dénominations. J’imagine que l’on pourrait dire la même chose pour les autres religions.

Bref historique du bouddhisme tibétain
Le bouddhisme fut introduit au Tibet au VIIème siècle par le roi Songtsen-gampo (618 649) qui unifia le pays. Ou plus exactement par les consorts du roi dont l’une était chinoise et l’autre népalaise et une autre encore du royaume de Zhang-zhung. Elles éveillèrent son intérêt en apportant des textes et des objets de rituel. Mais ce fut seulement avec l’empereur Trisong-detsen (755 797) que des maîtres indiens importants furent invités (suite à une vision prophétique). En même temps, le bouddhisme était menacé en Inde par l’invasion musulmane turque. Deux yogis érudits furent invités : Shantarakshita et Kamalashila. Mais l’oeuvre de pacification des obstacles fut celle du Mahasiddha Padmasambhava. Celui-ci n’a pas beaucoup enseigné mais a laissé de nombreux textes cachés que les tibétains pourraient trouver quand ils seraient près à en absorber le contenu. Padmasambhava est à l’origine de l’école Nyingma (lit. Ancienne).


L’érudit-yogi Shantarakshita


Le roi Songtsen Gampo


Le yogi-thaumaturge Padmasambhava

Les lignées issues de l’Inde, de la Chine et du nord-ouest du Tibet (le royaume de Zhang-zhung) se sont mêlées harmonieusement au début dans le premier monastère du Tibet, Samyé (787), au sud de Lhassa. Le bouddhisme d’origine chinoise était prédominent à cette époque ; mais il y eu au IXème siècle un grand débat entre une forme mettant l’accent sur l’immanence de la bouddhéité et dont la portée était considérable en Chine et une autre forme qui insistait plutôt sur la transcendance et qui revendiquait les sources indiennes comme seules authentiques. A ce jour on peut considérer que le débat n’est toujours pas clos. L’érudit Kamalashila fut invité et emporta le débat. De ce fait la religion officielle du Tibet devint le bouddhisme indien. Le Tantra posait certains problèmes qui ne furent intégrés que plus tard. Toujours est-il que ce fut une grande période de traduction et de compilation des écritures canoniques.
Il y eu une période noire pour le bouddhisme sous le règne de Langdarma (842). Certaines factions de l’ancienne religion Bön ne voyaient pas d’un bon oeil l’arrivée d’une religion nouvelle. Le Bön est une forme évoluée de chamanisme et son influence s’est toujours fait sentir dans le bouddhisme tibétain. Mais à l’inverse les traditions Bön ont intégré plus tard une grande partie du bouddhisme.
Le bouddhisme n’a pas disparu complètement mais a survécu de façon plus ou moins cachée durant ces temps d’affrontements entre pays, factions et clans. De façon générale, il a eu néanmoins une influence pacificatrice très positive sur le Tibet car les tibétains ont longtemps été un peuple guerrier redoutable et craint. Les soldats se sont transformés en moines, ce qui ne les aidera sans doute pas quelque siècles plus tard... Puis, le court règne de Langdarma terminé, le Dharma devint de plus en plus ancré dans la culture tibétaine au point qu’il est devenu impossible de les dissocier. Il est d’ailleurs remarquable que ce peuple soit demeuré imperméable à toute autre influence religieuse ou philosophique au cours des siècle malgré d’intenses interactions avec les contrées voisines. En Inde par exemple, les courants religieux sont innombrables, mais le bouddhisme seul a été importé au Tibet. C’est peut être un bon exemple de ce que l’on pourrait appeler un « karma collectif ».
La forme Nyingma qui prévalait à l’époque (IX et Xème siècle) était essentiellement de nature tantrique mais les écoles et les lignées n’étaient pas centralisées autour d’un dogme. On pourrait peut être même évoquer une certaine forme d’éclectisme. Certains débordements devinrent prévalents dans l’attitude religieuse sur le plan éthique. Pour comprendre cet épisode, qui devint d’une certaine manière un enjeu entre les différentes lignées par la suite, il faut évoquer la nature très spécifique du Tantrayana.
Celui-ci, aussi appelé Mantrayana ou Vajrayana, est une forme du bouddhisme qui est apparue historiquement assez tard mais dont l’origine selon la tradition remonte néanmoins au Bouddha historique. L’essence de l’approche tantrique se qualifie sur le plan psychologique par l’intégration des passions perturbatrices sur la voie plutôt que sur leur rejet ou leur barrage. Là où l’éthique du Vinaya conseille de se détourner des objets d’attachement et de désir, le Tantrayana ne cherche pas à les éloigner, mais vise au contraire l’utilisation de l’énergie psychique que leur contact génère. L’attachement est en effet lié à une forme de libido qui en soi, n’est pas négative. Ce qui enchaîne, selon l’enseignement du Bouddha, n’est pas tant le contact avec l’objet que l’attitude à son égard, et n’est pas non plus le plaisir éprouvé mais la saisie de ce plaisir, saisie qui reste aveugle à sa nature éphémère et superficielle. C’est ainsi qu’une des clefs du bouddhisme est la notion de lâcher prise.
Mais bien évidemment l’utilisation des passions sur la voie exige une préparation complètes sur la voie commune dont l’essence peut se résumer au (1) détachement vis à vis du cycle des existences, (2) à la motivation de grande compassion qui met autrui avant soi-même tout en visant l’Eveil et (3) à la vision de la réalité qui perce et met à jour la nature du monde phénoménale comme impermanent, insatisfaisant et vide de tout substance autonome et inhérente. D’autre part elle est faite, idéalement, pour les yogis qui ont un contrôle parfait de l’esprit et qui sont accomplis dans la voie de l’éthique, de la concentration et de la sagesse.
Il va ainsi de soi qu’une telle méthode, dont n’est ébauchée ici qu’un des nombreux aspects, n’est pas destinée à être pratiquée par tous. De fait le Vajrayana est par essence une tradition ésotérique, initiatique, soutenue par une relation très étroite avec un maître qualifié, hautement symbolique et peu discursive, mystique en un mot. Or même si sa transmission est toujours restée liée à certaines conditions (prendre refuge, prendre des engagements et des voeux spécifiques au Mahayana en général et au Tantrayana en particulier, s’en remettre à un maître et étudier le contenu des textes), il est certain qu’au Tibet il est passé d’un statut ésotérique secret à un statut très largement diffusé. Or c’est en cela et en vertu de la difficulté de pratique évoquée plus haut, que certains tibétains ont pu s’inquiéter d’une relâche des moeurs dans la pratique globale du Dharma. Et c’est pourquoi aussi on a pu parlé de réforme pour la naissance de certaines lignées par la suite, bien que le mot entraîne des associations qui n’ont qu’assez peu de rapport avec ce dont il est réellement question dans le cadre du bouddhisme tibétain.
Pourtant, la plupart des tibétains (et certainement d’autres de nos jours) prenaient (et prennent) une initiation tantrique davantage pour la bénédiction qu’elle représente que pour s’engager dans une pratique concrète. L’essentiel pour eux étaient de recevoir l’initiation comme une protection et une bénédiction du Maître et de la lignée de transmission et ensuite de réciter les mantras, de prier tout comme on prie un dieu, d’invoquer les déités (qui sous leurs aspects divers sont pas nature pratiquement tous des Êtres éveillés) en cas de moments difficiles, bref comme une pratique de nature dévotionnelle plutôt que yogique.
Au Xème siècle de nouvelles traditions ont pris racine au Tibet, initiées par des maîtres indiens et tibétains, mais aussi grâce à un renouvellement des source du Canon, venu directement d’Inde. De nombreux grands traducteurs tibétains ont séjourné en Inde, au Népal et au Kashmir, partis à la recherche des plus grands érudits et yogis (souvent incarnés en la même personne, le Mahasiddha). Mais ces maîtres indiens sont aussi venu séjourner au Tibet pour de longues périodes afin de synthétiser et systématiser l’immense complexité (pour ne pas parler de disparité) des écritures et des pratiques afférentes. Ils appartiennent à ce qu’il est convenu d’appeler la Nouvelle Tradition (tib. sharma) en contraste avec l’ancienne (tib. nyngma). Toutes ces traditions existent néanmoins de nos jours et de nombreuses interactions ont formé leur histoire. Peut être pourrait-on comparer ce phénomène aux différents ordres monastiques dans le christianisme, tous nés autour d’une personne d’exception (un saint), avec cette réserve que les écoles ou lignée tibétaines ne sont pas restreintes aux ordres monastiques, mais comprennent en leur sein les pratiquants laïques, dont bon nombre sont considérés à l’égal des personnes ordonnées.
L’école Kadampa fut ainsi initiée par le grand maître indien Atisha (au Tibet de 1029 à 1042) et son disciple Dromteunpa. Cette tradition fut en fait assimilée par toutes les lignées, en particulier les enseignements sur l’Esprit d’Eveil (bodhicitta) et la transformation de l’esprit (tib. lojong) qui décrivent comment réaliser l’aspiration totalement altruiste à atteindre l’Eveil d’un Bouddha.
Bien que trois lignées distinctes s’ensuivirent, le fondateur de la lignée Guéloug, Lama Tsongkhapa (1357 1419), les a réunifié, ainsi que les enseignements exotériques du Hinayana et du Mahayana et les enseignements ésotériques du Tantrayana. Cette lignée Guéloug est caractérisée par l’insistance sur la voie graduelle (tib. lam-rim) et l’importance de l’étude des traités philosophiques. Un des grands disciples de Lama Tsongkhapa fut le (rétrospectivement) premier Dalai Lama. La lignée des Panchen Lamas appartient aussi à cette école. Depuis le Vème Dalai Lama (1617 1682), les guélougpas ont dominé la scène politique tibétaine.
L’école Sakya fut introduite par le Mahasidda indien Virupa bien avant la lignée Guéloug et en fait celle-ci est l’intégration des enseignements Kadampa et Sakyapa mais avec la touche personnelle de Tsongkhapa. Le coeur de la tradition Sakya est le Lamdré, (la voie et ses fruits) qui est aussi une voie graduelle mais dont la vue ultime est beaucoup moins séparée du Tantra que dans la voie Guéloug. L’un de ses gourous fut Cheugyal Pagpa qui fut nommé régent du Tibet par l’empereur mongol Koublaï Khan (1280 1398) connu à travers les récits de Marco Polo. Cette école fut au pouvoir de 1280 à 1368.
L’école Kagyou dérive directement de la lignée des Mahasiddhas les plus connus que sont Tilopa et Naropa (du moins pour l’une des deux grandes branches). Leurs disciples tibétains ne sont pas moins célèbres puisqu’il s’agit du Traducteur Marpa et du Yogi Milarepa (1040 1123). Cette lignée voit dans le Mahamoudra le coeur de sa transmission. La lignée de toulkus des Karmapas est particulièrement connue et ancienne. On peut voir dans le Mahamoudra une voie de l’immanence de l’Eveil dans le sens où l’esprit ordinaire n’est fondamentalement séparé de l’esprit éveillé. On retrouve là une notion très proche du subitisme de la plupart des écoles chinoises. Alors que la voie graduelle met l’accent sur l’effort, le respect des étapes graduellement maîtrisées et la discipline, la voie abrupte (difficile, ce qui révèle sa nature paradoxale) insiste sur le non-effort, l’immédiateté et la spontanéité.
Mais durant cette période (XI au XIIIème) ou les nouvelles transmissions se sont implanté, l’ancienne école a elle aussi connu des évolutions notamment à travers Longchenpa et de nombreux « découvreurs de trésors » qui ont révélé au fil du temps les enseignements cachés par Padmasambhava des siècles plus tôt.
Lorsque l’on évoque les différences entre les diverses école et sous-écoles (qui sont très nombreuses), il faut d’une part garder à l’esprit que d’une façon ou d’une autre elles intègrent toujours les valeurs de toutes les autres. Même les techniques particulière de méditation développées par tel et tel maître sont finalement adoptées par les autres lignées. En sorte que les grands détenteurs de lignées de quelque école qu’ils fussent détiennent en réalité une partie plus ou moins importante des transmissions des autres écoles. Et d’autre part les différences sont essentiellement une question d’emphase sur certains points doctrinaux plutôt que d’autres. Déjà en Inde les érudits débattaient selon leurs convictions du statut herméneutique des Soutras, la question pouvant se résumer à savoir quelle vue est définitive (nitartha) et quelle autre est interprétable (neyartha). Par contre il ne fait aucun doute que les différences aient été accentuée au Tibet pour des raisons d’influence géo-politiques et économiques.

L’érudition
Les tibétains ont préservé très soigneusement l’héritage indien (mais aussi chinois dans une certaine mesure comme nous l’avons vu) du bouddhisme qui a disparu de l’Inde au XIème siècle sous l’invasion turquo-mulsulmane. Le bouddhisme a sans aucun doute été l’objet de persécussion, tandis que l’hindouisme a su absorber l’Islam jusqu’à un certain point. Cela est très certainement dû à la nature non-théiste du Dharma bouddhique. En cela il n’est certainement pas faux de penser qu’ils se sont senti investis d’une mission de préservation du Dharma. Après l’invasion de la Chine cette mission a trouvé une seconde motivation.
Pour donner une mesure du cursus des moines dans un monastère guéloug, voici une liste des sujets étudiés sur une période de quatorze années. Les novices commencent avant même ce cursus à mémoriser des textes dont ils ne sont pas en mesure d’apprécier la teneur doctrinale, mais ils apprennent aussi les rudiments du débat et les termes techniques qui leur permettrons d’aborder les études avec le bagage nécessaire.

La Perfection de la Sagesse (Prajnaparamita)
Texte principal : Abhisamayalamkara de Maitreyanath et Arya Asanga (350).
Écoles philosophiques : Madhyamaka-Svatantrika et certains aspects du Cittamatra.
Sujets : Trois Sortes de Refuges, souhait d’atteindre l’Eveil, le Nirvana, les preuves de la vacuité, les douze liens de l’interdépendance, les absorptions méditatives (samadhis), herméneutique.
La voie du Milieu (Madhyamaka)
TP : Madhyamakavatara de Chandrakirti (650) en commentaire Madhyamakashastra d’Arya Nagarjouna (200) lui-même un commentaire du Prajnaparamitasutra et Bodhisattvacaryavata de Chandrakirti (700).
EP : Madhyamaka-Prasangika et certains aspects du Cittamatra.
S : La vacuité et l’esprit d’Eveil, la vacuité et les corps de Bouddha, l’avenir des enseignements du Bouddha, la perception directe de la vacuité, la vacuité et les terres pures, comment les choses ’vides’ fonctionnent néanmoins, les voeux principaux et secondaires des bodhisattvas, comment garder purs ces voeux, comment les purifier, comment purifier les actes négatifs, comment combattre les perturbations mentales, se réjouir, la perfection du don, comment la colère détruit les actions justes, la nature de la colère, d’où viennent les perturbations mentales, la jalousie, le calme mental, stopper l’attachement, les joies de la solitude, s’appliquer à la méditation, la nécessité de ’voir’ la vacuité, les deux réalités, la vacuité des sensations.

La Connaissance supérieure (Abhidharma)
TP : Abhidharmakosha du maître Vasoubhandou (350).
EP : Sautrantrika et Vaibhashika
S : La nature du karma, le rôle de la motivation, la corrélation entre les actes et leurs effets, comment est créé le karma, le poids des actes, les trois royaumes de l’existence cyclique, l’état intermédiaire (entre mort et renaissance), le temps et l’espace, la destruction du monde, comment aborder la mort.

L’Ethique (Vinaya)
TP : Vinayasutra du maître Gounaprabha (500).
EP : Vaibhashika
S : La nature des voeux de libération, leurs divisions, les voeux monastiques, qui peut prendre ces voeux, comment ils sont rompus (perdus), les avantages de les conserver.

La Cognition Avérée (Pramana)
TP : Pramanavarttika du maître Dharmakirti (650) lui-même un commentaire du Pramanasamuccaya du maître Dignaga (450).
EP : Sautrantrika et Cittamatra
S : La signification de la perception avérée (pramana), la nature de l’omniscience, les preuves des vies passées et futures, les qualités du Bouddha, pourquoi étudier l’art du raisonnement, la définition du raisonnement, comment débattre, les composantes d’un syllogisme, les causes et les effets, la nature de l’esprit, les concepts négatifs et positifs, la nature des définitions, le temps.

La Voie Graduelle (tib. Lamrim)
TP : Lamrim Chenmo de Lama Tsongkhapa (1357 1419).
EP : Madhyamaka Prasangika.
S : La signification du renoncement, l’esprit d’Eveil, l’aspiration à une vue correcte, comment pratiquer quotidiennement, comment méditer, sur quoi méditer, comment pratiquer dans la vie quotidienne, comment faire l’offrande du mandala, comment développer l’amour et la compassion, présentation brève de l’ensemble de la voie, comment se préparer pour les enseignements secrets du Tantra.

La vie yogique
De très nombreux maîtres tibétains ont passé des années en retraite dans des grottes ou des abris de fortune ou encore dans des monastère dédiés à la méditation. Les biographies attestent des périodes de retraites sur des dizaines d’années. La biographie la plus célèbre de ce point de vue est celle de Milarepa. La méditation ou la contemplation est au coeur de la vie bouddhique. Sans elle les enseignements restent vides, ils sont comme un remède qui n’est pas pris mais dont l’ordonnance prétend faire office de soin.
Les retraites son toujours supervisées par des maîtres qualifiés, ce qui donne toute sa valeur à la transmission orale. Mais en dehors des traités philosophiques dont nous venons de voir certains contenus, une très vaste litérature est dédiée aux pratiques méditatives. De sorte qu’une retraite est souvent organisée de manière formelle où rien n’est laissé au hasard. Une journée de méditation alterne le plus souvent entre certaines pratiques rituelles (des pujas) et les absorptions méditatives (calme mental, concentration mais aussi méditation ’analytique’).
De plus de nombreuses retraites sont centrées sur une pratique tantrique. Elles s’appuient sur ce que l’on appelle une sadhana, c’est à dire un rituel qui condense la totalité des pratiques essentielles tout en étant centré sur une déité (ishtadevata, tib. yidam) spécifique, une déité étant une manifestation particulière d’un Bouddha. Il existe des sadhanas de niveaux de complexités très variés, certaines pouvant être très courtes (quelques stances) et d’autres nécessitant des heures de pratique. Un des moyens de décider de la longueur d’une retraite est de définir à l’avance un certain nombre de mantras à réciter durant la sadhana. Il n’est pas rare que ce nombre se chiffre en millions.

Source : darshan.fr.eu.org




Dernière édition : Toupten Zangpo le 27 Juil 2006 14:04; Edité 1 fois
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Seunam Gyamtso
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Message Posté le : 26 Juil 2006 18:57  Répondre en citant

quel est la source de se texte stp?
Amicalement,


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Seunam Gyamtso
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Message Posté le : 26 Juil 2006 19:05  Répondre en citant

je ne suis pas daccord avec l'auteur vis a vis de la confusion entre hinayana et therevada, un pratiquant therevada ne suivant pas forcement la voie avec la motivation de liberation individuelle du hinayana.

Les textes et définitions different entre deux aproches des définitions desvéhicule : basé sur la motivation ou non

Amicalement,


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