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Toupten Zangpo Membre d'honneur

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Posté le : 26 Jan 2007 19:05 |
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Conférence de Monsieur Tenzin Samphel (7 Février 2001)
Nous allons donner quelques indications sur l'évolution du Bouddhisme tibétain à travers les siècles.
À l'origine, le Bouddhisme a été développé en Inde par le Bouddha historique Sakyamuni. On peut distinguer plusieurs étapes à sa prédication communément appelée dans la littérature bouddhiste /Tourner la roue du Dharma, le mot dans ce contexte signifiant Enseignement. C'est à l'âge de 35 ans, peu de temps après son Eveil, qu'il accepta de prêcher. Le Bouddha pensait que
sa doctrine profonde, subtile, serait mal accueillie, car allant à contre courant de l'époque. D'autre part l'humanité se révélant attachée aux désirs et étant recouverte par les ténèbres de l'illusion, il pensait que celle-ci ne pourrait comprendre cette Doctrine. Nous sommes aux environs de l'an
500 avant J C. Cependant, pendant 45 ans et ce jusqu'à sa mort, il parcourut le continent indien et s'adaptant aux demandes, donna son enseignement, lui qui avait si parfaitement développé ses capacités intérieures.
Il tourna la première roue de la Loi à Sarnath (Isipatana) près de Bénarès, en enseignant à ses anciens compagnons (au nombre de cinq ascètes), les Quatre Nobles Vérités.
Ces quatre vérités représentent la nature de la vie, ce sont des vérités essentielles. La vie est souffrance (dukkha) : Il y a la souffrance ordinaire, la souffrance causée par le changement, la souffrance de l'état conditionné, ce troisième aspect nécessitant un approfondissement. Dans la
philosophie bouddhiste, le moi qui est l'individu en perpétuel changement peut se diviser en 5 agrégats ou groupes qui sont eux-mêmes souffrance (matière, sensations, perceptions, formations mentales, conscience). Ces agrégats sont les éléments en perpétuel changement, source de souffrance.
Comment apparaît la souffrance?
C'est le désir, la soif, qui conditionne en se manifestant de manières variées les formes de souffrance. Cependant si cette soif est à l'origine de la souffrance, elle est interdépendante, pour son apparition, au contact, à la sensation.... Si j'ai envie de chocolat, c'est quand y goûtant, j'en éprouve une sensation que j'ai envie de renouveler, si je n'y goûte pas, je n'ai pas envie de chocolat.
La Cessation de la souffrance.
Il existe une émancipation à la souffrance qui est le Nirvana, connu aussi sous le nom de Tanhakhaya " extinction de la soif" . Ce sont des mots qui ne peuvent pas traduire l'état lui-même (se reporter au Majjhima-nikaya ou à l'Enseignement du Bouddha de Walpola Rahula.
Le Sentier qui mène à la cessation comprend :
1. Compréhension juste.
2. Pensée
3. Parole
4. Action
5. Moyens d'existence
6. Effort
7. Attention
8. Concentration juste.
Toutes ces catégories ne sont pas à poursuivre indépendamment car chacune aide à cultiver l'autre. Ces catégories s'appellent les huit facteurs d'éveil, essentiels à l'entraînement de la discipline bouddhiste : La conduite éthique basée sur l'amour, la charité, la bonté. La sagesse qui est la qualité de l'esprit. La discipline mentale basée sur la non-distraction donne la capacité
d'observation des motivations positives ou négatives qui nous animent, il ne faut développer que les positives. Ce véhicule est appelé le Petit Véhicule, dans le sens où la motivation de sortir de la souffrance est individuelle. C'est un peu comme si lorsque l'on a mal à la tête, on prend un médicament pour y remédier sans en chercher les causes. La souffrance apparaît dans ce cadre comme une réalité tangible.
Le Bouddha tourna la deuxième roue de la loi.
Au Pic des Vautours, près de Rajgriha principalement, il donna le deuxième groupe des enseignements. Il comprend les Sutras ou Paroles du Bouddha de l'Ultime Perfection de Sagesse ou Prajnaparamita (sanscrit). La Prajnaparamita explique la nature profonde de vacuité des dharmas ou phénomènes dont la situation est l'absence de toute caractéristique d'existence ou de néant, d'où l'appellation de cette voie : Voie du Milieu. C'est la base philosophique du Grand Véhicule.
La vacuité peut se trouver par une méthode analytique ou par la méditation.
La méthode analytique s'appuie sur la sécabilité des éléments constitutifs d'un objet. Une table, c'est un assemblage de bois coupé, formé des constituants du bois : Vaisseaux, cellules... plus finement des molécules de lignine, cellulose, sucres, éléments minéraux, carbone… Donc le bois
n'a pas d'existence par lui-même, il est un ensemble interdépendant.
L'écriture sur un papier dépend de la blancheur du papier. Les caractères apparaissent si le papier est clair, autrement les caractères n'apparaissent pas. Là encore il n'y a pas de consistance solide des caractères. La forme et la vacuité sont unies pour donner l'apparence des caractères sur le papier. Donc, pour sortir de la souffrance, s'en libérer, on s'appuie sur le fait que la souffrance n'a pas de consistance solide, elle résulte d'un ensemble de phénomènes interdépendants. On peut dire que la manifestation de la vacuité est l'Esprit d'Eveil, c'est-à-dire la manifestation de l'Amour et de la Compassion.
Nagarjuna, célèbre philosophe indien qui reçut l'éducation traditionnelle d'un Hindou de haute caste s'intéressa aux sciences de son temps et écrivit un traité d'alchimie, un ouvrage érotique puis se convertit au bouddhisme et développa la position Madhyamaka où il concède que les phénomènes sont réels mais seulement en tant que phénomènes. On a raison de dire qu'ils sont
comme un voile mais qu'il n'y a rien derrière ce voile. Au total l'attitude la meilleure est celle du Bouddha qui, dit-on, gardait le silence quand on l'interrogeait sur l'essence des phénomènes.
Nagarjuna a parlé de la vacuité des objets et des phénomènes et des 10 étapes de développement spirituel (lire l'Epître à un Ami). À chaque étape il y a un développement de l'esprit d'éveil qui amène l'amour et la compassion. La vacuité amène l'amour et la compassion.
La troisième roue de la Loi est la doctrine idéaliste (Chittamatrin).
Les Idéalistes déclarent que les objets sont de simples apparences de l'esprit. Dans les 2 cas c'est l'esprit associé à l'engagement spirituel ou à de mauvaises aspirations qui est le responsable des états fortunés ou malheureux (consulter l'idéalisme et l'école du milieu de Gomang Khensur
Rinpoche). Les philosophes Asanga et Chitamattra sont des représentants de cette dernière école.
Certains auteurs pensent que le Bouddha n'a jamais enseigné les Tantras, d'autres disent qu'il a pris la forme des déités pour les enseigner. Le Bouddhisme tibétain est plutôt lié aux tantras, mais il contient en lui les deux autres véhicules.
Le bouddhisme est arrivé au Tibet au 8ème siècle. Beaucoup de maîtres sont venus d'Inde et de Chine, comme l'abbé indien Shantarakshita ainsi que Guru Rinpoche. Ils ont construit des monastères au Tibet, puis peu à peu il y a eu des initiés au Tibet qui ont pratiqué. C'est une époque très ouverte, très riche.
L'étude des Tantras et leur pratique a donné naissance à ce qui a été appelé l'école des anciens :
Nyingmapa, qui existe encore de nos jours. Il y avait des maîtres femmes, telle Yeshé Sogyal qui a transcrit les enseignements de Guru Rinpoche. La plupart des pratiquants étaient moines ou laïcs tantriques tels : Le laïc Marpa, le moine Guendun. L'activité de leur pratique reposait
beaucoup sur le travail du corps, par un travail sur le souffle, les cakras, d'où le respect pour le précieux corps humain.
Il y avait 2 traditions : Kama (Enseignement oral) et Terma (révélation).
Si l'enseignement se révélait non adapté à l'époque, il était caché dans des lieux clairement indiqués pour le futur. C'est ainsi que Dudjom Rinpotché et Dilgo Khyentsé Rinpoche, éminents maîtres de notre époque ont révélé des termas cachés. La tradition de cette école est venue de l'Inde, du pays d'Oddyana, à la frontière du Pakistan. Dans cette école pour la pratique du
Dzochen, il y a plusieurs sections : Esprit, vacuité, préceptes. Cette école de la Grande Perfection repose sur le Guya tantra qui est le tantra le plus ancien.
À la fin du Xe siècle, le roi Langdarma fait détruire des monastères et oblige les moines à tuer des animaux, créant un climat propice à la destruction qui continue pendant 60 ans. Cependant, au sein des fôrets, des ermites protégèrent des textes et à la fin du XIe siècle lors de la deuxième
diffusion du Bouddhisme, ils réapparurent.
Au XIe siècle apparaît l'école Kadampa. (KA : Enseignement du Bouddha, Dampa : Préceptes).
Plus tard, apparaîtra une deuxième école Kadampa qui s'appellera Gueloupa et qui a ses racines dans l'école Kadampa ancienne.
Au XIe siècle le prince du Tibet envoie des étudiants en Inde et demande à des Maîtres indiens de venir enseigner. Atisha (982-1054), deuxième fils du roi de Zahor qui est peut-être le Bengale, est très précoce. À dix ans, il est très versé en médecine et dans les lettres et étudie le bouddhisme. Il
étudie le Madhyamaka pendant sept ans ainsi que les pratiques tantriques. À 29 ans, il est ordonné moine et étudie l'Abhidharma. Plus tard, il a comme maître Naropa. Il passe plusieurs années à Sumatra avec Dharmakirti et à 44 ans, revient en Inde où il devient une autorité très écoutée et la gloire du monastère de Vikramashila. Les moines tibétains venus à la recherche d'un
maître l'y rencontrent et ce n'est qu'à l'âge de 60 ans qu'il se met en route pour le Tibet.
Son monastère ne souhaitait pas le laisser partir, cependant il partit pour 3 ans, mais les événements l'obligèrent à rester plus longtemps et il mourut à Netang près de Lhassa. Son rôle est très important. Il restaura la discipline dans les monastères, donna une grande impulsion au culte de Tara. Il s'attacha à équilibrer l'aspect exotérique et ésotérique, ce qui inclina Marpa à fonder l'école Kagyupa pour réagir par des positions plus tantriques. Enfin Atisha instaura l'obligation que chaque élève avait de s'attacher à un Maître. Dromteunpa étudia les textes d'Atisha et alla à Samyé où il enseigna pendant 12 ans. Il était laïc et cependant Atisha lui conféra l'enseignement
et le désigna comme son successeur. Il est connu comme le Lama du karma car il enseigna essentiellement sur ce thème (Lamrim).
Il y a 7 dharmas divins : Bouddha. Avalokiteshvara. Tara. Le protecteur : Miyowa. Les trois corbeilles. Les enseignements reposent également sur l'enseignement de l'entraînement du mental en sept points.
En 1357, naît Tsongkhapa, fondateur des Guéloupa qui tirera son nom de la construction en 1409 du monastère de Ganden. Cette école est la nouvelle Kadampa.
En 1073 c'est la construction de Sakya dont le règne sur le Tibet commence en 1249 pour s'achever aux alentours de 1281. La construction du monastère avait été prédite par Atisha et il
avait annoncé la naissance de 5 incarnations de la Sagesse (Manjusri). Les Sakyapas ont 5 Lamas fondateurs : Satchen Kunga Nyingpo, Sonam Tsémo, Trapa Djialtsen, Sakya Pandita, Tcheudjial Phakpa. Les enseignements très précieux ne sortaient pas de l'enceinte des monastères Sakyas.
Différentes branches se développèrent dont la branche de Ngor, encore vivante en France à ce jour et transmettant depuis 30 ans aux Européens désireux de s'engager dans la voie bouddhiste, de très précieux enseignements comme les 13 Dharmas d'or, ainsi nommés par la préciosité de
leur qualité, les 3 grands rouges, les trois petits rouges et les Tantras d'Hevajra, Kalachakra, ainsi que le fameux traité du Lamdré, enseignement complet de la voie à suivre pour obtenir l'état de Bouddha et dans une seconde partie, de son fruit l'état de Bouddha incluant des pratiques spécifiques, l'engagement dans la voie et le respect des préceptes accompagné par l'inestimable présence du Maître.
La philosophie de cette école repose sur les 2 phases de création et de résorption des divinités de pratique, accompagnées de la dédicace des mérites pour le bien de tous les êtres des 6 sphères d'existence et ceux qui sont dans le bardo (état entre deux vies).
La philosophie qui s'en dégage est la suivante : Comme l'esprit existe et que la clarté est avec l'esprit, la clarté est toujours avec l'esprit. Dans la clarté, on ne trouve pas de couleur, de forme, donc la clarté est vacuité. Il y a inséparabilité de la clarté et de la vacuité. C'est l'état ultime de l'esprit. C'est aussi l'inséparabilité du Samsara (cycle des vies et des morts) et du Nirvana (en théorie état vers lesquels on se dirige).
Les phénomènes ne sont que l'esprit.
L'esprit est illusion.
Il n'y a pas de substantialité. Cette méthodologie permet une claire compréhension.
Il y a aussi 2 textes fameux traduits de nos jours grâce à Phendé Rinpotché et à son épouse : Le Lamdré et la libération des 4 Attachements.
Une autre école se développe à la même époque : L'Ecole Kagyupa, école de transmission orale (kagyu= transmission orale). De grands saints légendaires illustrent cette lignée : Marpa, Naropa, Tilopa, Milarepa.
Quatre grandes écoles et quatre petites s'illustrent au cours des siècles.
La philosophie de cette école repose sur : Le Mahamoudra, pratique de cette école sous sa forme graduelle ou instantanée. Il y a création puis dissolution, à la fin, la méditation se fait sur l'esprit.
C'est lors du passage des souffles dans le canal central que le disciple réalise la vraie nature de l'esprit. La voie peut être instantanée s'il existe une connexion karmique puissante, ou graduelle si elle est moindre.
Différentes techniques méditatives sont développées :
Méditer sur un point.
Méditer sans concept.
Méditer dans l'union esprit-objet.
Méditer au-delà de l'esprit.
Au XIe siècle beaucoup d'autres écoles se développent. L'école Tcheu issu de Padma Samgé, qui a été axée sur le détachement des richesses à une époque où l'on pensait beaucoup aux richesses.
C'est à cette époque qu'apparaît l'utilisation des trompes en fémur, les kapalas en crâne humain, les damarus en peau humaine. Quelques pratiques de Tcheu subsistent (tcheu=couper les attachements) mais malheureusement, l'intégralité de la lignée n'est pas conservée.
Sources :
Histoire du Tibet. L. Deshayes.
Dictionnaire du Bouddhisme
L'idéalisme et l'école du milieu. Gomang Khensur Rinpoche
Conférence de Monsieur Tenzin Samphel.
Sermons du Bouddha. Mohan Wijayaratna.
Introduction au Bouddhisme tibétain. Djamyang Khandro
Source : http://tibetanway.free.fr/Bouddhisme_tibetain.pdf.
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